Un trafic de fausses adoptions entre l’Italie et la RDC ?

Un magazine italien affirme avoir rassemblé les éléments de preuve d’un trafic de fausses adoptions qui a failli compromettre des cas réguliers.

L’enquête explosive est du journal italien L’Espresso. Après des mois de suivi, l’hebdomadaire « de politique, culture et économie » affirme avoir mis à jour un réseau « insoupçonnable » qui a tenté de faire entrer en Italie des enfants de la République démocratique du Congo. Au moins cinq cas ont été répertoriés : les enfants étaient déclarés orphelins et enfants abandonnés mais étaient en fait soustraits à leurs parents bien vivants qui les recherchaient désespérément.

Ceux-ci auraient, en effet, entrepris des démarches pour réclamer les enfants qui leur ont été prélevés à leur insu. C’est ainsi que le pot-aux-roses a été découvert : après plusieurs semaines de recherches, les géniteurs se sont rendus compte que les enfants se trouvaient dans un endroit en vue d’une expatriation en Italie. Les confrères avancent qu’en Afrique, les membres du réseau ont profité des failles d’une association de Milan, Ai.bi-Amici dei bambini, pour opérer en toute tranquillité.

Leurs agissements ont produit l’effet paradoxal de retarder l’arrivée en Italie d’enfants congolais qui avaient été régulièrement adoptés par des familles italiennes. En cachant les vraies informations sur les enfants, cette association aurait contribué à jeter la suspicion sur tous les cas, les normaux et les frauduleux. « Suivant les informations recueillies, les responsables de l’Ai.Bi-Amici dei bambini n’ont pas indiqué ce qu’ils savaient et ont fourni des informations qui ne correspondaient pas à la vérité », écrit le journal.

Selon lui, une enquête diligentée par les services compétents en Italie a démontré que  dans la tentative de l’Ai.Bi de freiner les investigations engagées par la Commission italienne pour les adoptions internationales, CAI, quelque 18 enfants de 3 à 13 ans, déjà adoptés par des parents italiens, et donc portant des noms italiens, ont été retenus en otage dans un orphelinat à Goma. C’est-à-dire « dans l’une des régions les plus dangereuses de l’Est de la République démocratique du Congo », écrivent encore les confrères.

La réaction de l’Ai.Bi a été immédiate : « diffamations graves », « calomnies pures ». L’association soutient que toutes les démarches d’adoption menées en République démocratique du Congo ont été conduites en toute rigueur. « La CAI a toujours été avisée par écrit. En outre, il est à souligner que comme pour tout autre pays, les adoptions au Congo sont menées sous la responsabilité des autorités publiques des deux pays concernés. Aucune adoption, aucune entrée d’un enfant adopté ne peut se faire en Italie sans le consentement du Congo et de l’Italie ».

Dans sa défense, l’association milanaise s’interroge : « qui donc est derrière une telle manœuvre ? ». Elle rappelle qu’il y a deux ans, elle-même avait porté à la connaissance de la CAI et des autorités de Kinshasa, et depuis un an et demi à celle de la Procure de Milan, des nouvelles faisant état d’anomalies dans les procédures d’adoption en RDC. « Nous en venons à nous demander quel est le but réel poursuivi par cette enquête (de presse) qui paraît moins d’un mois après la destitution par le premier ministre, et non par une association d’adoptants, de Silvia della Monica de ses charges de présidente de la CAI ».

Lucien Mpama,
avec ADIAC-Congo

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