Pression internationale pour rapatrier en RDC les ex-combattants du M23

Les délais sont courts et les enjeux de taille. Mercredi 18 novembre, à Kinshasa, une réunion restreinte de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) a décidé d’accélérer et d’achever le rapatriement d’un millier d’anciens rebelles du Mouvement du 23-Mars (M23). Ces combattants du M23, créé en mai 2012 dans la province instable du Nord-Kivu et vaincu en novembre 2013 par l’armée congolaise et les casques bleus, avaient fui l’est de la République démocratique du Congo (RDC) pour se réfugier enOuganda.

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Verdict : les derniers retours devront s’étendre du 1er au 15 décembre « au plus tard », demandent dans un communiqué les ministres ou vice-ministres de la défense de la RDC, de l’Ouganda, du Mozambique, représentant la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), et de l’Angola, qui assure la présidence tournante de la CIRGL. En outre, ils ont appelé Kampala à « ne pas accorder l’asile aux ex-combattants (…) réfractaires », les poussant ainsi vers la sortie. Problème, une fois rentrés au pays, certains redoutent d’yêtre jugés, la loi d’amnistie du 11 février 2014 excluant les auteurs de crimes de guerre, crimes contre l’humanité et crimes de génocide.

« Dans le respect » des droits de l’homme

Lors de la défaite de 2013, environ 1 600 rebelles avaient fui en Ouganda, où Kampala affirme qu’ils sont cantonnés et désarmés. Leur rapatriement, qui doit s’opérer sur la base du volontariat, est l’un des points essentiels des déclarations de paix de Nairobi, que Kinshasa et le M23 ont signées en décembre 2013. Le processus de retour, qui a débuté en septembre 2014 et que la RDC espérait voir achevé en août 2015, patine. Le 6 décembre 2014, il a même dégénéré, faisant plusieurs blessés. Pour le moment, on compte moins de 200 retours, et Kinshasa y voit un sabotage du M23. « Nous n’avons jamais été opposés au rapatriement », mais il revient aux autorités congolaises de « convaincre les ex-combattants » de rentrer, et tout doit se dérouler « dans le respect » des textes et des droits de l’homme, insiste Bertrand Bisimwa, président du M23 exilé en Ouganda.

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La RDC a déboursé « 10 millions de dollars (9,4 millions d’euros) sur fonds propres » pour s’occuper de ceux qui reviendront, et qui seront alors cantonnés dans des camps basés à Kitona (ouest) et à Kamina (sud-est), a tenu à rassurer Lambert Mende Omalanga, porte-parole du gouvernement, lors d’une conférence de presse jeudi. L’Ouganda se trouvait à la tête de la CIRGL pendant la guerre du M23. Des experts de l’ONU estiment que le pays était alors juge et partie : dans un rapport, ceux-ci accusent Kampala d’avoir soutenu le groupe armé avec le concours du Rwanda, où des centaines d’ex-rebelles se sont par ailleurs réfugiés. Les deux Etats ont toujours démenti ces allégations. Reste que, pour un haut responsable de l’armée congolaise, le succès des retours tient à la volonté politique de Kampala qui, explique-t-il, doit jouer les équilibristes entre ses engagements vis-à-vis de la CIRGL et les « intérêts » qui ont motivé son appui au M23.

« Qualités militaires »

Quid des ex-combattants réfugiés au Rwanda ? Tout dépendra de la réussite des opérations en Ouganda. La Grande-Bretagne, second bailleur de la RDC derrière les Etats-Unis, suit la situation de près. « Nous voulons nous assurer que ce groupe n’existe plus, de quelque manière ou forme que ce soit, pour qu’il n’y ait pas un mécanisme pour recréer (…) une base violente », a confié, le 17 novembre Danae Dholakia, l’envoyée spéciale britannique dans la région des Grands Lacs, en visite de travail à Kinshasa. Pour prévenir une réorganisation du M23, né sur les cendres de deux rébellions, la CIRGL a demandé à Kampala d’« empêcher » les anciens rebelles d’utiliser leurs « qualités militaires » et de s’assurer que ceux « absents des camps de cantonnement ne constituent pas une menace à la sécurité de la RDC ». Plus largement, l’Angola a demandé de « résoudre une fois pour toutes » la question des dizaines de groupes armés de l’Est congolais. Parmi les grandes menaces, les Hutu rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) : leurs chefs ont participé au génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda avant de s’exiler en RDC, d’où ils empoisonnent les relations régionales.

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