Jomode Elie Getty, l’étrange Libyen qui veut sauver Sarkozy

epuis 2012, l’ancien président est soupçonné d’avoir reçu des fonds occultes du colonel Kadhafi. Une note publiée en 2012 par Mediapart est censée en apporter la preuve. Un témoin clé remet en cause son authenticité. Pour quelles raisons ? Sur quelles bases ? Il l’a dit à Hervé Gattegno dans le numéro de juin 2015 de Vanity Fair.

C’est un témoignage inattendu qui, pour Nicolas Sarkozy, pourrait s’avérer providentiel. Depuis 2012, l’ancien chef de l’État est accusé d’avoir bénéficié d’un versement occulte de 50 millions d’euros pour financer sa campagne présidentielle de 2007, sur ordre du colonel Kadhafi. Ce soupçon repose sur un document publié par le site Mediapart et présenté commeune note interne du pouvoir libyen de l’époque, dont l’ex-président a toujours contesté l’authenticité. Or les 23 mars et 17 avril dernier, les gendarmes de la section de recherches de Paris ont recueilli la déposition d’un militant et homme d’affaires libyen de 36 ans, Jomode Elie Getty, aujourd’hui émissaire officiel du procureur général de Tripoli pour la récupération des avoirs libyens détournés en Europe, et celui-ci affirme que le document accusateur est un faux.

« J’ai relevé au moins quinze fautes sur la note reproduite par Mediapart », a déclaré cet homme à Vanity Fair – son témoignage est à lire dans le numéro de juin 2015 du magazine. Fort d’introductions dans les services de renseignement libyens, Jomode Elie Getty, qui a milité contre la dictature kadhafiste et été lui-même la cible de l’espionnage libyen, assure avoir mis en évidence d’importantes discordances de forme et de fond dans le document. Pour étayer ses déclarations, il a apporté aux enquêteurs plusieurs pièces extraites des archives des services libyens.

L’examen de ces pièces permet notamment une constatation troublante : sur la note publiée par Mediapart, le cadre et les armoiries des documents officiels libyens sont presque entièrement effacés alors que le texte, lui, est parfaitement net. Jomode Elie Getty y voit « la preuve que celui qui a fabriqué cette note voulait empêcher qu’on repère les inexactitudes ». Le contraste rend crédible le scénario selon lequel le texte aurait été ajouté ultérieurement sur un courrier préalablement maquillé.

Le témoin libyen avait été interrogé une première fois dans cette enquête, en 2013. Il avait déjà dénoncé une falsification et confié sur procès-verbal qu’il avait alerté les journalistes de Mediapart (dont il était jusqu’alors une source) sur le risque d’un montage – ce que la rédaction du site a formellement nié, tout en maintenant ses informations sur un hypothétique financement libyen de Sarkozy. « Je ne dois rien à Sarkozy, je n’ai aucun lien avec lui, déclare Jomode Elie Getty à Vanity Fair. Mais je ne veux pas laisser le mensonge se répandre. Ce que je fais, ce n’est pas pour lui, c’est pour la vérité. »

L’enquête de Vanity Fair révèle par ailleurs que le soupçon d’une falsification avait été évoqué par les services de renseignement français au printemps 2013 – soit près d’un an après que Nicolas Sarkozy eut quitté l’Élysée. Dans un rapport récemment déclassifié et adressé aux juges, la DCRI signalait ainsi qu’au lendemain de la publication de la note par Mediapart, « deux sources du service bénéficiant d’accès distincts indiquaient que son formalisme apparaissait suspect ».

La diffusion de la note controversée – entre les deux tours de l’élection présidentielle de 2012 – a entraîné l’ouverture de deux procédures judiciaires : une pour « faux, usage de faux et publication de fausse nouvelle », à la suite d’une plainte de Nicolas Sarkozy ; l’autre pour « corruption et blanchiment », afin de vérifier le contenu du document. C’est dans le cadre de cette seconde instruction que la justice a placé sur écoutes l’ancien président et son avocat, ce qui a débouché en 2014 sur une autre affaire dans laquelle les deux hommes sont aujourd’hui poursuivis, sans rapport avec le soupçon d’un financement venu de Libye.

 

Article à lire dans le numéro 24 de Vanity Fair France (juin 2015).

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