Je tombe tout le temps amoureux(se)

A chaque rencontre, leur cœur bat la chamade, confondant mirage et passion. Qui sont ces grands amoureux qui enchaînent coups de foudre et déceptions ?

Pourquoi ?

La sensation qu’offre l’état amoureux est d’ordre hypnotique : « Ceux qui tombent sans cesse en amour sont de grands rêveurs, ils se sentent bien dans l’univers de l’imaginaire », remarque le psychiatre J.-D. Nasio.  Se complaire dans cette illusion est pour eux le moyen de fuir une réalité qu’ils perçoivent trop souvent comme brutale : « Ce sont la plupart du temps des personnes très actives et très rationnelles », note le psychiatre. Comme si, par sa nature rassurante et chaleureuse, le mirage de l’amour permettait de faire abstraction de la pression et des aspects matériels du quotidien.

Avant tout, ressentir
Sauf qu’après l’aveuglement il y a la confrontation avec la réalité. De fait, ces amoureux sont aussi des déçus de l’amour. Ils ont tôt fait de découvrir que l’autre n’est pas tel qu’ils l’avaient fantasmé. Pourtant, malgré leurs mauvaises expériences et les déceptions en série, ils recommencent. « Ce qui leur importe avant tout, c’est de sentir l’émotion dans l’excès, poursuit J.-D. Nasio. Ils cherchent les moyens de la vivre constamment. »

D’après Jean-Jacques Moscovitz, psychanalyste, ce comportement propre aux personnalités instables révèle un désir inconscient de se poser en maître de l’amour : « A travers cette attitude, elles veulent montrer au monde qu’elles sont des virtuoses de la passion. » Or, explique-t-il, c’est exactement l’inverse : « Tomber toujours amoureux, c’est refuser de connaître l’amour. On évite d’avoir à le vivre en profondeur et dans la durée. »

Combler un manque intérieur
« Ces personnes cherchent avant tout à être aimées, affirme Jacques Cosnier, psychologue. Cela a à voir avec leur propre histoire et leur développement affectif. » En effet, parmi les pulsions qui offrent à chacun d’organiser son histoire de vie, il y a la pulsion d’affiliation. Celle-ci nous incite à chercher des soutiens affectifs dans nos cercles amicaux, professionnels et familiaux tout au long de notre développement. « Chez ces caractères-là, on constate souvent qu’il y a eu des manques dans ce domaine. »

Des carences que chacun tente de compenser en tombant amoureux. Ces personnalités cherchent à l’extérieur – chez leur partenaire – le moyen de combler un manque intérieur. Dès lors, elles se trouvent dans un état de dépendance affective. Un équilibre tout aussi illusoire, car cet état empêche leur propre épanouissement et les expose à de profondes déprimes : quand l’autre n’est plus là, il ne reste plus que… le vide.

Refuser toute séparation
Ce comportement est, pour Jean-Jacques Moscovitz, une façon de nier la frustration engendrée par le complexe d’Œdipe en le prolongeant. Ainsi, ils ne prennent pas conscience de la différenciation des sexes, des limites personnelles, de la séparation nécessaire entre les êtres, etc. « Ces personnes restent dans l’appréhension pré-œdipienne de l’amour qui consiste à refuser que celui-ci puisse être autrement qu’idéalisé et fusionnel », assure le psychanalyste. Adultes, elles reproduisent à l’infini l’image de l’amour idyllique entre la mère et son enfant.

« Au fond, conclut-il, c’est la preuve de son amour fou pour sa mère. » Une attitude dictée par ce fantasme inconscient : « L’amant, c’est maman », comme l’a joliment formulé le psychanalyste Daniel Sibony.

Que faire ?

S’interroger sur la nature profonde de sa quête d’amour
Par la psychanalyse, certains découvriront que leur comportement d’éternels amoureux trouve ses origines dans l’enfance. D’autres prendront du recul par rapport à leurs émotions pour s’apercevoir qu’ils cherchent avant tout l’euphorie que donne la fièvre amoureuse. Les questions à se poser sont : qu’est-ce que j’attends de l’autre ? Qu’est-ce que je cherche dans l’amour ? Ai-je envie de sortir de ce mode de fonctionnement ?

Prendre conscience de la réalité de l’amour
Aimer, c’est vouloir connaître l’autre dans son individualité et non le considérer comme le simple support de ses fantasmes affectifs. C’est en admettant que l’être aimé existe d’abord en tant qu’« autre », et non en tant qu’objet chargé de combler nos manques, que l’on pourra sortir de la situation de dépendance affective pour entrer dans une relation de couple épanouissante.

Réorienter son besoin d’émotions
La tendance à l’emportement amoureux correspond à des personnalités hyperémotives pour lesquelles la vie sans passions n’engendre que des frustrations. Seulement, plutôt que de les reporter sur le terrain amoureux où elles mènent à la déception, il faut apprendre à les déplacer vers des domaines où ces élans passionnels pourront être canalisés : sports extrêmes, activités artistiques, etc.

Conseils à l’entourage

De la même façon que l’on n’arrache pas un enfant à son sommeil, il faut entraîner en douceur une personne hors de son univers romantique et savoir la prévenir des risques qu’elle court. Lui reprocher constamment son immaturité et sa candeur ne sert à rien sinon à la rendre plus déçue encore par la réalité et à l’inciter à se plonger davantage dans l’illusion de ses fantasmes amoureux.

Quant à son partenaire, il doit accepter la menace constante de la perdre au profit d’un nouveau coup de foudre, à moins qu’il joue le jeu de l’amant éternel. En évitant les pièges du quotidien et en sachant la surprendre, il lui fera découvrir que dans le couple, la passion peut aussi être renouvelée.

Témoignage

Anne, 31 ans, directrice des ressources humaines
« Il suffisait que je me sente bien avec un homme pour que j’en tombe amoureuse et que je m’imagine passer le reste de ma vie avec lui ! J’étais toujours prise dans un schéma “passion-déception” dont je ne pouvais sortir seule. J’ai décidé d’avoir recours à un psychanalyste. Sans trop savoir pourquoi d’abord, j’en suis venue à lui parler de mon père. J’ai toujours tenté de le satisfaire malgré l’inexistence de nos échanges affectifs. J’ai vite compris que je reportais sur les hommes ce besoin de reconnaissance et d’amour.

En avançant dans ma thérapie, je me suis rendu compte que, derrière cette quête, il y avait celle d’une relation fusionnelle et sans équivoque, du type de celle que l’on a avec sa mère quand on est nourrisson. »

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