Trouver un emploi en RDC, le parcours du combattant

C’est à la fin de mes études l’année dernière que je découvre la dure réalité de l’emploi en République Démocratique du Congo (RDC). Entre rareté d’entreprises privées, clientélisme au sein de l’administration publique et grandes exigences des organisations internationales, il ne reste plus que le secteur informel et la débrouille pour survivre.

Culte du diplôme

À Beni (350 Km au nord de Goma) et partout en RDC, les jeunes diplômés débarquent sur le marché de l’emploi diplôme en poche et cerveau rempli de théorie. Ici, on ne fait pas forcément des études pour apprendre un métier. Le prestige avant tout. Conséquence: les établissements d’enseignement supérieur déversent des milliers de jeunes théoriciens, très peu opérationnels dans le monde de l’entreprise.

Si le secteur informel absorbe une partie des chômeurs, la majorité de cette main d’œuvre jeune se retrouve sur le carreau. Une cible privilégiée pour les groupes armés dans cette région minée par des conflits armés depuis près de deux décennies.

Fonction publique: l’incontournable piston

Je ne suis sans doute pas le seul à ne pas savoir comment faire pour se faire embaucher au sein de la fonction publique. Je n’ai jamais entendu parler de concours. Le recrutement pour devenir fonctionnaire se fait dans la plus grande opacité. C’est la famille qui prime. Il est en effet fréquent de retrouver des membres de famille d’un haut fonctionnaire à tous les postes clefs d’une administration publique.

Le militantisme politique est l’autre voie royale pour accéder à un poste de fonctionnaire. Je l’ai appris à mes dépens en me rendant il y a quelques jours dans les locaux de l’Office National de l’Emploi (ONEM) pour solliciter des chiffres relatifs à l’emploi en RDC. J’y croise par hasard un voisin qui me proposait quelques mois plus tôt d’adhérer à son parti politique. « C’est le chef de mon parti qui m’a pistonné à ce poste. Tu aurais mieux fait d’accepter mon offre », m’a-t-il lancé, d’un air suffisant.

La fonction publique est loin de faire rêver mais c’est mieux que rien. Si les salaires de misère et les irrégularités dans leur versement peuvent décourager, on peut toujours compléter par les « avantages liés à la profession » qu’on désigne sous d’autres cieux par le mot corruption. On comprend mieux pourquoi l’administration congolaise est souvent pointée du doigt pour son inefficacité.

Secteur privé, quand l’informel prime

Avec environ deux cent employés, la Brasimba est la plus grande entreprise locale. Une goûte d’eau dans la mer, pour une ville qui compte plus de 100 000 habitants. Le secteur du bois et les savonneries locales ne font guerre mieux.

Difficile à court et moyen-terme d’envisager l’implantation de nouvelles entreprises dans un contexte d’insécurité provoquée par la présence de groupes armés dans la région.

C’est là qu’entre en scène la débrouille. Petit commerce ou exploitation artisanale de minerais chacun s’occupe comme il peut.

Organisations internationales, l’expérience avant tout

Lueur d’espoir au mois d’août dernier lorsque la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) publie une dizaine d’offres d’emploi, dans le cadre de sa relocalisation dans l’Est du pays.

Je m’empresse alors de soumettre mon dossier de candidature. On peut toujours rêver. Et si c’était ma chance de toucher le graal? Contrairement à la fonction publique, un emploi au sein d’une organisation internationale de cette envergure, c’est la garantie d’un salaire décent, versé régulièrement.

Aucune nouvelle de la part de la MONUSCO jusqu’à ce jour. L’organisation a sans doute privilégié un candidat plus expérimenté. C’est le problème des postes au sein d’organisations internationales qui requièrent en moyenne cinq années de pratique professionnelle. Une exigence qui décourage les jeunes candidats qui ne se donnent plus la peine de postuler.

Ce marché de l’emploi si particulier crée des frustrations. Faute de perspectives et de débouchés, de nombreux jeunes se retrouvent en marge de la société. Ils deviennent alors les proies privilégiées des groupes armés.

Quand j’y pense, je me dis qu’il est utopique de rêver d’une paix durable dans ma région sans la prise en compte des besoins légitimes de ces jeunes laissés pour compte.

Par Fiston Mahamba Larousse à Beni-RDC
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