C’était un certain 1er mai 2012, dans la petite ville-martyre de Goma, dans l’Est de la RDC, et l’action était sociale: dénoncer le manque de perspectives et d’emploi pour les jeunes, notamment diplômés des universités, et tout un “système” politique et économique qui étouffe les congolais depuis trop longtemps.

Sans nom (au départ), sans “chefs”, sans documents administratifs, et sans recours aux financements sur le modèle des ASBL et ONGs, la Lucha a défié tous les principes et toutes les pratiques quant à l’organisation et au fonctionnement des structures sociales et politiques en RDC et au-delà.

En effet, il y a 5 ans, des “jeunes indignés Congolais” ont commencé à descendre dans les rues pour faire entendre leurs revendication sociales; à faire le porte-à-porte et distribuer des tracts pour sensibiliser les congolais sur leurs droits et devoirs entant que citoyens; à dénoncer tout haut ce dont tout le monde se lamentait tout bas, par lâcheté ou par résignation: la corruption, l’incompétence, l’égoïsme, le clientélisme, le népotisme, les injustices sociales…

À l’époque, les observateurs bien-pensants étaient un animes pour dire qu’un mouvement avec un leadership horizontal comme la Lucha, se revendiquant de surcroît non-violent et non partisan, dans un environnement congolais violent, répressif et extrêmement polarisé, n’avait aucune chance de marcher, et surtout de perdurer. Pour certains, la Lucha était qu’un groupe d’anarchistes idéalistes sans avenir; pour d’autres des “jeunes manipulés” par toutes sortes de”forces obscures”.

« Pour être honnêtes, le parcours de la Lucha ces cinq dernières années n’a pas du tout été aisé », reconnaisse-t-elle dans un communiqué publié ce lundi 1er mai. Et de poursuivre : « le choix que nous avons fait-et que nous assumons encore d’être un mouvement antisystème à tous égards (y compris dans notre façon de nous organiser et de fonctionner) n’était pas évident. Ce système qui préfère la forme au contenu; le protocole à l’efficacité; les personnes et les identités des personnes à leurs idées et leurs compétences; les déclarations aux actions; etc. Ce système qui conditionne les congolais à accepter les injustices les plus indescriptibles sans se révolter, ou encore à croire que la violence est le moyen le plus efficace qui soit pour faire entendre ses revendications et gagner le respect ».

Le 24 juin 2012, moins de deux mois après la première manifestation de la Lucha, les premières arrestations ont lieu. Sept militants dont une fille passent une semaine dans le cachot de l’ANR à Goma, pour avoir distribué des tracts dénonçant une “indépendance de façade “célébrée chaque 30juin, et appelant les Congolais à se lever pour réaliser la vraie indépendance, qui ne peut s’accommoder des injustices et des humiliations qu’il subisse.

Entre 2013 et 2014, l’une des premières campagnes que la lucha a menée pour exiger l’accès à l’eau potable à Goma (Goma Veut de L’Eau), avec un certain succès, elle avait valu la répression. C’est en janvier 2013 que lucha ,qui n’était jusqu’alors qu’un slogan qu’elle scandait dans leurs actions en référence au mot espagnol ”Lucha” qui signifie Lutte, tout simplement, est devenu le nom officiel du mouvement, avec un nouveau sens: la Lutte (LU)pour le Changement (CHA).

« 2015, année de l’expansion de notre mouvement, a vu plusieurs de nos camarades être arrêtés à Goma et à Kinshasa principalement. À l’époque, nous nous évoquions de plus en plus la nécessité de changements au niveau politique et nous nous intéressions à la question des élections censées se tenir en 2016. Nos détracteurs y voyaient déjà la fin, alors que pour nous c’était une opportunité d’affermissement. A ce jour, le mouvement est implanté dans plus de 18 villes à travers le pays (Kinshasa, Bukavu, Lubumbashi, Kolwezi, Goma, Butembo, Beni, Bunia, Kananga, Mbujimayi, Kisangani, Uvira, Idjwi, Sake, Kalehe, Kasindi, Kisangani, Fizi,…). Il compte trois sections actives dans la diaspora congolaise: Europe de l’Ouest, Amérique du Nord (Etats-Unis, Canada et Caraïbes) et Afrique australe, et son expansion se poursuit », rendeigne-t-elle.

L’année 2016 a été consacrée presque entièrement à la lutte pour l’alternance, avec la campagne « Bye Bye Kabila.

« Nous avons payé le prix le plus fort (plus de 100 arrestations enregistrées au cours de cette année) dans cette mobilisation. C’est en partie grâce à cela que le monde a été alerté sur les intentions du Président Kabila et de sa majorité de se maintenir frauduleusement au pouvoir en refusant d’organiser les élections, en violation de la constitution. », indique la lucha.

Mais tout en étant fiers de leur parcours durant ces cinq années, loin de nous ce pendant toute velléité triomphaliste. La Lucha garde en conscience le fait que leur travail n’a fait que commencer et compte sur l’engagement de toute la jeunesse de la RDC et de la diaspora pour y arriver.