Longévité : sans eux, c’est le chaos!

Le chantage que certains chefs d’Etat africains font à leur peuple pour se maintenir au pouvoir.
Ce fut la phrase phare de la récente visite du président français François Hollande au Cameroun. Le « ne dure pas au pouvoir qui veut mais qui peut » de Paul Biya n’a laissé personne indifférent. Tandis que d’aucun s’en réjouissaient en la présentant comme un acte héroïque de leur champion, d’autres relevaient le caractère ridicule de cette sortie de quelqu’un que l’on avait connu plus réservé. Elle traduisait de toutes les façons une chose : la longévité de Paul Biya au pouvoir ne lui pose aucun problème. La constitution du Cameroun a été modifiée en 2008 pour lui permettre de se présenter à nouveau. Et lors de la visite de François Hollande, il n’a pas exclu la possibilité d’être candidat en 2018.

Les événements d’octobre 2014 au Burkina Faso, qui ont conduit à la chute de Blaise Compaoré qui voulait se maintenir au pouvoir, semblent n’avoir en rien découragé ses pairs. Au Burundi, Pierre Nkurunziza résiste de toutes ses forces à la pression de la rue et de l’opposition. Il n’était pas censé être candidat à l’élection présidentielle de cette année, mais il a fait le forcing et s’est imposé. D’autres chefs d’Etat africains qui sont arrivés au terme de leur bail à la magistrature suprême sont engagés dans un bras de fer avec une partie de leur peuple. Et le plus curieux est l’argument qu’ils mettent en avant pour rester au pouvoir : sans eux, c’est le chaos. Mardi dernier, lors d’un point de presse à l’occasion de la célébration de la fête nationale du Tchad, le président Idriss Déby a déclaré : « Vingt-cinq ans, c’est long. Si j’avais la possibilité de m’assurer que le pays marchera après moi, je quitterais aujourd’hui même le pouvoir. Si mon départ pouvait renforcer la paix, la sécurité et la concorde, j’aurai pris mes vacances […] Quitter pour quitter et laisser le Tchad dans le désordre, je ne le ferai pas. »

Mercredi, devant le parlement, le président congolais, Denis Sassou Nguesso, a présenté son message sur l’état de la nation. Normalement, il devrait s’agir de son dernier discours comme chef de l’Etat, car la constitution, en l’état actuel, ne lui permet d’être candidat en 2016. « Conformément à la Constitution de notre République et à l’usage que nous avons établi, ce message est le dernier de ce septennat. L’année prochaine à la même date ou presque se tiendra ici, devant vous, le président de la République sorti victorieux de l’élection présidentielle de juillet 2016 », a-t-il dit. S’il n’a pas clairement indiqué son désir, déjà connu de se représenter, il n’a pas manqué de faire le fameux chantage à la paix : « La paix est le fondement de la liberté, de la démocratie, du vivre ensemble, du progrès économique et social. Voilà pourquoi, nous avons fait de la paix notre crédo ».

Avant de dire, plus loin, concernant le débat lancé par ses proches sur une éventuelle modification de la constitution, afin qu’il puisse briguer un autre mandat : « Il n’y a pas meilleure voie en démocratie que celle du débat public, qui permet à toutes les opinions, à toutes les contradictions de s’exprimer librement ».

Hommes providentiels

En République démocratique du Congo, c’est le ministre des Relations avec le parlement, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, qui a parlé pour le président Kabila, qui ne peut pas se présenter pour un troisième mandat si la constitution n’est pas révisée. Invité de Radio France Internationale hier, il a déclaré : « Je ne milite pas pour un troisième mandat du président Kabila. Nous militons pour la reconnaissance d’un homme, Kabila, qui a permis à ce pays, le Congo, d’avoir la paix, d’avoir la stabilité et de se trouver dans une position de prospérité. (…) Nous avons 400 tribus, contrairement à d’autres qui n’en ont que deux ou trois. Nous sommes un pays-continent, donc ce n’est pas le premier quidam qui peut venir comme ça et maîtriser un tel pays. (…) C’est quoi le Burkina Faso ? Ce n’est pas un pays qui n’a pas la taille du Congo, c’est un pays qui n’a que deux ethnies. Le Congo en a 400, c’est différent ».

Ceux qui avaient pensé, que l’exemple Bukinabé (et ensuite les manifestations au Burundi) doucherait le désir d’éternité des potentats africains doivent se raviser lorsqu’ils écoutent les discours de ceux qui n’hésitent d’ailleurs plus à se poser en hommes providentiels. Si des leaders de l’opposition tchadienne se sont offusqués de ce que le président Déby considère qu’il est le seul à assurer la paix à son pays, Tryphon Kin-Kiey Mulumba, parlant de Joseph Kabila, affirme carrément : « Nous estimons que des hommes d’exceptions, ça ne vient pas tous les dix ans».

© Le Jour : Jules Romuald Nkonlak

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire