Lac Kivu, l’alerte à l’explosion gazière !

Le Golfe de Kabuno est la zone du lac la plus inquiétante. On y signale une forte teneur du méthane et du dioxyde de carbone d’origine magmatique. Cette concentration est remontée à 9 mètres sous la surface de l’eau, à la verticale d’une faille tectonique, note le Groupe d’Etudes Environnementales du Congo. Elle pourrait s’échapper à tout moment et asphyxier des millions des vies humaines. Le dégazage du lac s’avère urgent.

Les riverains vivent au quotidien des signaux qui attestent l’imminence de cette explosion gazière. En plus de petits tremblements réguliers, à Minova par exemple, l’on signale chaque soir un courant d’air pollué par des odeurs nauséabondes aux alentours du lac. Selon Gilbert Mudumbi Secrétaire Exécutif du REPRODHOC, plus de 50 chèvres attachées dans différents milieux sont mortes suite au gaz dégagé par le Kivu.

Sur place, l’on s’interroge si réellement les autorités congolaises ont pu tiré les leçons de la catastrophe naturelle du lac Nyos (au Cameroun) qui avait ôté la vie 1.700 personnes et de nombreuses têtes de bétail, causant ainsi d’importants dégâts écologiques.

Deux millions de vies en danger

Le Lac Kivu, troisième et dernier « lac tueur » dans le monde, renferme de très importantes quantités de méthane et de CO2 susceptibles de se répandre à l’air libre et d’anéantir des populations. Il suffirait qu’un moindre mouvement géologique ou volcanique vienne perturber l’équilibre fragile du lac pour que les gaz s’en échappent.

Il est donc urgent d’évacuer cette poche de gaz – qui contient 10 fois plus de gaz carbonique que le lac Nyos – avant qu’elle s’échappe et asphyxie des millions des vies humaines. Sur les rives du Golfe de Kabuno (zone névralgique située entre les territoires de Masisi et Kalehe), il y a plusieurs villages. Et la ville de Goma est située à 20 km à l’est. Si le vent venait à pousser la nappe du gaz carbonique vers Goma, Bukavu et même Gisenyi (Rwanda), le bilan serait très lourd, notait Michel Halbwachs, volcanologue à l’Université de Savoie.

Plusieurs études et recherches menées depuis 1974 à ce jour ont permis aux scientifiques d’alerter les autorités sur les risques encourus dans cette région déjà durement frappée par les guerres successives et les conflits ethniques.

Dégazage, manque de fonds ?

Le dégazage du golfe de Kabuno est une urgence, l’a reconnu sur radio okapi Michel Buroko, Chef de service au Groupe d’études environnementales du Congo (GEC), service spécialisé du Ministère de l’environnement et développement durable. Il consiste à mettre sur pied un procédé scientifique qui fait échapper le gaz carbonique, réduisant ainsi sa teneur et sa nocivité. Principe retenu et mis en œuvre aux orgues du lac Nyos, tel que l’a préconisé l’expert Michel Halbwachs.

Si entre 2009 et 2010, l’état congolais a attendu vainement les 3 millions USD promis par la Banque Mondiale pour procéder à cette opération, cela ne devrait pas lui empêcher de définir une politique de financement interne. Il est vrai que le dégazage demande d’énormes moyens notamment financiers. Cependant, si au départ tout était planifié, constate un analyste, les fonds auraient pu être mobilisés, des études scientifiques seraient menées et le dégazage du lac Kivu allait être en cours.

D’aucuns se demandent si l’état a réellement manqué et/ou manque des moyens financiers pour épargner ses populations de cette catastrophe en vue ? Doit-il se contenter à compter les morts en catastrophes ? Les victimes des guerres ne suffisent-elles pas ?

 A quand l’exploitation du gaz méthane ?

Autant il représente un danger en cas d’explosion, le gaz méthane contenu dans ce lac peut être exploité et converti en richesse matérielle. Dans le monde, il constitue la 3ème source de l’énergie après le pétrole et le charbon. Grace à son potentiel gazier estimé à 65 milliards de m3, Gaby Kuba, chroniqueur des ressources naturelles estime que l’exploitation du gaz méthane pourrait rapporté à la Rdc 2 à 3 milliards USD chaque année. C’est l’équivalent des recettes douanières projetées en 2015.

Imaginez combien de projets économiques à impact social pourraient être réalisés avec cet argent (infrastructures, emplois, électricité, eau, etc.) Aussi pour relancer le secteur privé, l’état congolais serait en mesure de payer la dette intérieure certifiée dont l’encours est relativement statique depuis 3 ans, soit 1,4 milliard.

Alors que le Rwanda produit déjà de l’électricité à partir du gaz méthane du lac, aucune exploitation commerciale de cette ressource n’a encore été lancée dans le lac Kivu côté congolais. Le gouvernement serait en phase de sélection de l’entreprise capable d’exploiter ce gaz qui pourrait répondre aux besoins énergétiques de l’est du pays.

Pour certains observateurs, la RDC trainerait inutilement les pas pour exploiter le gaz méthane qui du reste insécurise les populations riveraines du lac Kivu. Si le golfe de Kabuno n’était pas inscrit parmi les priorités, le dégazage du lac Kivu mérite l’attention particulière et les actions urgentes du gouvernement.

Voilà une richesse qui, au lieu de renflouer la caisse de l’État, risque dangereusement de causer des préjudices au pays tout entier.

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