Kabila cerné de toutes parts

La RD Congo,  pour paraphraser Aimé Césaire, est entrée dans une mauvaise saison avec les menaces de sanctions de l’Angleterre en cas de glissement du calendrier électoral et après les accusations de viols portées à l’encontre de soldats congolais de la MINUSCA (Mission des Nations unies en Centrafrique).

L’envoyée spéciale britannique pour les Grands Lacs, en visite de trois jours au Congo, Danae Dholakia, a, en effet, au cours d’une conférence de presse, déclaré : « Nous pourrions être amenés à revoir nos options si nous voyons une détérioration de la situation liée à un glissement du calendrier électoral, à un changement constitutionnel ou à ce genre de choses.  Si on commence à voir ce type de situations qui pourraient déstabiliser le pays, nous devrons reconsidérer la nature et la forme de nos engagements futurs ».

Elle a auparavant appelé à un dialogue rapide et consensuel entre les différents protagonistes de la classe politique congolaise. Ces sanctions qui planent comme une épée de Damoclès sur la tête de Kabila, pourraient lui prêter à sourire parce que, historiquement et économiquement, la Grande Bretagne n’a pas beaucoup de prise sur Kinshasa. Une telle initiative, si elle était portée par Paris ou Bruxelles, aurait une portée plus dissuasive mais ces deux métropoles, prises à la gorge par le péril djihadiste, ont d’autres chats à fouetter. Cela dit, cette sortie de Dholakia vaut bien plus qu’un coup d’épée dans l’eau. D’abord, parce que Londres pèse lourd dans le portefeuille de la MONUSCO.  Elle contribue pour plus d’un million de Livres sterling. A défaut de tarir les eaux du Congo, un retrait de cette manne financière pourrait bien agiter ses rives.  Ensuite parce que ces menaces de sanctions font écho à l’international, à la lutte de l’opposition congolaise qui devrait s’en trouver confortée et galvanisée.

Il faut espérer que les menaces de Londres aient  un effet d’entraînement

Elles ont ainsi l’avantage d’internationaliser le débat voire le combat contre les velléités de tripatouillage constitutionnel de Kabila pour se maintenir à vie au sommet de l’Etat, réconforté en cela par les exemples de ses voisins Kagamé et Sassou Nguesso. Elles mettent ainsi la communauté internationale face à ses responsabilités. Celle-ci, en brandissant de telles menaces, a ainsi l’opportunité de prévenir  toute dérive pendant qu’il est encore temps. C’est pourquoi il faut espérer que ces menaces aient  un effet d’entraînement.

Enfin, cette sortie britannique a surtout ceci d’intéressant qu’elle vient renforcer le sentiment de Kabila d’être cerné de toutes parts. Contraint  de mener la lutte sur deux fronts, interne et externe, il pourrait céder aux coups de boutoir de l’une ou l’autre partie. Par ailleurs, l’autre actualité qui vient troubler les eaux du fleuve Congo, ce sont les accusations de viols portées contre les soldats congolais de la MINUSCA et les conséquences qui en découlent. Dans leur politique de réaction aux scandales sexuels à répétition qui éclaboussent leur mission, les Nations unies entendent ne pas renouveler le contingent congolais fort de 400 hommes lors de la prochaine rotation.

Ce à quoi le gouvernement a réagi par de vives protestations,  par la voix de son porte-parole, Lambert Mendé.  « La première fois, on a confondu délibérément le Congo-Brazzaville avec le Congo Kinshasa, détaille-t-il. La deuxième fois, ces familles, qui ont été visitées par des magistrats militaires congolais, ont démenti de façon formelle que leurs filles aient été violentées de quelque manière que ce soit par des militaires congolais… »   Mais Kinshasa a beau mal digérer les propos de l’envoyée spéciale, de lourdes présomptions pèsent sur sa soldatesque. Le viol comme arme de guerre est bien une pratique en RDC. D’abord, il a été labélisé par le tristement célèbre Jean Pierre Bemba.  Ensuite, le contingent congolais est l’un des plus importants, numériquement, en RCA et de ce fait, court le risque de voir se multiplier le nombre de ses brebis galeuses. Enfin, quelle crédibilité peut-on porter à l’enquête congolaise où le gouvernement est juge et partie ? Le démenti du gouvernement est donc moins crédible que la réaction de l’ONU et le Congo devrait plutôt s’inspirer de la réaction de dignité du Général sénégalais Babacar Gaye qui avait courageusement rendu le tablier suite au scandale de viols  dont ses troupes se sont rendues coupables.

 

SAHO

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire