Ingérence occidentale: et si Kagame avait raison?

Le 17 novembre dernier, le Parlement rwandais adoptait un projet de révision constitutionnelle devant permettre à Paul Kagamé de se représenter pour un troisième mandat, à l’issue du deuxième mandat constitutionnel qu’il étrenne et qui finit en 2017.

Après donc le feu vert du Parlement et le quitus du Sénat, Paul Kagamé s’achemine allègrement vers «son» référendum pour légitimer sa confiscation du pouvoir pour au moins 17 ans encore, c’est-à-dire jusqu’en 2034.

Alors que selon la Constitution actuelle, il devrait plutôt faire valoir ses droits à la retraite que continuer à diriger le Rwanda à la tête duquel il règne depuis les années 1990. C’est ce que les Occidentaux se sont cru en devoir de lui rappeler.

Washington notamment n’a pas porté de gants pour lui lancer un énième appel à quitter le pouvoir à la fin de son deuxième et dernier mandat constitutionnel en 2017, soulignant au passage que «personne n’est indispensable».

Embouchant la même trompette, l’Union européenne estime, pour sa part, que cette réforme constitutionnelle qui ne vise que l’intérêt d’un «individu seulement» perdrait en «crédibilité», contrairement à la position des autorités rwandaises qui veulent la faire passer pour le couronnement d’une initiative populaire spontanée.

Et comme Paul Kagamé n’est pas homme à recevoir des leçons, dussent-elles venir des maîtres du monde, il n’a pas tardé à monter au créneau pour apporter une réaction cinglante à l’endroit de ces empêcheurs de tripatouiller en rond, toute chose qui en dit long sur son état d’esprit: « si vous voulez obtenir quelque chose de moi en me prenant de haut, vous pouvez être sûrs à 100% que vous ne l’obtiendrez pas.

Soyez sûrs que vous aurez l’inverse », s’agace-t-il. Venant d’un personnage comme Paul Kagamé, une telle réaction n’est guère étonnante.

Au contraire, l’homme mince de Kigali reste fidèle, constant et cohérent avec lui-même. Il poursuit son chemin, en dépit de tout ce que le monde entier dit de lui et du Rwanda.

Kagamé dénie à quiconque le droit d’ingérence dans les affaires intérieures de son pays

Et cette défiance vis-à-vis de la communauté internationale, par rapport à une actualité aussi brûlante que la question de l’alternance sur le continent, est quelque part la rançon des incohérences des Occidentaux.

En effet, à la lumière de certains de ses actes, l’on a quelquefois le sentiment que Paul Kagamé voudrait continuellement rappeler à la conscience humaine, surtout celle des Occidentaux, qu’il les tient quelque part par la barbichette, à travers notamment leurs responsabilités dans le génocide de son peuple.

Et se fondant là-dessus, tout porte à croire qu’il cherche à bénéficier de la part de la communauté internationale des mêmes égards qu’Israël, victime de la Shoa et qui est au-dessus de toute sanction.

En outre, quand il observe que dans cette région des Grands Lacs, un satrape comme le Burundais Pierre Nkurunziza a réussi le tour de force de se maintenir au pouvoir sous le nez et la barbe de cette même communauté internationale, le maître de Kigali s’en trouve conforté, surtout que lui au moins, a le mérite non seulement d’avoir stabilisé son pays, mais aussi de lui avoir assuré une certaine prospérité économique.

Sans oublier que dans ce jeu de tripatouillages constitutionnels, seul le Burkinabè Blaise Compaoré est pour le moment passé à la trappe, les Congolais Denis Sassou Nguesso et Joseph Kabila étant en passe de réaliser la prouesse du boucher de Bujumbura. Les Occidentaux n’ont donc qu’à s’en prendre à eux-mêmes.

Clairement donc, Paul Kagamé dénie à quiconque le droit d’ingérence dans les affaires intérieures de son pays. Et sauf tremblement de terre, l’on ne voit pas ce qui pourrait l’empêcher de tailler la loi fondamentale de son pays dans un costume à sa juste mesure.

Toutefois, en s’auto-isolant de la sorte prend-il la bonne décision ? Le monde étant devenu un village planétaire, aucune nation ne peut prétendre avoir un destin isolé pour espérer vivre en autarcie.

Et à la différence de l’Etat hébreu, Paul Kagamé ne dispose pas d’une communauté qui détient à l’échelle mondiale, les leviers politiques et économiques à même de peser sur les décisions des grandes puissances. Aussi attend-on de voir jusqu’où cela va le mener.

LePays.bf

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