DIRECT.CD ­— Pendant plusieurs années de conflit dans l’Est du pays, des dizaines de milliers de femmes ont été victimes de viols commis par les multiples groupes armés, la plupart en complicité avec le Rwanda et l’Ouganda. Voici les témoignages glaçants des victimes de ces horreurs indescriptibles.

Le journal français “Libération” a recueilli des témoignages fin octobre à Bukavu, dans l’Est de la R.D.C.

SERAPHINE

« Je m’appelle Séraphine. J’ai 36 ans. Je viens de la ville de Shabunda. Un jour, voilà un an, alors que j’étais partie dans les champs chercher à manger pour ma famille, des miliciens Maï-Maï (guerriers traditionnels alliés au gouvernement de Kinshasa, Ndlr) m’ont emmenée dans la forêt avec d’autres femmes, ils nous ont gardées pendant un mois, ils venaient nous violer chaque fois qu’ils le voulaient. Ensuite, ils allaient faire leur business et puis ils revenaient nous prendre de force. Les viols se déroulaient en public, devant tout le monde.

I1 est arrivé que je sois violée dix fois dans la même journée. Certains nous frappaient, ils nous avaient pris nos habits, car ils pensaient qu’en étant nues, nous n’oserions pas nous échapper. Nous avons subi de nombreuses blessures corporelles. Certaines, comme moi, ont eu des problèmes de vessie. D’autres avaient des blessures vaginales ou dans l’utérus. J’ai entendu dire qu’après les viols des hommes leur tiraient dans le vagin avec leur fusil. Je sais aussi que d’autres femmes qui ont refusé d’être violées ont été tuées à coups de machette.

Finalement, au bout d’un mois, nous sommes parvenues à nous échapper. Les Maï-Maï nous ont envoyées dans un village pour aller chercher à manger. Même si nous étions pratiquement nues, avec seulement une culotte, ont en a profité pour demander de l’aide. Des médecins nous ont emmenées à Bukavu pour nous traiter et nous donner a manger.

J’avais perdu beaucoup de poids et j’étais toujours très nerveuse. Maintenant, je me sens mieux. Mon mari sait ce qui s’est passé. Il m’a consolée, il dit que ce n’était pas ma faute. Mais, je ne sais pas si je dois avoir peur de retourner à Shabunda. Les hommes qui m’ont violée ont le contrôle de la zone. Je ne crois pas qu’ils seront punis. Ils ont des armes, ils ont des munitions ».

UVILA

« Je m’appelle Uvila. J’ai 15 ans. Je suis orpheline, alors j’habite chez des voisins. Un jour, la maman m’a demandé d’aller chercher de la farine de maïs. Je suis rentrée la nuit, après 18 heures. En chemin, j’ai croisé des militaires du Rcd (Rassemblement congolais pour la démocratie, rebelles alliés au Rwanda, Ndlr).

Ils m’ont demandé de me déshabiller. Ils étaient quatre. Ils m’ont tous violées. Ils ne m’ont pas parlé. Ils se disaient seulement, les uns aux autres vas-y, c’est ton tour, vas-y. Après, je ne pouvais pas marcher. Je pleurais. Un groupe de femmes m’a trouvée là. L’une d’entre elles m’a amenée chez elle. J’y suis restée deux jours avant qu’elle me raccompagne chez moi. Aujourd’hui, j’ai toujours des douleurs au ventre et mes règles se sont arrêtées depuis ce jour-là.

Ca s’est passé juillet. Je me sens toujours très fatiguée. Je n’ai pas assez d’énergie pour travailler dans la maison. Je suis troublée. Je ne sais pas comment expliquer ce qui se passe. Peut-être que ces hommes avaient une maladie et qu’ils m’ont contaminée. Ma vie a complètement changé ».

CHARLOTTE

« Je m’appelle Charlotte. J’ai 20 ans. Je vis dans le quartier de Bagira, dans les collines, juste en dehors de Bukavu. Les Interhamwe (milices hutu rwandaises extrémistes) vivent dans les collines de face sont venus attaquer plusieurs maisons début octobre. Quand ils sont entrés chez moi, ils m’ont tout suite vue. Ils m’ont des déshabillée de force. Sous la menace de couteaux, ils m’ont couchée par terre et un hommes m’a violée. Un autre s’apprêtait a me prendre de force aussi.

Mais, quelqu’un fait sonner la cloche l’église pour alerter les voisins. Alors les Interhamwe ont décidé de partir. Ils ont pris tous nos vêtement et m’ont forcée à les porter pour eux. J’ai passé une nuit dans la colline. Là, les militaires ont commence à se disputer pour moi, et le commandant m’a dit de partir, car je provoquais 1a confusion. Maintenant, je dors plus chez moi, car ils ont menacé de revenir ».