Les incoryables révélations de Bouro Mpela: « Ce que m’a fait Koffi Olomidé ! »

A la sortie de son album, Mortal Combat en 2006, en association avec son frère Alain Mpela, Bouro donnait une interview plus ou moins surprénante au journal Kinois « Visa 200 »; revennant notamment sur les rapports « compliqués » avec son ancien patron Koffi Olomide qu’il déballe sans broncher. A lire ci-dessous.

• Quel est votre grade dans les arts martiaux ?

– Je crois que tu fais certainement allusion à la tenue de combattant « chaolin » que Alain et moi avons sur la pochette de notre disque. C’est une manière pour nous de faire un clin d’œil à la tradition chinoise.

• Ton frère et toi êtes des adeptes de cette tradition ?

– Nous ne sommes pas adeptes ni de la tradition ni des rythmes religieux chinois que nous respectons. Nous sommes plutôt fascinés par cette culture du peuple chinois, caractérisée par le courage. C’est ce courage et ce combat perpétuel incarnés par ce peuple que nous avons voulu symboliser en nous habillant comme des moines sur la pochette du disque. C’est d’ailleurs pour faire référence à cette philosophie du courage que nous avons intitulé notre album Mortel Combat. Pour le peuple de Chine, la vie est un combat ; il faut donc se battre pour s’en sortir. Et les thèmes que nous développons dans ce disque gravitent autour de ce principe.

• Tu étais au Quartier Latin avant de retrouver ton frère Alain pour cette production. Comment s’est faite la rencontre avec Koffi ?

– J’ai connu Koffi lorsque j’étais très jeune. A cette époque, j’aimais beaucoup chanter à la maison. Et tout le quartier m’appréciait. Après mon Bac, un ami m’a mis en contact avec Koffi qui a tout de suite apprécié ma façon de chanter. C’est ainsi que j’ai intégré le Quartier Latin.

• Tu sacrifies tes études universitaires rien que pour la musique ?

– Je n’avais pas le choix. Avec la conjoncture que traversait la République démocratique du Congo (RDC), mes parents ne pouvaient même pas payer mes droits d’inscription à la Fac, encore moins assurer la scolarité. De peur de rester à la maison sans rien faire, j’ai décidé d’exploiter mes talents d’artiste pour gagner un peu d’argent.

• Crois-tu réellement que c’était un bon choix ?

– Tu poses la question comme si la musique n’est pas un métier comme tout autre. A cette période, j’étais capable de faire n’importe quel boulot noble, pourvu que ça me donne à manger. Or, dans la musique, on gagne aussi de l’argent. En plus, j’ai le talent ; pourquoi ne pas essayer. Je pense donc avoir fait un bon choix. Tout ce que nous faisons est pour assurer un minimum de bien-être. Si la musique peut me l’apporter, pourquoi me tracasser dans des études universitaires pour lesquelles je n’ai pas les moyens.

• Aujourd’hui, tu gagnes donc bien ta vie ?

– Je ne roule pas sur de l’or mais mon métier de musicien m’a donné une autonomie financière qui me permet d’apporter un minimum à ma famille et à mes parents. Je ne me plains donc pas. Surtout que les choses se sont très biens passées entre Koffi et moi. Aujourd’hui, je vole de mes propres ailles.

• Je suis surpris de te l’entendre dire, car en général, les ex-musiciens de Koffi ne disent que du mal de lui ?

– Les fruits d’un même manguier n’ont pas le même goût. Chacun voit les choses de sa façon. Je ne peux donc pas me baser sur les dires des gens pour juger Koffi. Je sais une chose : c’est que nul n’est parfait dans ce monde. Nous pouvons tous, à un certain moment, commettre des actes qui peuvent être interprétés différemment. Personnellement, j’ai passé de très bons moments au sein du Quartier Latin. Si Bouro Mpéla est une référence dans le milieu de la musique congolaise, c’est grâce à Koffi. C’est lui qui m’a promotionné, même si j’avais mes propres qualités de chorégraphe et de chanteur. Je suis parti parce qu’à un certain moment de la vie, il faut se prendre en charge. Il fallait que j’engage un combat mortel avec ma personne pour réussir.

