Déplacés, réfugiés, tués, massacres et nettoyage ethnique : pourquoi la tragédie des Rohingyas en Birmanie serait-elle davantage sous les projecteurs que celle des populations du Kasaï, en République démocratique du Congo (RDC)? C’est à cette question que tentait de répondre samedi l’un des ateliers des Géopolitiques de Nantes, un événement annuel grand public organisé par l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), dont le JDD est partenaire.

De moins en moins de dons

Il y a pourtant au Kasaï, région d’Afrique centrale très convoitée pour ses ressources minières, une urgence humanitaire comparable. “Il y a aujourd’hui environ 1,4 million de déplacés et plus de 35.000 réfugiés à l’extérieur du pays et on estime que 2,8 millions de Congolais sur place sont en situation d’insécurité alimentaire, tandis qu’on découvre progressivement des charniers”, constate Michel Maietta, directeur du département humanitaire et développement de l’Iris. “On en parle peu parce que les médias, même s’ils décidaient de s’y rendre, tout comme les urgentistes des ONG, ont peu d’accès à cette région immense”, poursuit-il. C’est également un conflit complexe où tout ne se résume pas à une répression par l’armée centrale congolaise d’une rébellion menée par des chefferies de tribus traditionnelles. Le Conseil des droits de l’homme de l’ONU et le Comité international de la Croix-Rouge tirent la sonnette d’alarme et réclament 65 millions de dollars pour traiter la situation humanitaire. A peine 30% de cette somme ont pu être débloqués.

Médecins du monde a beau s’être donné pour mission d’aller “sur des conflits où d’autres ne sont pas, des conflits oubliés”, “les financements ne suivent pas alors que la majorité de nos ressources en personnel se trouvent sur le continent africain”, décrypte sa directrice, Françoise Sivignon. “Face à la multiplication de nos centres d’intérêt, nous sommes obligés de faire des priorités”, ajoute-t-elle, signalant la mobilisation en ce moment de l’ONG sur le Yémen, la Centrafrique et la Birmanie. Absence de médias, hiérarchisation des choix, risques courus par les volontaires (notamment après l’assassinat de deux émissaires de l’ONU au Kasaï), recul des dons, discrétion des Etats : un cercle vicieux dont les seules victimes sont les populations civiles qui paient le prix de l’invisibilité et donc de l’inaction.