Congo Airways : les défis d’un douloureux enfantement

Annoncé voici plusieurs mois, le premier vol de la compagnie aérienne Congo Airways tarde à se concrétiser. Les Congolaises et Congolais ont beau scruter l’espace aérien national dans l’espoir d’y déceler la présence effective d’un aéronef frappé du logo de ce nouveau transporteur.

Sans succès. Ils doivent se rendre à l’évidence et s’armer encore de patience et attendre stoïquement le démarrage des activités de cet oiseau rare sur lequel le Gouvernement fonde tous ses espoirs pour redorer le blason de l’aviation civile en RDC. Aux dernières nouvelles, les sources officielles avancent la date du 30juin 2015 pour cette nouvelle aventure aérienne.

Lorsque les experts de la compagnie aérienne nationale Lignes Aériennes Congolaises (Lac) avaient démontré aux autorités nationales les énormes difficultés qui jonchent le processus de création ex nihilo d’une nouvelle société de transport aérien, très peu de gens ont accordé du crédit à leurs affirmations.
De passage à Kinshasa dans le cadre des concertations visant la réhabilitation et la relance de Lac, des experts du constructeur américain Boeing l’avaient redit en termes sans équivoque aux responsables du ministère des Transports et Voies de communication. Cet avionneur a toujours travaillé en étroite coopération avec les compagnies aériennes en difficulté, de préférence utilisatrices de ses produits, pour les relever et les remettre à flots. Il a du reste une longue expérience avec la compagnie aérienne nationale congolaise qui avait exploité les Boeing 707, 767 et 737 pendant plusieurs années.
Malheureusement, les avis techniques de ce genre ont très peu de chances d’être pris en compte dès lors qu’ils ne sont pas producteurs d’effets collatéraux substantiels immédiats. Le processus de création de Congo Airways en est une éloquente illustration.

Le Conseil d’Administration avec Kasende Mayuma Une descente sur le terrain au second étage de l’immeuble situé sur le boulevard du 30 juin, en face de la Chancellerie des Ordres nationaux, projette .à l’écran l’intense activité intellectuelle déployée par les têtes pensantes et agissantes de cette société pour la mise en place des structures et de leurs animateurs.

Des sources généralement bien informées, les échos font état de la tenue de l’Assemblée générale lundi dernier au ministère du Portefeuille où la désignation des membres du Conseil d’administration a constitué l’ordre du jour. Parmi les Administrateurs figure Kasende Mayuma, confirmée du reste par ordonnance présidentielle.

Ces entreprises apporteuses des fonds dans le capital de Congo Airways sont au nombre de sept (07), à savoir la Régie des Voies Aériennes, la Gécamines, la Société Nationale des Transports et des Ports, le Fonds de Promotion de l’Industrie, l’Institut National de Sécurité Sociale, l’Office de Gestion du Fret Maritime.

A en croire nos mêmes sources, ces pourvoyeuses de fonds auraient exigé d’être représentées dans les postes de commandement de la nouvelle société. Si leurs desiderata devaient être exécutés, l’on risque d’assister à une inflation de directeurs, tous administratifs. Or, il s’agit ici d’un domaine spécifique lié à l’aviation civile. Des tractations sont en cours pour la découverte des individualités marquantes pouvant animer les directions fonctionnelles liées à l’aviation, notamment la direction technique, la direction des opérations et la direction commerciale.

A ce stade, force est de constater la ruée de certains candidats au passé lourd qui voudraient se faire une virginité au sein de la nouvelle Société après avoir laissé des cadavres dans les placards des entreprises publiques placées il y a peu sous leur gestion. Aussi l’opinion recommande-t-elle que les futurs cadres de Congo Airways soient passés au tamis pour éviter d’avoir affaire à des opportunistes sans scrupules obnubilés par le seul critère du remplissage de leur tube digestif.

Cette même rigueur serait de mise dans l’embauche des ressources humaines ayant déjà fait leurs preuves dans le secteur de l’aviation. Ce travail n’est pas à confier au premier venu. Des structures spécialisées avec des personnes compétentes existent qui peuvent aider à ne retenir que les candidats remplissant les critères rigoureux de sélection.

Constellation des personnes ayant les mêmes atomes crochus

S’agissant d’un secteur de technologie de pointe, un accent particulier mérite d’être placé sur la formation des recrues, le renforcement des capacités des experts ainsi qu’une nouvelle vision managériale. L’aviation est avant tout un travail d’équipe où chaque maillon de la chaîne a un important rôle à jouer. D’où la nécessité de la constellation des personnes ayant les mêmes atomes crochus.

