Kabila au pouvoir jusqu’en novembre 2017, qui sera son Premier ministre ?

Un accord est intervenu en RDC : Kabila va rester président jusqu'à fin 2017, un opposant va devenir Premier ministre.

Les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) qui mènent le dialogue de la dernière chance en République démocratique du Congo ont été clairs mercredi soir. Quoi qu’il arrive, ils clôtureront le dialogue ce vendredi afin de pouvoir retourner dans leurs paroisses à l’occasion des fêtes de Noël. Ils avaient aussi prévenu qu’en cas d’échec, ils n’hésiteraient pas à en « tirer les conclusions et à pointer du doigt publiquement les responsables ». Ce jeudi, les règles du dialogue ont été modifiées pour le rendre plus compact.

Les évêques ont limité chaque camp à 5 représentants. Côté majorité présidentielle, les seconds couteaux présents jusqu’ici au dialogue ont fait place aux cadors. Aubin Minaku (président du parlement), Kalev Mutond (patron du service de renseignements) et André Kimbuta (gouverneur de la ville-province de Kinshasa) étaient notamment face aux évêques en fin de matinée.

Pourquoi la mobilisation des gros bras de la kabilie ? « Parce que Kabila a compris qu’il était temps d’arrêter de jouer au plus malin », tente d’expliquer un membre de l’opposition qui ne cache pas que la mobilisation « de ces proches du président est aussi la preuve que les négociations vont rentrer dans le dur. Il va falloir être très prudent, les pièges ne vont pas manquer ».

Avancées prudentes

Quatre grands points étaient inscrits sur la feuille de route : la non candidature de Joseph Kabila à un troisième mandat, la non modification de la constitution, le calendrier de la présidentielle et l’architecture institutionnelle à mettre sur pied pour encadrer le processus.

Sur le premier point, le message des kabilistes était habituel « le président a toujours dit qu’il respecterait la constitution », explication de la même veine pour la non modification de la constitution. Pour le calendrier, la majorité avait obtenu la date du mois d’avril 2018 pour la tenue des élections lors du dialogue de l’OUA (organisation de l’unité africaine). Une date imbuvable pour l’opposition qui exige le scrutin au printemps ou en été 2017. Un compromis serait sur la table pour novembre 2017.

C’est sur le quatrième point, celui de l’architecture institutionnelle, que les lignes ont le plus bougé. Dans le nuit de mercredi à jeudi, les évêques ont rendu visite au vieux leader Etienne Thisekedi. Une discussion nocturne qui a débouché sur une vraie surprise, le patron de l’UDPS (Union pour la démocratie et le progrès social), qui a toujours affirmé qu’il était le vrai vainqueur de la présidentielle de 2011 et qu’il déniait toute autorité à Joseph Kabila, a accepté un principe de cohabitation entre la fin de ce dialogue et la tenue de la présidentielle en 2017. En échange de cet accord, Etienne Tshisekedi dirigerait le Conseil national de Transition (une terminologie refusée par le trio de la majorité parce qu’il rappelle trop le scénario tunisien ou centrafricain après le déboulonnage du président en place). Outre la difficulté de trouver un nom, il faut encore circonscrire le pouvoir de ce nouvel organe de la transition. Pour la majorité, pas question de lui accorder la moindre mission de l’exécutif, qui resterait donc entre les mains de Kabila.

Qui comme Premier ministre ?

Les jours de Samy Badibanga à la Primature pourraient déjà être comptés. Dans ce nouveau « big deal à la congolaise », le poste de Premier ministre serait toujours destiné à l’opposition. Mais quelle opposition ? Pour le clan Tshisekedi, le poste devrait revenir à l’UDPS. Le nom de Félix Tshisekedi arrive donc sur la table… pour le plus grand bonheur de la majorité qui flingue l’arrivée du père et du fils à deux organes supérieurs de la nation. Et c’est ici que commence un nouveau débat sur le terme opposition et ceux qui peuvent prétendre relever de cette qualification. Pour l’UDPS, il s’agit du «Rassemblement de l’opposition », pour la majorité, tous ceux qui ne sont pas dans l’actuelle majorité.

Le blocage sur cette question est sérieux et pourrait crisper au sein des rangs de l’opposition.

Mais le clergé catholique n’a pas le choix, il doit aboutir sous peine d’être sanctionné durement par le peuple. Dans le Congo Central, à Boma, des manifestants n’ont pas hésité à incendier une église parce qu’ils considéraient que les représentants catholiques les avaient trahis en ne poussant pas Joseph Kabila vers une porte de sortie.

Tensions dans le Katanga

Pendant que les négociations se poursuivaient à Kinshasa, une « opération porte à porte » selon l’expression d’un témoin, se déroulait à Lubumbashi, dans la commune de Katuba et en particulier dans le quartier de Mutshipisha-Gbadolite. Militaires et policiers étaient descendus en force dès 4h du matin pour arrêter tous les jeunes hommes qui étaient ensuite chargés dans un camion et emmenés vers une destination inconnue. La veille, le gouverneur du Haut-Katanga, Jean-Claude Kazembe Musonda, s’était rendu dans cette commune qui avait été très active lors des manifestations du 20 décembre. Le gouverneur voulait démontrer qu’il avait repris les choses en main. Mal lui en a pris, il a été contraint de rebrousser chemin, chassé par les habitants armés de tout ce qu’ils pouvaient ramasser à même le sol. Pour beaucoup d’observateurs, cette descente des forces de l’ordre et l’enlèvement de dizaines de jeunes hommes s’expliquent par la colère du gouverneur.

Par ailleurs, plus au nord mais toujours dans l’ex-province du Katanga, à Manono, l’évêque du diocèse, Mgr Vincent de Paul Kwanga, a lancé un SOS jeudi face aux « attaques répétées » qui rythment le conflit entre les communautés Pygmée et Bantou dans la région. Au-delà des victimes directes des attaques, il y a un « risque humanitaire causé par la faim et les épidémies » parmi les nombreuses personnes qui fuient ces violences, a-t-il souligné, à trois jours de la fête de Noël.
Manono, située à 480 km au nord de Lubumbashi, accueille selon lui plus de 50.000 déplacés. Selon le Bureau diocésain de Justice et de Paix (BDJP), la dernière attaque en date, menée mardi par des Pygmées à Manono, a fait 40 morts et 125 blessés. »En tant qu’Eglise catholique, nous demandons aux autorités nationales et provinciales compétentes d’assurer la protection des personnes et de leurs biens. (…) La population meurt sous le regard passif de l’armée et de la police », a déclaré dans un communiqué l’abbé Alain Kabange, directeur du BDJP.
Il a également « déploré la passivité des Casques bleus de la Mission de l’Onu pour la Stabilisation du Congo (Monusco), qui se seraient retranchés dans leur base lors de cette attaque » mardi. Les assaillants « ont marché sur quatre kilomètres en tirant partout sans aucune réaction », a affirmé Mgr Kwanga, en rappelant le « rôle de protection des civils » dévolu à la Monusco.

lalibre.be