«Comment le téléphone a brisé le mariage de ma sœur»

Les nouvelles technologies utilisées à mauvais escient favorisent les ruptures. Elles éveillent les soupçons et font naître de fausses interprétations. C’est la terreur des hommes et des femmes infidèles qui passent leur temps à tromper leur partenaire.

Maudit téléphone. Messe basse pour mille confidences. L’aveu vaut tous les mots, il soigne aussi tous les maux. Dieynaba, silhouette filiforme, traîne encore le divorce de sa sœur comme un boulet. Elle en souffre et n’hésite pas à en parler à la moindre occasion. Ce jour-là, on la retrouve devant le tribunal régional de Dakar. Cette fille-là ne peut plus faire confiance aux hommes. C’est plus fort qu’elle. Tout est parti de la mésaventure de sa frangine. Son histoire est codifiée dans une grille facile à lire : «Le téléphone a brisé le mariage de ma sœur. Son mari avait sous-loué une chambre à une Guinéenne dans leur appartement sis à la Médina. Il prétendait faire du social, car la dame avait des enfants et ne savait pas où aller. Un jour, alors qu’il prenait sa douche, ma sœur a regardé dans son téléphone, puisqu’elle le soupçonnait. C’est ainsi qu’elle a découvert les messages d’amour qu’il échangeait avec la locataire. Ils sont maintenant divorcés, alors qu’ils ont trois enfants», regrette la jeune fille de taille fine, la voix mélancolique.

Depuis, Dieynaba abhorre les hommes et a si mal qu’elle n’a aucune confiance aux mâles. Aujourd’hui, les nouvelles technologies sont à l’origine de nombreuses «déceptions amoureuses». Et puis, comme pour donner une dimension plus tragique, ces ruptures prennent de nouvelles tournures. Désormais, le mari éconduit ne déboule plus chez l’amant avec sa carabine ou son couteau, mais poste les photos intimes de son ex sur les réseaux sociaux pour l’humilier. On appelle ça le «revenge porn». Véritable viol virtuel sur la toile. Bref…

Les Tics sont en train de bousculer les habitudes des couples. Et l’on rivalise dorénavant de stratagèmes pour ne pas se faire prendre la main dans… le téléphone. Des hommes utilisent quelques subterfuges pour enregistrer leur copine sous le nom ronflant d’un Oustaz, pour balayer tout soupçon de madame. D’autres, plus prévenants, prennent leurs précautions. Aussitôt lus, aussitôt supprimés. Les messages indésirables n’arrivent jamais à la maison. Silence on supprime les sms osés et culottés ! Mais gare aux dénonciateurs automatiques des opérateurs, qui ont des langues bien pendues. «Votre correspondant est en communication. Veuillez ne pas quitter», signalent-ils sans hésitation, avec une voix suave au bout du fil, comme pour essayer de calmer votre sourde colère. Cette dénonciation est insupportable pour certaines personnes quand elles appellent leur partenaire, surtout à certaines heures. A la populeuse rue 6 de la Médina, Alioune, la trentaine, teint clair, reconnait un supplice dans cette «Voix» qui a une fois brisé sa relation. «C’était aux environs de 1h du matin. J’ai composé le numéro de ma copine, mais j’ai eu l’opérateur, qui me faisait cette annonce. Je n’en revenais pas. Je me faisais toutes sortes d’idées. J’ai insisté toute la nuit. Mais le téléphone sonnait dans le vide. Elle refusait de me prendre», raconte le jeune étudiant, convaincu de la culpabilité de sa petite amie. Le garçon, amoureux fougueux, s’est alors fait une religion. «J’étais persuadé qu’elle parlait à un homme. Le lendemain, je ne lui ai rien dit. Vers 12 heures, elle m’a bipé mais je suis resté sourd, malgré son insistance. Plus tard, elle m’appelle pour se plaindre. Mais elle en a vraiment entendu ce jour-là», dit-il, fier d’avoir pris sa «revanche». Puis, il déclare : «Elle a essayé d’expliquer qu’elle dormait, qu’elle n’était pas en communication… mais je ne lui en ai même pas laissé l’occasion», ajoute-t-il. Puis dans une colère sourde, elle met toutes les filles dans le même sac. Sans nuance. Sans retenue. «Elles ne croient en rien», martèle-t-il sur un ton de boutade non feinte. Comme dans toutes les unions, on tombe, puis on se relève. Alioune tout de même s’était remis avec sa dulcinée. Mais le mal avait laissé des séquelles et vicié toute velléité de connexion. Les vibrations des Sms, les sonneries des appels, tout le rendait dingue. «Même quand je la voyais en ligne sur Facebook, je me posais des questions». Finalement, la jalousie a triomphé de leur belle aventure.

