Chronique fiction : entretien imaginaire Dalein-Tshisekedi « le vieux Sphinx »

Après l’entretien imaginaire Alpha Condé- Joseph Kabila, votre quotidien en ligne Guinéenews fait plonger ses lecteurs dans le thriller de la politique- fiction en relatant un autre tête-à-tête fictif entre le chef de l’opposition guinéenne, Cellou Dalein Diallo et l’opposant historique,

Etienne Tshisekedi, la bête noire des régimes de Mobutu à Kabila. De tempérament différent, ils ont à la fois plusieurs similitudes et des divergences. Entretiens !

Cellou Dalein Diallo : je vous remercie, grand-frère aîné, pour cette invitation. Je vous présente d’abord les condoléances de l’UFDG, suite au décès de Papa Wemba. En 2014, il était à Conakry mais seuls mes militants avaient rempli la salle.

 

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Etienne Tshisekedi : merci, petit-frère, j’étais choqué de lire les propos de Kabila dans l’entretien imaginaire avec Alpha, que l’opposition Congolaise avait boudé les obsèques à Kinshasa. Je suis le dernier des quatre opposants à avoir réagi mais j’ai adressé une lettre de condoléances, le 26 avril, à la famille biologique de Papa Wemba. Dans mes vœux, j’ai lancé une pique contre Kabila.

Moïse Katumbi aussi, ex gouverneur du Katanga, a fait le déplacement de Kinshasa pour pleurer la mort de l’artiste musicien. Vital Kamerhe était parmi les premiers à réagir sur les réseaux sociaux. Alors, comment Kabila peut-il tirer le drap de son côté pour nous dénigrer ?

Ce qu’il ne dit pas, est qu’il a voulu éviter ce qui s’est passé lors des obsèques de la chanteuse Marie Misamu et lors du sacre des Léopards au CHAN 2016 à Kigali. Lors de ces deux événements, la police, craignant les railleries de la foule contre le régime, sous forme de chanson notamment, avait résolu d’écourter le programme initial.

Cellou Dalein Diallo : j’ai de l’admiration pour vous, grand-frère. J’ai longtemps entendu parler du « Vieux Sphinx » mais jamais, je n’avais eu la chance de vous avoir en face comme aujourd’hui. Je tiens à vous féliciter pour le combat que vous menez en RDC, vous êtes un dinosaure. Je pense que cette rencontre tombe à pic. Récemment, j’ai lu dans la presse le tête-à-tête imaginaire Alpha- Kabila.

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Etienne Tshisekedi : oublie ça, petit frère. Ces entretiens, c’est de la pure comédie. Quand on secoue la cité, nos présidents improvisent des visites d’Etat. Juste pour la photo de famille. Après, rien de concret. Tiens-toi, quand ils verront nos photos, ils diront de relancer la coopération bilatérale, alors que c’est pour nous contrecarrer. Mais revenons à notre entrevue, je t’ai invité pour échanger. Nous avons assez de similitudes.

Je remarque que tu as été ministre et ancien premier ministre. Je l’ai été aussi en RDC. Tu es le leader le plus populaire en Guinée. Je suis l’opposant le plus charismatique en RDC. En 1991, j’ai mobilisé deux millions de fans lors de mon retour à Kinshasa. Le 8 octobre 2015, au terme de la campagne électorale, tu as fait une mobilisation jamais enregistrée depuis l’indépendance de la Guinée. Il se dit que tu as le contrôle de l’axe de la démocratie. Moi, je maîtrise les quartiers réputés chauds de Kinshasa. Tu es le chef de l’opposition en Guinée. Je le suis en  RDC. Tu as exclu ton numéro 2, j’ai limogé le mien. Mais comment expliquer alors nos défaites ?

Cellou Dalein Diallo : la question vaut son pesant d’or. Mais les réponses sont simples. De mon point de vue, nous ne sommes pas dans les mêmes pays. Nous ne vivons pas dans le même contexte. Nous n’avons pas les mêmes réalités. En Guinée, c’est un ancien premier ministre avec une longue carrière gouvernementale, qui cherche à détrôner un opposant historique au pouvoir. Alors qu’en RDC, c’est un opposant historique et ancien premier ministre qui veut succéder à un jeune président inexpérimenté, qui se sert de tous les ex caciques.

