La coupure de RFI en RDCongo: un appel de silence forcé ?

La coupure du signal de la radio française RFI à Kinshasa depuis samedi « n’est pas acceptable », a estimé la secrétaire générale de la Francophonie Michaëlle Jean, dans un entretien à l’AFP lundi à New York.

Elle a demandé au gouvernement congolais de revenir sur cette mesure « au nom de la liberté d’expression et de presse ».

« Quand on installe une espèce de silence forcé, ce n’est pas acceptable », a-t-elle relevé, soulignant que cela « envoie un mauvais signal ».

Dans le climat politique tendu en République démocratique du Congo, il faut « arriver à un consensus national », a expliqué Mme Jean. Or « ce n’est pas en brouillant les ondes de certaines radios qu’on peut arriver à s’assurer d’un climat apaisé ».

Le signal de RFI, l’une des stations les plus écoutées en RDC, a été coupé samedi au moment où l’opposition réunie autour d’Etienne Tshisekedi, opposant historique dans le pays, projetait d’organiser un meeting populaire.

Sa diffusion est souvent coupée depuis deux ans les jours de manifestation contre le président congolais Joseph Kabila, au pouvoir depuis 2001, et auquel la Constitution interdit de se représenter.

Radio Okapi, la radio de l’ONU en RDC, est elle aussi brouillée depuis samedi.

La manifestation interdite samedi avait pour but de rappeler à M. Kabila que son mandat se termine le 20 décembre. L’opposition le soupçonne de vouloir se maintenir au pouvoir.

Michaëlle Jean était à New York pour participer à un débat au Conseil de sécurité de l’ONU sur les opérations de maintien de la paix, une première pour un secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).

Elle a dit avoir eu l’occasion de faire part de sa réprobation au ministre des Affaires étrangères de la RDC Raymond Tshibanda, qui participait au même débat.

Mme Jean a rappelé au Conseil que la moitié des missions de paix de l’ONU se déroulent dans l’espace francophone et que 55 Etats membres ou observateurs de l’OIF y sont engagés.

« L’espace francophone est devenu en quelque sorte un laboratoire des opérations de paix », a-t-elle déclaré aux ambassadeurs.

« Il faut que les Casques bleus soient mieux équipés, mieux préparés, mieux formés et l’OIF y contribue », a-t-elle souligné.

Elle a salué le renforcement des capacités et des mandats des forces onusiennes au Mali, en RDC et en République centrafricaine « afin qu’elles puissent mieux protéger les civils et faire face aux groupes armés », insistant sur la formation des Casques bleus et sur « la priorité donnée au renseignement ».

Il faut aussi développer l’usage du français dans les opérations en terre francophone. « La question de la langue n’est pas accessoire », a-t-elle affirmé à l’AFP.

Le français permet non seulement de communiquer, de comprendre les instructions et de recueillir informations et témoignages auprès des locaux mais aussi « d’établir une relation de confiance avec les populations ».

C’est d’autant plus important, a-t-elle expliqué, que « les stratégies terroristes reposent précisément sur la capacité de ces groupes criminels à infiltrer et à se fondre au sein de la population locale ».

AFP

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