Une une guerre de l’or entre la RDC et l’Ouganda?

La République démocratique du Congo a perdu en quelque sorte sa souveraineté dans les deux provinces du Kivu et partiellement en Ituri, sur la production, le marketing et la fiscalité des exportations des tungstène-tantale-étain et de l’or, depuis l’installation des groupes armés dans des mines du Kivu et de l’Ituri .

Selon les statistiques de l’ONG IPIS présentant 2000 mines artisanales, 240 000 mineurs y travaillent. 80% recherchent de l’or. 64% des sites aurifères sont gangrenés par des hommes armés (groupes armés-25%, forces armées devenues rebelles-26%) ; les 70 groupes armés comptent moins 300 hommes en moyenne, ils sont locaux et étrangers (Rwanda). Cette déréliction de l’État permet différents trafics : taxes illégales, pillages, monopole sur négoce des métaux et des vivres…

La victoire des FARDC dès 2015 sur plusieurs groupes armés a eu plus de résultats sur la production des tungstène-tantale-étain que pour l’or selon l’ONG. Ces trois métaux étaient pris en tenaille par l’armée en amont, et en aval sous l’égide de l’OCDE par la mise en place de filières marketing de traçabilité des minerais repoussant l’emprise commerciale des bandes armées.

A l’inverse des tungstène-tantale-étain, l’or n’a pas bénéficié dans sa partie marketing d’une filière minerais responsables étanche. Les trafics restent rentables.

Une raffinerie d’or d’une capacité d’environ 70 tonnes d’or s’est construite à Kampala alors qu’il n’existe pas un tel outil à proximité des zones productrices en RDC ; alors que les taxes sur l’or sont plus élevées en RDC que par exemple en Ouganda.

En 2015 environ seulement 2% de la production d’or estimée (500M$) furent légalement exportés de RDC.
L’affinerie d’or de Kampala était officiellement inaugurée en février 2017 mais elle aurait déjà attiré 7 tonnes d’or en 2016 et viserait 10 à 12 tonnes en 2017.

Ce sont de petites quantités d’or lorsqu’elles sont comparées à la production mondiale. Mais la plus grande partie venant de mines artisanales, notamment de RDC et peut être aussi du Sud Soudan, lorsqu’il est livré à Kampala la traçabilité de ce métal semblerait difficilement assurée, tout comme la légalité des documents justifiant le paiement de taxes d’exportation congolaises.

Situé aux portes des comptoirs congolais, un régime fiscal compétitif est un appel d’air pour toute l’exportation légale ou illégale d’or de l’est de la RDC. Les pertes fiscales estimées seraient de 50M$. Kampala peut légalement accroître ses exportations directement vers Dubaï, l’Inde et la Chine.

Mais l’on s’interroge : si le devoir de diligence sur la traçabilité de l’or prôné par l’OCDE, par l’Europe, les États-Unis et la Chine notamment n’était pas mis en valeur à Kampala, cette filière contrarie-t-elle consciemment le mouvement mondial combattant les « minerais de sang » ?

Dans le passé, les souverainetés perdues sur les territoires, le marketing et les flux de métaux illégalement exportés vers l’Ouganda, le Rwanda et le Burundi eurent comme corollaire des flux d’armes prenant le chemin inverse.

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