A 75 ans, dont 54 de musique, Lutumba rempile

Le guitariste Lutumba Simaro, patron du groupe musical Bana OKDans le cadre de la célébration de ses 75 ans d’âge et 54 ans de carrière musicale ininterrompue, Lutumba Ndomanueno dit Simaro Masiya, sera en concert VIP au Salon Congo du GHK, avec son groupe Bana OK International. Avant de répondre à une invitation à Lusaka, en Zambie. Les ressortissants r-dcongolais, organisateurs de cette production, ont choisi la date du 30 juin 2013, celle de la commémoration de l’anniversaire de l’accession de notre pays à la souveraineté nationale.

Le contrat est déjà signé. Le groupe Bana OK, fort d’une délégation d’une trentaine de personnes, doit s’envoler à Lusaka dès le dimanche 26 mai prochain, a confirmé Willy Tafar, le manager de l’orchestre. De retour de Lusaka, le groupe Bana OK fera escale à Lubumbashi (province du Katanga) où il doit également honorer un contrat d’un concert VIP sous les auspices d’un mécène r-dcongolais. Quant au nouvel album intitulé «Encore et Toujours», les cinq chansons déjà clipées, à savoir «Ravis», «Youna», «Nginamawu», «Okasol», «Pot-pourri» ainsi que le remix de la chanson «Annie obosani» de Simaro seront disponibles très bientôt.

Constance.
A 75 ans, dont 54 de carrière musicale, Simaro Lutumba Ndomanueno ne montre pas des signes de fatigue. Il se produit toujours avec le groupe Bana OK dont il est le président. Les mélomanes qui se rendent aux productions de ce groupe témoignent : Simaro n’a rien perdu de son talent et de son art. Son style et sa prouesse hors pair dans ses phrases qui ont traversé les frontières, ne sont plus à démontrer. Sa carrière n’a pas pris des rides. Mais que retenir de cette longue carrière ? Sinon beaucoup de choses. Un confrère s’est penché sur la vie et l’œuvre de cet artiste hors du commun.
Né le 17 mars 1938, Simon Ndomanueno Masiya est un auteur et un compositeur incontestable dans l’histoire de la musique r-dcongolaise contemporaine. Il a écrit plusieurs chansons qui ont été interprétées avec modestie par de nombreux chanteurs. Depuis 1958 jusqu’à présent, l’ancien guitariste rythmique de l’OK Jazz de Franco Luambo Makiadi peint et continue à peindre la société par ses œuvres, riches en paroles et textes. Sagesse africaine. Son opus intitulé «Salle d’attente» l’atteste. Tellement il contient des belles paroles à écouter sans modération. Sa particularité marquée dans la poésie avec les proverbes vivifiants a été tantôt un sujet de moquerie pour les uns, tantôt une opportunité de réflexion dans l’oreille du public. Oui, le monument vivant chante l’amour mais pas comme tout le monde.
«Des passages de chansons de Simaro avaient constitué dans les années 70 des sujets de philosophie pour les examens de baccalauréat au Congo Brazzaville», souligne un confrère, biographe de l’artiste. «On ne peut pas s’empêcher de relever la valeur artistique qui repose à travers ses œuvres anthologiques», poursuit-il.
C’est pourquoi, il est important de se souvenir du poète en soutirant ses chefs-d’œuvre à travers son immense répertoire : «Verre cassé», «Cœur artificiel», «Faute ya commerçant», «Merci bapesa na mbwa», «Affaire Kitikwala», «On ne vit qu’une seule fois», «Maya», «Ofela», etc. Dieu n’a-t-il pas oublié le Congo! Ce passage de la chanson «Cœur artificiel» pousse à la méditation. La R-dC détient sans doute le record mondial du nombre d’églises au kilomètre carré et les prières, chants, cantiques qui s’y échappent ne devraient pas laisser même une seconde au Bon Dieu pour faire la sieste… Et pourtant, ce pays va mal, très mal même, et même de mal en pis. Comment donc ce Dieu qu’on dit bon n’exauce-t-il pas ces prières en pacifiant la R-dC et en donnant leur pain quotidien aux R-dCongolais?
Simaro avait déjà répondu en parabole en 1988 à cette question existentielle, dans sa chanson «Cœur artificiel» où il s’exprime hyperboliquement ses pensées: «Les fleuves et les cours d’eau qui irriguent l’Afrique symbolisent les larmes de mes souffrances. Quel sacrifice devrais-je encore faire pour que le Bon Dieu entende mes prières. La distance qui sépare la terre du paradis est trop importante telle que mes prières ne peuvent parvenir au Bon Dieu à cause des bruits des fusées et des avions». Evidemment le Zaïrois de l’époque, noyé dans sa «Loumoussou» ou dans son «Tembe nye» n’y avait vu que la complainte d’une femme en rupture conjugale. Personne n’avait imaginé qu’elle pouvait symboliser ce pays aux mœurs tellement corrompues au point de l’éloigner de Dieu et de le mettre hors d’atteinte des prières ! Evidemment, personne n’y avait repéré l’allégorie utilisée par l’auteur, en cause la grande modestie de ce sage qui en est conscient comme il le dit subtilement dans un autre de ses titres «Faute  ya commerçant»: «Le bon Dieu m’a doté d’un physique ingrat, fine comme l’aiguille d’une machine à coudre, au point que même en courroux, je n’impressionne pas l’amante de mon mari». Dans le titre comme «Verre cassé», une composition nostalgique dont on retrouve un mélange avec bonheur, la beauté du style et le mystique de l’environnement qui nous entoure et qu’il évoque à travers des phénomènes d’apparente banalité mais à qui ses mots donnent une gravité mystique. Extrait du texte: «Un petit vent frais et doux vient du fleuve/Je l’implore pour qu’il porte ma prière au ciel/Mais qu’il ne m’apporte surtout pas des mauvaises nouvelles le concernant». La sagesse qui parle… Lutumba a tout vu, tout compris très tôt. Quand les R-dCongolais déplorent aujourd’hui les 4 millions de morts victimes de la guerre venue du Rwanda voisin, lui semblait déjà habité par la peur de ce drame à venir et le dit dans sa chanson «Maya», malgré la paix apparente de l’époque: «La peur du fleuve qui peut tuer est plus grande que celle du cimetière». Et face à la tentation de tout mettre sur le dos des autres (comme c’est le cas avec les Rwandais), l’auteur compositeur constate dans «Merci bapesa na mbwa» : «Quand mes frères du sang m’abandonnent, me trahissent, je ne peux malheureusement pas espérer mieux des étrangers».

Carpe diem.
Dans la foulée, il n’a pas manqué dans «Affaire Kitikwala» d’attirer l’attention des tout-puissants dirigeants politiques de l’époque sur ce qui pourrait leur arriver au terme de leur vie: «Même si tu manques de tout, pense à t’acheter un lit présentable sur lequel ton corps sera exposé à la mort/Sinon ta dépouille mortelle sera couverte de honte à cause des moqueries que susciteront le grabat qui sortira de ta chambre pour l’exposition de ton corps». Le poète enseigne ici la nécessité de se bâtir une assise morale et une bonne réputation pendant qu’on vit; afin d’être pleuré et enterré dignement. Beaucoup ne l’ont pas écouté et certains sont morts et ont été enterrés en exil.
DANIEL CASSINON MPOYI
In Le Soft International n°1228, ED. 24 MAI 2013

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