Sophie Coignard répond à 100 questions sur la franc-maçonnerie et révèle les réseaux, les rituels, les luttes intestines et les personnalités qui en font partie depuis plus de trois siècles. Extrait de “Les Francs-maçons” (2/2).

En théorie, la demande doit venir de l’intéressé, qui peut envoyer un courrier à l’obédience de son choix, laquelle se charge de l’aiguiller vers la loge la plus proche de son domicile. Les obédiences multiplient, depuis quelques années, les journées portes ouvertes et les conférences données par des philosophes en vue pour attirer de nouveaux publics. Cette démarche s’avère fructueuse, puisque plusieurs milliers de nouvelles adhésions sont enregistrées chaque année. La moyenne d’âge des recrues est un peu inférieure à 40 ans.

En pratique, le recrutement s’effectue surtout par cooptation. Quand un franc-maçon repère, lors de conversations avec son entourage professionnel ou amical, une personne qui semble intéressée et intéressante, il peut alors se découvrir et lui suggérer de poser sa candidature.

Dans tous les cas de figure, le candidat doit être présenté à son éventuelle future loge par un parrain, qui l’aidera dans ses premiers pas. Il doit fournir un curriculum vitæ,une lettre de motivation et un extrait de casier judiciaire.

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Comment les francs- maçons se reconnaissent-ils entre eux ?

Le folklore veut que les frères, pour tester leur appartenance mutuelle, se serrent la main en exerçant une légère pression sur l’intérieur du poignet. Ce n’est pas seulement du folklore, car certains maçons continuent de gratouiller ainsi le poignet des profanes que cela amuse toujours…

Plus sérieusement, le principal indice de reconnaissance tient au langage. Un discours dans lequel reviennent des références aux bâtisseurs, à la pierre d’équerre, au ciment qui fait tenir l’édifice, comporte des signes très faciles à décoder pour les initiés.

Si quelqu’un demande à un adulte : « Quel âge as- tu ? » avec cette formulation précise, il ne pèche pas par indiscrétion, mais il interroge prudemment son interlocuteur sur le nombre d’années qui se sont écoulées depuis son initiation.

Une autre entrée en matière possible est : « Je crois que nous avons des amis communs. » De proche en proche, la référence à des frères peut encourager à se découvrir.

Pas d’étonnement non plus face à la question : « As- tu des activités intellectuelles ? » Il ne s’agit pas de savoir si l’autre aime la lecture, mais s’il pratique l’art de la planche.

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Comment les francs- maçons s’entraident- ils ?

La solidarité fait partie des fondements même de la francmaçonnerie. Très concrètement, chaque loge compte parmi ses officiers un frère hospitalier, qui se charge du « tronc de la veuve », une tirelire alimentée par les dons des frères et destinée à venir en aide à ceux qui en ont besoin. Ce tronc de bienfaisance circule à l’occasion de chaque tenue. En outre, le règlement de certaines loges précise que les absents doivent également y contribuer, soit à la séance précédente, soit à la séance suivante. Son contenu sert à dépanner un frère dans le besoin, ou encore à payer tout ou partie de sa capitation s’il rencontre des problèmes financiers.

Cette entraide peut s’exprimer aussi d’une tout autre manière, par exemple en assistant un membre de la loge dans sa recherche d’emploi, avec ce principe que certains osent formuler : à compétences égales, je choisis un frère.

Là réside la limite de l’exercice. Quand commence le favoritisme ? La compétence n’est-elle pas, parfois, reléguée au second plan par la fraternité ?

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 Extrait de “Les Francs-maçons” (Editions La Boétie), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.