Les nouvelles autorités de Congo Airways seront aussi astreintes à cet exercice, car elles débarquent dans un secteur inconnu d’elles. Généralement 18 à 24 mois leur seront nécessaires pour leur permettre de maîtriser toutes les ficelles du métier. En dehors des ressources humaines, des investissements solides s’avèrent nécessaires pour doter la nouvelle compagnie des infrastructures, de matériels et équipements de pointe.

Dans un premier temps, ils seront appelés à procéder à la sous-traitance de certaines prestations par des exploitants déjà outillés en la matière. Point ne serait besoin d’effectuer des passages en force en cherchant à déposséder certaines entreprises de la place qui ont pignon sur rue de leurs patrimoines comme d’aucuns ont tendance à le conseiller.

Haro sur les querelles byzantines entre les exploitants aériens de droit congolais

Congo Airways devrait s’enrichir de l’expérience des autres opérateurs aériens congolais. Dans le domaine de l’aviation civile, il est observé partout ailleurs dans le monde un regroupement de grands transporteurs aériens disposant de centaines d’aéronefs, qui partagent les charges, les coûts, les réseaux, les politiques tarifaires, les services… pour mieux faire face à la concurrence et aux multiples contraintes de la profession.

En RDC, les exploitants aériens, avec un nombre insignifiant d’avions passent le clair de leur temps à s’entredéchirer plutôt qu’à suivre la voie ainsi tracée par les majors. Voilà un chantier qui doit accaparer toute l’attention des responsables du ministère des Transports et Voies de communication, de l’Autorité de l’aviation civile, des transporteurs aériens congolais pour un changement radical de cap.

Ailleurs, les Etats accompagnent leurs compagnies tant nationales que privées, de manière à avoir suffisamment de muscles pour répondre correctement à la forte demandé intérieure et extérieure. Dans ce domaine, la RDC accuse beaucoup de lacunes. Et pourtant, elle dispose d’atouts indéniables pour l’exploitation optimale du transport aérien sur toute son étendue aux dimensions continentales.

Des interrogations sur la composition de la flotte

L’opinion a st.ivi avec beaucoup d’attention la communication faite par le ministre des Transports et Voies de communication en rapport avec les avions retenus pour étoffer la flotte de Congo Airways. Il s’agit d’un Airbus A320 et de deux Bombardiers de fabrication canadienne à prendre en location (leasing).

Outre la fiabilité technique indéniable de l’Airbus A320 datant de plus d’une vingtaine d’années, les Bombardiers semblent inconnus des aviateurs congolais et de l’espace aérien congolais. L’on est en droit de se poser des questions sur l’énorme battage médiatique fait autour des avions de nouvelle génération à acquérir par Congo Airways.

Au moment où le grand Congo peine à se procurer des aéronefs sortis fraîchement d’usine comme ce fut le cas à l’époque du Maréchal Mobutu avec Air Congo et Air Zaïre (soit dit en passant, le transporteur aérien congolais n’a aucune dette vis-à-vis de Boeing, Mc Donnelle Douglas, Fokker, etc.), le Rwanda à côté vient de commander deux Airbus A330 à hauteur de 500 millions de dollars américains pour sa compagnie aérienne nationale Rwandair. Il emboîte ainsi le pas à l’Angola avec la flotte impressionnante de son transporteur national Taag.

L’espace aérien congolais à la merci d’exploitants étrangers

En plus, la nouvelle compagnie qui se trouve encore au stade embryonnaire doit faire ses preuves pendant deux ans dans l’exploitation aérienne du réseau intérieur avant de prétendre bénéficier du droit de desservir les lignes extérieures. Pendant ce temps, l’espace aérien congolais est laissé totalement à la merci des transporteurs aériens étrangers du reste bonifiés avec la distribution des fréquences comme à la roulette russe. Voilà qui repose inévitablement le problème de la mise en œuvre de la recommandation pertinente des Concertations nationales en son point 5.5.1. du réseau aérien qui insiste sur la réhabilitation et la modernisation de la compagnie aérienne nationale. Du reste, l’opinion est scandalisée de voir le Boeing 737 de Lac-Sarl après les travaux de révision technique générale à Perpignan, en France, être bloqué au sol au hangar technique de N’Djili pour des raisons difficiles à comprendre.

Par Ya’EBENDE, LE PHARE

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