• De beaux souvenirs avec le Quartier Latin de Koffi !

– Oui, notamment le concert qu’on a fait au « Leekal Center », aux États-Unis. C’est ce qui m’a permis d’avoir un enfant aux USA.

• Quels sont vos rapports depuis ton départ du Quartier Latin ?

– Ce sont des rapports entre un grand frère et sont petit frère, dans le respect mutuel. Pour mon album, il m’a dit récemment : «Petit frère, ton album est bien élaboré, tu as mon soutien et ma bénédiction». Ces mots m’ont fait chaud au cœur.

• Dis, combien dois-je te payer pour que tu dises mon nom dans tes chansons ?

– (Sourir)… Tu ne dois rien payer.

• Moi, je suis de la presse, mais entre-nous, combien on te paye en général pour un hommage ?

– (rire)… Non. On ne nous paie pas pour faire notre métier. Les hommages et tout le reste font partie de la musique.

• Sincèrement, tu sais très bien que dans le milieu congolais, les noms que nous entendons dans les chansons sont facturés par l’artiste ?

– Ce n’est pas qu’au Congo qu’on chante les nom des gens dans les chansons. C’est partout en Afrique. Ce sont des pratiques qui font partie de la tradition africaine. Je connais des artistes ivoiriens qui prennent de l‘argent pour citer le nom des gens dans leurs chansons.

• La musique congolaise de ces dernières années, c’est du ndombolo a fond la caisse. Alain et toi prenez un risque commercial en faisant de la rumba et de la musique d’Afrique Australe ?

– Un artiste ne doit pas se baser sur l’effet de mode. Il faut proposer aux mélomanes ce que vous avez en vous. Les gens n’écoutent que du ndombolo parce qu’il n’y que ça qu’on leur propose. Sinon, les vrais fanatiques et amoureux de la musique congolaise adorent la rumba. Mais ils n’ont rien d’autre à écouter que le ndombolo. Je fais de la rumba parce que c’est cette musique qui m’a bercé et c’est ce que je fais le mieux. Je ne pense pas avoir pris un risque commercial parce que je sais que je ne suis pas le seul à l’aimer. J’ai tout de même placé un ou deux titres pour faire plaisir à un certain public. C’est stratégique. Mon titre ndombolo va les amener à découvrir aussi la rumba qu’ils ont parfois oubliée. Mais il n’y pas que la musique congolaise dans cet album. Nous sommes ouverts à d’autres musiques comme la musique d’Afrique australe, par exemple.

• C’est au nom de cette ouverture que tu as donc composé la chanson « Aïcha » jouée dans un rythme sud- africain ?

– Quelque part, oui. Parce que je suis un amoureux de la musique sud-africaine. J’ai découvert cette culture pendant mes tournées avec Koffi Olomidé. Mais la chanson Aïcha particulièrement a été composée en hommage à un ami qui a perdu sa copine, une Sud-Africaine.

• Bouro, on dit que c’est ton papa qui t’a incité à la chanson ?

– C’est une tradition dans notre famille. Mes ancêtres ont initié mon grand-père qui, à son tour, a initié mon père, ainsi de suite. Mon père joue du piano et fait de la musique classique. C’est lui qui nous a appris les techniques de chant.

• Qu’est-ce qui diffère ton album de celui des autres artiste congolais ?

– C’est un disque qui sort de la monotonie qu’a connue notre musique ces dernières années. J’ai essayé de faire un album varié. Où l’on retourne aux sources avec la rumba.

• Les artistes congolais, c’est la sape et les grandes griffes. Toi, tu coûtes combien actuellement ?

– Ça va t’étonner, mais je suis rasta. C’est aujourd’hui une religion pour moi. Je n’accorde donc pas d’importance à la tenue vestimentaire. J’essaie d’être propre et présentable. C’est ce qui est en un homme qui est important et non ce qui est sur lui. Je ne me vois pas en train de porter des blousons de 500 euros (près de 350 000 f CFA) pendant que mes parents n’ont même pas de quoi manger. Il faut aller à l’essentiel.

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