Malgré les incertitudes pas totalement dissipées liées à un nouveau mandat du président Kabila, la RD Congo semble garder le cap sur le plan économique.

Très riche en ressources naturelles telles que les minerais, le bois, l’eau…, la RD Congo occupe l’avant-dernière position au classement de l’indice du développement humain (IDH) établi par l’ONU. Pour 2015, le gouvernement d’Augustin Matata Ponyo table sur une croissance de 10,4 %. En attendant, l’agence de notation Standard & Poor’s (S&P) lui a décerné pour le long et court terme, en devises étrangères et en monnaie locale, les notes de B- et B. Elle ajoute à cette évaluation une “perspective stable”. Explication avancée  : la République démocratique du Congo connaît une croissance économique rapide, des encours modérés quant à la dette extérieure et un déficit budgétaire raisonnable car peu élevé. Et tout ça, sans l’aide du FMI.

Le Premier ministre fier des performances du pays

Depuis 2012, en effet, la RD Congo navigue sans l’institution de Bretton Woods. À cette date, le FMI avait suspendu une ligne de crédit d’environ 560 millions de dollars à la suite du refus des autorités de donner plus d’informations sur une cession de parts dans une entreprise minière appartenant au portefeuille de l’État congolais. Aujourd’hui, pour Matata Ponyo, “les relations entre la RDC et le FMI sont excellentes”. Comme l’indique l’agence Ecofin, “en décembre, une mission technique du FMI en visite à Kinshasa avait estimé que, malgré un environnement externe et interne difficile, l’économie de la RD Congo faisait preuve de résilience avec des tendances positives pour les principaux indicateurs macroéconomiques”. De quoi conduire le gouvernement à ne pas attendre Standard & Poor’s pour mettre en exergue ses “performances” et de préciser “sans l’aide du Fonds monétaire international”. “Nous faisons aujourd’hui un taux d’inflation de 1 % […] avec un taux de croissance de 9 % sans être en programme formel avec le FMI”, déclarait le 8 janvier dernier Augustin Matata Ponyo, le Premier ministre de la RD Congo.

Des points faibles à améliorer

Malgré cette déclaration, le gouvernement a conscience de certaines insuffisances. En premier, la répartition des bénéfices de cette croissance. Aussi, en janvier dernier, lors d’une conférence réunissant des économistes congolais et étrangers, une réflexion a été menée sur les voies et moyens de faire bénéficier au mieux à toute la population la forte croissance que connaît le pays. Augustin Matata Ponyo a affirmé que “les effets distributifs de la croissance demeurent encore faibles même si certains effets commencent à être ressentis par la majorité de la population”.

 

Autres points faibles que l’agence de notation n’a pas négligés : les faibles revenus de la RD Congo, une gouvernance pas des plus exemplaires et surtout l’épée de Damoclès d’une instabilité politique latente. Pourtant, les assurances quant au départ du président Kabila à la fin de son présent mandat se multiplient. Le porte-parole du gouvernement, Lambert Mende, n’a-t-il pas déclaré le 5 février dernier que le président Joseph Kabila quitterait le pouvoir l’année prochaine au terme de son deuxième mandat ? “Le président Kabila ne restera pas au pouvoir à la fin de son mandat en 2016. La République démocratique du Congo ne reviendra pas à la guerre civile”, a en effet lancé M. Mende lors d’une conférence de presse à Kinshasa. Pour rappel, cette déclaration est intervenue environ deux semaines après les émeutes meurtrières de Kinshasa à la suite de l’adoption d’une loi électorale ouvrant la voie à un report de la présidentielle de 2016. Après un bilan estimé à treize morts selon le gouvernement, et à quelque quarante selon la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et Human Rights Watch (HRW), le Parlement avait fini par adopter, le 25 janvier, une nouvelle loi électorale qui ne couplait plus la tenue de la présidentielle à un recensement de la population, une victoire pour les opposants. Ceux-ci voyaient dans le texte une manœuvre pour permettre au président Joseph Kabila de rester au pouvoir au-delà de 2016, alors que la Constitution lui interdit de briguer un nouveau mandat l’an prochain.

 

Au-delà de ce volet politique, l’agence de notation Standard & Poor’s a retenu comme points faibles à la fois une fragilité institutionnelle mais aussi un PIB par habitant à un niveau plutôt bas, enfin une dépendance par trop importante des matières premières minières. Autant d’éléments qui concourent à relativiser cette notation de S&P. La “perspective stable” devra de toute façon se jouer sur le terrain.