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Etienne Tshisekedi : ce que tu dis est peut-être vrai mais ça n’explique pas tout. Personnellement, je suis la bête noire de tous les régimes qui se sont succédé en RDC. De Mobotu à Kabila fils. De 1979 à 1999, ma vie est faite d’arrestations, de tortures et de résidences surveillées. En 1988, j’ai été arrêté et détenu à la prison de Makala pour avoir animé un meeting en hommage à Lumumba.

 

En 1989, j’ai été placé en résidence surveillée à mon domicile pendant près de quatorze mois. En mars 1991, mon retour triomphal à Kinshasa a mobilisé près de deux millions de compatriotes en liesse. En Juillet 1991, j’ai été consulté par Mobutu, en qualité de Premier Ministre. Mais j’ai décliné cette nomination à la grande satisfaction de mon électorat.

Cellou Dalein Diallo : en ce qui me concerne, après mes études universitaires, j’ai passé l’essentiel de ma carrière dan l’administration publique. J’ai gravi tous les échelons. J’ai été ministre et ancien premier ministre onze ans durant. J’étais le chouchou du président Conté. Sauf que moi, je n’ai jamais fait la prison. J’ai l’impression que la prison, c’est pour les opposants historiques (Rire).

Etienne Tshisekedi : et puis, tu as raison. Alpha a fait la prison. Wade a fait la prison. Gbagbo a fait la prison. En 2006, j’ai boycotté le scrutin présidentiel parce que la transparence n’était pas garantie. Cinq ans plus tard, en 2011 aussi, j’ai choisi d’y participer, même si, une nouvelle fois, les conditions de transparence n’étaient pas encore réunies. Je me considère comme le président légitime. Je l’ai dit avant l’élection et l’ai répété après la proclamation des résultats qui me plaçait derrière Kabila.

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Cellou Dalein Diallo : je n’ai pas une longue carrière politique sur les jambes. Mais depuis mon arrivée à la tête de l’UFDG en 2006 jusqu’à ce jour, j’ai vécu l’adversité la plus terrible de ma vie. Les adversaires répandent partout que je suis un prédateur, voleur et communautariste. Ils ont agité les audits pour me disqualifier. En vain. La junte militaire a failli m’éliminer à deux reprises. Une fois à la maison. Une autre fois au stade. La troisième fois, c’était lors d’une marche. Les militants du RPG ont tendu un piège à mon cortège, aidés de la police.

 

En six ans au pouvoir, Alpha Condé a fait tuer 73 de mes militants. Il a tenté de déstabiliser mon parti par tous les moyens. Certains par l’argent. D’autres par les intimidations. D’autres encore moyennant des postes. D’autres enfin par la division.

Etienne Tshisekedi : Dalein, c’est le prix à payer quand on s’engage en politique. Le seul conseil est d’éviter de commettre certaines erreurs sinon elles te seront fatales. C’est ce qui m’est arrivé en 2006, quand j’ai opté pour la politique de la chaise vide. J’ai boycotté le scrutin-là en raison du manque de transparence et du refus de faire enregistrer mes militants. Au second tour, Kabila, après une campagne en swahili et Jean Pierre Bemba en Lingala, l’avait emporté. Je n’avais aucun argument sérieux à placer.

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En 2011, nous étions onze candidats en lice contre 33 en 2006, plus de 25,6 millions d’électeurs pour un pays de 60 millions d’habitants.

Cellou Dalein Diallo : sans vouloir vous couper, je remarque que vous confirmez ce que la presse rapporte qu’on vous voit rarement esquisser un sourire.

Etienne Tshisekedi : c’est vrai. Je suis un homme en colère. Colère contre la dictature de Mobutu. Colère contre Kabila père. Colère contre Kabila fils. En somme, colère qui, aujourd’hui, m’amène à appeler le peuple à « casser les portes des prisons » pour libérer mes militants. Je suis celui que la presse appelle « le Monsieur non ». J’ai tenu tête à tous les régimes de Mobutu à Kabila, soit quarante années de combat.

Cellou Dalein Diallo : appeler à la casse des prisons, c’est de l’incitation à la violence 

Etienne Tshisekedi : quelle incitation à la violence ? Jamais ! Les dictateurs ne connaissent que le rapport de force. Toute dictature est basée sur la peur. Or, il faut casser la peur dans la tête du peuple en le mobilisant pour aller terroriser ceux qui le terrorisent. En 2011, au lendemain du scrutin présidentiel, la sécurité présidentielle a, par exemple, élaboré sept scénarios. Dans ces scénarios, j’occupais une place de choix. On ne meurt pas deux fois. On t’a deux fois volé les élections. A ta place, je sais ce que j’aurais fait.

