Les autorités chargées de l’immigration de la ville de Goma, dans l’est du pays, ont annulé son visa et l’ont escortée à la frontière.
Ida Sawyer à Goma, dans l'est de la RD Congo, le 18 janvier 2017.

Ida Sawyer à Goma, dans l’est de la RD Congo, le 18 janvier 2017.

Ida Sawyer est entrée en RD Congo le 13 janvier avec un visa de trois mois à entrées multiples qu’elle avait obtenu le 5 janvier à l’ambassade congolaise de Bruxelles, en Belgique. Ida Sawyer est basée à Bruxelles depuis août 2016, moment où les autorités congolaises avaient révoqué son permis de travail puis avaient refusé de le renouveler et lui avaient intimé de quitter le pays. Avant cela, Ida Sawyer vivait et travaillait en RD Congo pour Human Rights Watch depuis janvier 2008.

« Le fait de délivrer à Ida Sawyer un visa un jour et de le révoquer 15 jours plus tard remet en question l’engagement du gouvernement congolais à inverser le climat de répression qui règne dans le pays », a indiqué Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Nous espérons que la situation sera rapidement résolue et qu’Ida Sawyer sera bientôt autorisée à retourner en RD Congo pour y mener ses travaux sans interférences. »

Le 19 janvier, le ministre de la Communication Lambert Mende a déclaré à un média congolais qu’Ida Sawyer « n’était pas autorisée » à se déplacer en RD Congo et qu’elle était « toujours indésirable ». Le 20 janvier, les autorités chargées de l’immigration à Goma ont informé Ida Sawyer qu’elle était considérée comme un « cas spécial » et qu’elle nécessitait une autorisation écrite du directeur général de la Direction Général de Migration (DGM) avant de solliciter un visa. Ida Sawyer n’avait pas été informée de cette « procédure spéciale » lorsqu’elle a fait sa demande de visa ou lorsqu’elle est entrée dans le pays. Les autorités ont ensuite annulé le visa d’Ida Sawyer et l’ont escortée à la frontière avec le Rwanda voisin. Juste avant de franchir la frontière, des fonctionnaires de l’immigration ont remis à Ida Sawyer un document disant que son visa n’était pas en règle avec les conditions de son obtention. Ida Sawyer n’a pas signé le document, étant donné que toutes les procédures régulières avaient été suivies lorsque le visa lui a été délivré et quand elle est entrée dans le pays. L’avocat de Human Rights Watch en RD Congo a adressé un courrier au directeur général des services de l’immigration le 21 janvier, demandant à ce qu’Ida Sawyer soit autorisée à retourner en RD Congo.

Le visa annulé d'Ida Sawyer.

Le visa annulé d’Ida Sawyer.

D’autres hauts fonctionnaires, cependant, avaient auparavant informé Ida Sawyer en privé qu’elle avait été autorisée à revenir en RD Congo dans le cadre des efforts de décrispation du gouvernement après un accord sous la médiation de l’Église catholique ait été signé à la Saint-Sylvestre par des membres de l’opposition, de la coalition au pouvoir et d’organisations de la société civile.

L’accord intervient après deux ans de tensions politiques accrues et de répression brutale à l’encontre des défenseurs des droits humains et des activistes pro-démocratie, de l’opposition politique, des médias et des manifestants pacifiques alors que le président Joseph Kabila cherchait à se maintenir au pouvoir au-delà du terme des deux mandats consécutifs autorisés par la constitution en date du 19 décembre. L’accord de la Saint-Sylvestre prévoit que les élections présidentielles auront lieu avant la fin de l’année 2017.

En vertu de cet accord, un nouveau Premier ministre – issu de la coalition d’opposition Rassemblement – sera nommé, et l’opposition dirigera le Conseil national de suivi de l’accord et du processus électoral (CNSA). L’accord indique qu’il n’y aura pas de tentatives de modification de la constitution, d’organisation d’un référendum ou d’autorisation de briguer un troisième mandat pour Kabila. L’accord appelle aussi à la mise en œuvre de mesures de décrispation, notamment la libération des prisonniers politiques et la réouverture des médias fermés.

Avec Human Rights Watch.