Rwanda : les idiots utiles de Kagamé

Le directeur du « Nouvel observateur », Laurent Joffrin, estime que par « souci obsessionnel de disculper la France, son gouvernement, son armée », Marianne aurait détourné le débat, diffusé des écrans de fumée, relativisé le génocide. Rien de moins ! Dans ce dossier, comme souvent, les a priori l’emportent sur l’enquête…
Une fois n’est pas coutume, le Nouvel Observateur vient de reconnaître le poids de Marianne dans le débat public ! Dans son dernier édito, intitulé « Les projecteurs se braquent sur l’attentat, pas sur le génocide » (et sur le site Internet du magazine) son directeur Laurent Joffrin affirme en effet que nous serions largement responsables de la « commémoration manquée » du génocide rwandais.

Que nous aurions obéré les cérémonies « par des polémiques acerbes et troubles qui finissent par égarer l’opinion et masquer les leçons de l’Histoire ». Par « souci obsessionnel de disculper la France, son gouvernement, son armée », nous aurions selon lui détourné le débat, diffusé des écrans de fumée, relativisé le génocide.

Laurent Joffrin a raison, nous avons été en effet les seuls de la presse française à accorder une place importante à l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Habyarimana, mais cette reconnaissance révèle chez lui une méconnaissance totale de l’histoire de la tragédie rwandaise.

Il s’est probablement limité à lire les papiers obsessionnellement anti-français des ses collègues du Nouvel Observateur Jean-Baptiste Naudet et Christophe Boltanski. Ne lui en déplaise – tout le monde le reconnaît – l’attentat est le facteur déclenchant du génocide. Mais pour lui, « au fond, cela ne change pas grand-chose à la culpabilité de ceux qui ont perpétré le génocide dans les semaines qui ont suivi ». Nous préférons suivre Carla del Ponte, ex-procureure du Tribunal Pénal International sur le Rwanda (congédiée de son poste par Paul Kagamé pour avoir voulu enquêter les crimes commis par son Front Patriotique du Rwanda), quand elle affirme au journal danois Aktuelt du 17 Avril 2000 : « S’il se révélait que c’est le FPR qui a abattu l’avion, l’histoire du génocide devrait être réécrite ». Elle l’a redit avec encore plus de force lors du colloque – qualifié de « négationniste » — à Kigali — qui s’est tenu le 1er avril dernier, à Paris, au Sénat : « Si c’était Kagamé qui avait descendu l’avion, ce serait Kagamé le premier responsable du génocide des Hutus sur les Tutsis… »

Je suis convaincu depuis 1997, bien avant l’arrivée du juge Bruguière dans le dossier, que Paul Kagamé est bien le commanditaire de l’attentat. C’était alors un secret de polichinelle à Kigali. Ma conviction s’est renforcée au fil des ans. Le témoignage de Jean-Marie Micombero, officier du FPR et présent le 6 avril 1994 lors des derniers préparatifs techniques de l’attentat confirma encore ma conviction. Laurent Joffrin tente de décrédibiliser Micombero, affirmant que des « témoins du même genre présentés auparavant par les mêmes journalistes se sont rétractés les uns après les autres, jetant un doute très sérieux sur la fiabilité de ce genre de personnage ». Joffrin oublie de dire que c’est sous la pression de Kigali que quelques témoins ont été contraints de se rétracter. Il oublie de dire que Kagamé tue systématiquement ceux qui savent. Il oublie de rappeler qu’Abdul Ruzibiza, témoin important s’était effectivement rétracté mais, avant de mourir, il est revenu sur ses rétractations et a expliqué au juge pourquoi…

Laurent Joffrin préfère s’arc-bouter sur un rapport balistique qui, selon lui, laverait Kagamé de tous soupçons. Déjà dans Marianne, le samedi 28 janvier 2012, de bons connaisseurs du dossier, Rony Brauman, Jean-Hervé Bradol et Claudine Vidal avaient réagi vivement aux interprétations militantes et hâtives du rapport balistique du juge Trévidic. Ils avaient traité les journalistes qui avaient conclu que l’attentat ne pouvait pas avoir été commandité par le FPR, d’« idiots utiles de Kagamé », occupant « la plupart des tribunes afin de faire dire à un rapport balistique ce qu’il ne disait pas, et se sont comportés, volontairement ou non, en vecteurs de la propagande internationale du FPR ». Laurent Joffrin ne fait que reprendre les affirmations de ses journalistes qui avaient alors gobé la propagande des avocats du FPR…

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