Kinshasa by night atteint par le syndrome « coller la petite »

La vidéo de la chanson, très prisée par des jeunes kinois nonobstant son côté pervers, aura été visionné à ce jour plus de deux millions de fois sur YouTube et partagé à un rythme effréné sur les réseaux sociaux.

Plaque tournante des courants musicaux venus d’ailleurs et au contenu souvent controversé, Kinshasa ne finit pas d’en collectionner. Des sonorités nouvelles ne cessent de solliciter les tympans à l’image de « Coller la petite », un réent single signé Franck Junior Kingue alias « Franko ». Ce chanteur camerounais demeure un illustre inconnu pour de nombreux mélomanes kinois qui, pourtant, se délectent à profusion sur son œuvre très prisée dans les night clubs et dancings-bar disséminés à travers la ville. Les disc-jockeys, toujours à l’affût de nouveautés, en ont fait désormais leur tasse de thé. Dans les milieux des jeunes, la chanson fait fureur, même chez les plus petits qui en fredonnent l’air sans en décrypter le contenu. Le paradoxe ici est que ce single sorti depuis juillet dernier, est interdit de vente, de diffusion et de promotion à Mifi (préfecture de Bafoussam), un des départements de la région de l’Ouest du Cameroun.

Le préfet de cette juridiction justifie sa décision prise le 2 novembre par la dépravation des mœurs à laquelle peut donner lieu cette chanson obscène faisant la promotion du sexe. Tout, en effet, est suggestif dans ce single à commencer par son titre indigeste et le clip qui le sous-tend où les acteurs s’adonnent à des simulacres d’ébats sexuels. Le préfet Joseph Twanga serait, à en croire certaines en provenance du Cameroun, la seule autorité à avoir interdit l’accès à « Coller la petite » qui poursuit son bonhomme de chemin en caracolant à la tête des hits. Alors que cette autorité politico-administrative prenait sa décision, le clip de la chanson était déjà visionné plus de deux millions de fois sur YouTube et partagée sur les réseaux sociaux à un rythme effréné. Son auteur était, entretemps, classé numéro un de « Urban Hit » sur Trace Urban.

Le syndrome de « coller la petite » a atteint Kinshasa au grand dam d’une censure quasi inexistante. Sans pudeur, des jeunes laissent libre cours à leurs fantasmes lors des soirées mondaines sur fond d’une hystérie collective. Le tube y est consommé sans modération. Le message pervers que véhicule la chanson est soutenu par un exhibitionnisme outré aux antipodes de la morale et de l’éthique. Dans certaines fêtes à Kinshasa, aux heures indues de la soirée, lorsque la raison cède à l’inconscience après un verre de trop, la chanson est réclamée à corps et à cri en guise de dénouement. Et là, tous les coups sont permis sur fond d’une licence atteignant souvent des cimes inespérées au point d’énerver les bonnes consciences.  « Dans la chanson, je demande aux mecs qui vont dans des fêtes de s’éclater lorsqu’ils y sont. Parce qu’on ne va pas dans une fête pour jouer les rabat-joie ou pour plomber l’atmosphère », a tenté de se justifier Franko. Les jeunes kinois n’ont cure de ces explications tendant à dédouaner l’artiste. Tout ce qui importe pour eux, c’est le plaisir que leur procure la chanson, au-delà des viles critiques.

Dans un environnement social complètement vicié et où les brigades des mœurs sont à réinventer, « Coller la petite » aura donc trouvé une voie balisée à Kinshasa, l’épicentre des danses et des chansons abjectes à l’instar de « Molungé » qui, jusqu’à un passé récent, avait fait l’apologie de la nudité. L’œuvre de Franko aura poussé l’outrecuidance très loin jusqu’à se muer carrément en une promotion du sexe et de la pédophilie. Qui dit mieux ?

Avec Adiac

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