Protection de l’enfant en RDC: tout est à refaire

La détérioration de la situation à l’est de la RDC a rendu les enfants encore plus vulnérables au recrutement

KINSHASA, 7 décembre 2012 – Les événements qui se déroulent actuellement à l’est du Congo attestent non seulement d’une insuffisance grave des ressources mises en œuvre pour protéger la population civile, mais également d’un recul inquiétant en matière de protection et de respect des droits des enfants dans cette région.

A la suite du renouveau de violence, les enfants se retrouvent exposés à un risque beaucoup plus élevé d’exploitation militaire par le dénommé « M23 » et autres groupes armés dans la région, ainsi que par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC)

La progression du M23 vers Goma et Sake au mois de novembre s’est accompagnée d’un catalogue d’atteintes graves aux droits humains, particulièrement dans le Nord Kivu, dans une contexte d’illégalité générale. Le bureau du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme a en effet dénoncé des « violations systématiques » citant « meurtres, enlèvements, actes de torture et destructions de propriétés privées. »

Pendant cette période, de nombreux rapports de l’ONU et d’ONG basées à l’est ont fait état de dizaines de civils – dont des enfants – tués ou blessés dans les affrontements qui ont opposé le M23 et les FARDC. Des dizaines de milliers de personnes – dont des milliers d’enfants – ont été déplacées par cette dernière offensive et des centaines d’enfants auraient été séparés de leurs familles. En outre, une recrudescence de violences sexuelles et de pillages perpétrés par les forces et groupes armés à l’encontre de cette population terrorisée a aussi été enregistrée.

Lors de cette rupture de l’état de droit, « les enfants ont été tués et blessés dans les échanges de tirs, ils ont été ciblés intentionnellement, et auraient aussi été recruté comme soldats, » a déploré la Représentante Spéciale du Secrétaire Général pour les enfants et les conflits armés, madame Leïla Zerrougui, le 21 novembre.

Enfant Soldat International dénonce la défaillance des mécanismes supposés protéger les civils contre cette violence armée, qui était pourtant prévisible. Il est également préoccupant d’observer qu’à la suite de ces événements, certains groupes se trouvent dans des situations encore plus précaires. On constate par exemple que des populations déplacées ont été à nouveau déplacées, ou que des programmes d’assistance aux personnes vulnérables ont été interrompus pour une durée indéterminée – dont des programmes de réinsertion pour les enfants sortis de forces et groupes armés. Autant de facteurs qui aggravent la vulnérabilité des enfants à la violence et l’exploitation. « Les enfants, explique la Représentante Spéciale, vivent dans la peur constante du recrutement, et du ré recrutement. »

Il incombe au gouvernement Congolais et à la MONUSCO d’assurer la protection des civils et le respect des droits des enfants, en particulier lorsqu’ils sont les plus menacés. Les parties au conflit doivent impérativement se conformer au droit international humanitaire dans la conduite des hostilités, et ainsi prévenir le recrutement d’enfants ou leur utilisation dans les combats.

Enfant Soldat International réitère également son inquiétude concernant le vide sécuritaire dans certaines localités de l’est du pays, notamment au Masisi, où le redéploiement des FARDC pour contenir le M23 a laissé le champ libre à bon nombre de groupes armés. On constate dans ces régions une résurgence nette des violations perpétrées contre les civils, y compris du recrutement d’enfants.

Il convient de rappeler qu’en octobre 2012, le gouvernement et les Nations Unies avaient signé un Plan d’Action par lequel ils s’engageaient formellement et conjointement à :

  • Prévenir le recrutement d’enfants et autres violations graves des droits de l’enfant perpétrées par les forces armées et forces de sécurité ;
  • Obtenir l’adhésion des groupes armés non-étatiques aux principes du Plan d’Action ;
  • Enquêter promptement sur toute allégation de recrutement ou de violences sexuelles à l’encontre des enfants afin de poursuivre en justice les auteurs présumés de ces actes.

En outre, dans son combat contre le M23, le gouvernement devrait s’abstenir de fournir tout soutien militaire ou politique aux groupes armés et milices soupçonnés de recruter et d’utiliser des enfants soldats.

Enfant Soldat International demande également à ce qu’une enquête indépendante et impartiale soit menée sur les rapports crédibles concernant le soutien militaire du Rwanda et de l’Ouganda au M23, en vue de traduire en justice ceux qui seraient responsables d’avoir aidé et encouragé les violations perpétrées par le M23.

Enfin, les agences des Nations Unies et autres organisations humanitaires devraient pouvoir bénéficier d’un accès sécurisé et sans entrave à tous les endroits où des enfants pourraient être associés aux forces et groupes armés afin d’obtenir leur libération immédiate.

Pendant ce temps, les efforts visant à résoudre le conflit devraient impérativement inclure des mesures visant à protéger les enfants contre toute violation de leurs droits, y compris tout recrutement, ou ré recrutement, militaire.
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Références

Centre d’actualités de l’ONU, « L’avancée du M23 provoque une situation humanitaire désastreuse dans l’est de la RDC, prévient l’ONU », 20 novembre

Représentante spéciale du Secrétaire général pour les enfants et les conflits armés, « Les enfants sont touchés par une violence généralisés à l’est de la RDC », 21 novembre 2012 (en anglais)

IRIN, « RDC: La population civile est en danger à Masisi », 28 novembre 2012

Enfants Soldats International : « Dans sa gestion de la crise sécuritaire, la RDC ne doit pas perdre de vue les droits des enfants », 19 septembre 2012

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