Kabila plus fort que l’opposition

Le président Joseph Kabila a réussi à obtenir près de deux ans de rallonge au pouvoir. Il légitime les conclusions du dialogue politique en nommant un premier ministre issu de l’opposition. Une façon de prendre une large avance sur ses pourfendeurs de l’opposition radicale.

 

Rira bien qui rira le dernier, dit-on. Cet adage colle bien au président Joseph Kabila. Et l’opposition congolaise l’aura appris à ses dépens.

En effet, le président  congolais qui devait céder le fauteuil le 20 décembre prochain à un successeur, ne le fera finalement plus. Le chef de l’Etat a obtenu une rallonge d’un an et demi à la tête du Congo démocratique. Plusieurs étapes ont amené Joseph Kabila à réussir son coup de force constitutionnel.

D’abord, il a convoqué un dialogue national, un an avant l’échéance de son dernier mandat pour, selon ses dires, discuter de la question des élections. L’opposition qui le soupçonne de vouloir en profiter pour prétendre à un troisième mandat, s’est refusée à aller à la table de négociations. Elle a aussi récusé le médiateur Edem Kodjo, accusé de faire le jeu du pouvoir.

Les ballets diplomatiques entre Kinshasa et  Bruxelles pour rallier l’aile radicale de l’opposition n’ont pas suffi à infléchir la position de Tshisekedi et des membres de son groupe. Pendant ce temps, le président Joseph Kabila poussait ses pions. Il a continué à subordonner la tenue du dialogue national à l’organisation des élections présidentielles. Plusieurs institutions du pays ont par ailleurs été mises à contribution pour aider Joseph Kabila à proroger son mandat.

La première est la Cour constitutionnelle qui, dans un arrêt du 11 mai dernier, autorise le chef de l’Etat à rester au pouvoir jusqu’à l’avènement d’un nouveau président en cas de non tenue des élections présidentielles cette année. La seconde institution à s’aligner sur les ambitions anticonstitutionnelles de Joseph Kabila est la commission électorale. Celle-ci a annoncé l’impossibilité d’organiser les scrutins dans les délais du fait de la caducité du fichier électoral et de manque de moyens financiers.

Elle a estimé avoir besoin de 18 mois à partir de juillet dernier pour les opérations de mise à jour de cet outil vital pour ces élections. Un dialogue de sourds s’est donc installé entre le pouvoir et l’opposition, qui continuait toujours à réclamer le respect de la Constitution et le départ du président congolais à la fin de son mandat. Mais grâce à la pression de la communauté internationale, Joseph Kabila obtient la tenue d’un « dialogue national » entre le pouvoir et une frange minoritaire de l’opposition. La participation de celle-ci a fini par  légitimer le « dialogue politique » sous l’égide de la communauté internationale. Ce forum a abouti en octobre dernier, au report de 18 mois de la présidentielle.

La nomination d’un chef de gouvernement est également l’une des recommandations du forum. En respect des conclusions de l’accord politique, le président a nommé au poste de premier ministre, Samy Badibanga, un transfuge de l’UDPS, le parti de l’opposant historique. Ce faisant, l’homme fort de Kinshasa fait d’une pierre deux coups. Il se fait accepter par la communauté internationale tout en fragilisant Etienne Tshisekedi.

Ce dernier est contraint à de molles protestations du moment où Joseph Kabila a libéré les prisonniers politiques et s’est engagé à ne pas rempiler, selon les exigences de l’opposition. Celle-ci a perdu le soutien des Occidentaux qui la mettent désormais en garde contre des actions tendant à mettre en péril la paix dans le pays. Voilà comment le président congolais s’est montré plus fort que l’opposition. Il aura réussi un bonus de près de deux ans sur son mandat devant venir à terme le 20 décembre prochain. Joseph Kabila restera au pouvoir jusqu’en fin avril 2018, au grand dam de l’opposition emmenée par Etienne Tshisekedi.

 

Christophe SESSOU

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