Tromperie haut débit. Quand ce n’est pas le téléphone, c’est le réseau social. L’histoire de Joe en est une parfaite illustration. Trouvé dans une ambiance bon enfant avec ses «potes», il explique les détails qui l’ont séparé de sa douce moitié. «Une nuit chez elle, je me suis connecté avec son portable. Après, j’ai oublié de me déconnecter. Elle a passé toute cette nuit à relire les messages salaces que j’échangeais à travers ce réseau. Le lendemain dans l’après-midi, elle me rejoint chez moi. Et elle énumérait mes correspondantes une à une, en me demandant si je les connaissais. La réponse était négative. Je ne me doutais de rien. Mais comme elle insistait, je lui ai demandé pourquoi toutes ces questions ? Elle a étalé les messages devant moi et je ne savais plus quoi dire. J’ai alors pris les devants en lui proposant la séparation, puisque de toutes les façons, elle allait le faire», avoue, cynique, Joe. Son ami P. B. prétend à son tour que «le problème, ce ne sont pas les technologies. Ce sont les hommes qui ne sont pas honnêtes». Autour du savoureux thé, le débat devient passionnant, chacun y va de son commentaire. De son expertise aussi. Samba, jusque-là calme dans son coin, annonce : «Moi, même à minuit, quand j’appelle et qu’elle est en communication, je ne lui demande aucune explication». «Alors khér nga» (tu es un p…) lui rétorque P. B, qui s’indigne du comportement de son cousin. «Ce n’est pas normal. Quand on aime, il faut contrôler», enseigne l’expert. En fait, Samba ne pose pas de questions, non pas parce qu’il a confiance, mais parce qu’il s’en f… «Les femmes n’en valent pas la peine», précise-t-il, sans se soucier de l’humeur de son cousin. Chaud autour de la théière …

Les mariées, Abibatou et Aissatou, respectivement étudiante et commerciale, estiment que la confiance est indispensable dans un couple. «Je ne regarde même pas dans les affaires de mon mari», déclare Aby, sous les hochements de tête de sa complice, qui semble d’accord avec toutes ses déclarations. Dans ce restaurant chic situé à l’avenue Lamine Guèye, Mirabelle conseille de se méfier des Tics. Selon elle, le réseau est bien souvent responsable de malentendus dans la vie de couple. «Un jour, mon copain m’a appelée. Le téléphone a sonné à son niveau, mais moi, je n’ai rien vu. Il m’en a alors voulu. Et ce n’était pas difficile de le convaincre. On s’est chamaillé, car je ne comprenais pas sa jalousie. Finalement, il est revenu à la raison et tout est rentré dans l’ordre», explique-t-elle sous les moqueries de ses amies autour de la table au décor jaune et noir. Dans ce cadre paradisiaque, sous les regards adoucissants des jeunes filles ravissantes, Moussa, en compagnie de sa copine, déclare qu’il n’a pas besoin de regarder dans le téléphone de son partenaire. Il lui fait entièrement confiance. «Le socle de la relation, c’est la confiance», lui répond sa douce moitié, toute joyeuse d’entendre les belles et romantiques paroles de son amoureux.

Les dangers des technologies sont nombreux et multiformes. Fama et Marième, étudiantes au Cesag, pointent d’un doigt accusateur les comportements de certains internautes. Selon elles, «Il y a des gens malintentionnés qui peuvent publier des messages obscènes dans votre mur juste pour vous nuire». Les deux étudiantes trouvées devant le théâtre national Daniel Sorano mettent toute la responsabilité sur les hommes : «Ils sont jaloux et possessifs», affirme Fama, qui réclame un minimum de liberté et d’espace privé car «nous avons aussi des amis. Et on échange sur tous les sujets.» Marième acquiesce et moralise : «la jalousie, ce n’est pas bon», dit-elle avec conviction.

Ainsi, les femmes posent leurs doléances. Respect et confiance, deux remèdes pour soigner les «maladies technologiques» de l’amour. Chérif Sarr, chef d’entreprise, se demande «comment on peut accorder une confiance absolue à une femme que l’on ne connait ni d’Adam ni d’Eve.» La réponse semble déjà claire dans sa tête. «C’est impossible», affirme-t-il.

Les nouvelles technologies, même si elles peuvent servir à rapprocher les conjoints dans certains cas, constituent une véritable menace pour les couples, surtout quand la relation traverse des zones de turbulence. Toute manipulation du portable, toute connexion à Internet ravive les relations dans le couple en une suspicion à très haut débit. Les sonneries, les vibrations, rien ne laisse indifférent. Il suffit d’un moment d’inattention pour que le partenaire se saisisse du téléphone et entre dans les boîtes de réception et d’envoi. Gare aux hommes infidèles comme Saer, gérant d’une boutique de prêt à porter à la rue 06. Teint noir, robuste et grand de taille, ce «coureur de jupons» déclare à qui veut l’entendre que «djiguèn, djiguèn moy garabam» (la femme est le remède de la femme). Selon lui, «quand elles savent qu’elles sont seules, elles ne vont pas te respecter. Elles font n’importe quoi».

Mais prudence. Prenez le soin d’«effacer vos messages», conseille Saer. Si vous avez besoin de les conserver pour les relire dans les moments de solitude, alors «codez votre téléphone», renchérit le chef d’entreprise nouveau marié. Il n’a alors qu’à surveiller ses sms mouchards…

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