Cellou Dalein Diallo : le problème est que vous ne vous départissiez jamais de votre habit d’éternel opposant. Votre intransigeance vous a valu la prison, sans toutefois entamer vos convictions. Vos détracteurs vous reprochent une trop grande rigidité. Mais dites-moi, frère aîné, qu’en est-il de votre évacuation à Bruxelles.

Etienne Tshisekedi : oh, c’est Kabila, qui fait de l’intox. Il pense me nuire, mais c’est peine perdu. Avec tout ce qui s’est passé aux élections, la mise en résidence surveillée, les arrestations, les tournées pendant la campagne électorale, il est tout à fait normal que je connaisse des petits soucis de santé. Mais tu as vu mon retour à Kinshasa. Phenoménal !

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Cellou Dalein Diallo : pour ma première élection en 2010, je suis arrivé en tête avec plus de 40% des voix devant 23 candidats. Nous avons fait quatre mois entre les deux tours. Finalement, on a changé les règles du jeu. Ce n’était plus la même élection. Malgré le soutien du troisième, j’ai perdu. J’ai introduit le recours. La cour suprême s’est montrée incompétente. En 2015, Alpha Condé s’est fait réélire dès le premier tour. J’ai refusé de le reconnaître.

 

Etienne Tshisekedi : je te conseille de changer de stratégie. Je t’explique ma stratégie, elle n’est certes, payante, mais ça t’aidera. Dès que la commission électorale a annoncé la réélection de Kabila, je me suis aussitôt autoproclamé président lors d’un point de presse. « Je vais prêter serment vendredi devant le peuple réuni au Stade des Martyrs. Mon programme d’action comprend, dès février, un recensement général. Suivront ensuite des élections locales et législatives. Mais il n’est pas question de participer à quelque table ronde que ce soit avec Kabila. Le peuple a pensé à Tshisekedi et c’est lui qui va diriger la RDC ».

Cellou Dalein Diallo : J’ai lu la réaction d’Aubin Minaku, secrétaire général du camp présidentiel qui a parlé d’une « énième vaste blague », que vous étiez en train d’exercer une réelle rébellion contre les institutions de la république établies.

Etienne Tshisekedi : mon directeur de cabinet, Albert Moleka, avait immédiatement scandé : « Bienvenue à la présidence de la République ». Nous étions réunis dans le jardin de ma villa. Je portais une chemise blanche, cravate sombre et costume. Prévue initialement au stade des Martyrs de Kinshasa, enceinte de 80 000 places, ma prestation de serment n’a pu s’y dérouler, l’armée ayant bloqué tous les accès. Parallèlement, aucun chef d’Etat n’a pu prendre part à l’investiture de Kabila sauf Mugabé. Je suis toujours le « président ».

En représailles, le pouvoir m’a placé en résidence surveillée, m’empêchant de quitter mon domicile de Limeté, alors que je m’apprêtais à sortir avec mon épouse. Une simple promenade. Le 20 janvier 2012, j’ai annoncé la prise de ma « fonction active » le jour-même. J’ai également annoncé la formation d’un gouvernement « la semaine prochaine ».

 

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Les congolais savent que c’est la première fois que leur « vrai président » s’adresse à eux et j’ai été clair. « C’est la première fois que démarre l’État démocratique. Kabila est un fauteur en eaux troubles. Le gouvernement actuel est démis depuis ce jour et tous les ministères seraient dirigés par des secrétaires généraux jusqu’à nouvel ordre.

 

 

Cellou Dalein Diallo : les présidents sont les mêmes mais Alpha est pire que Kabila. Je te donne un exemple, tu comprendras la nature de l’homme. En Guinée, Dadis Camara a perdu sa mère au Maroc. Maintenu en convalescence au Burkina, Alpha a refusé qu’il transite par Conakry pour assister aux obsèques à N’zérékoré. Il est allé à Rabat, puis à N’zérékoré, via Monrovia. Mais, c’est une autre histoire. Dites-moi, pourquoi avez-vous limogé le numéro 2 de votre parti ?

Etienne Tshisekedi : trois ans après le scrutin de 2011, j’avais été évacué à Bruxelles où j’ai passé deux ans de convalescence. A mon retour en juillet 2016, j’ai repris les choses en main. D’où le limogeage de Bruno Mavungu, le numéro deux de l’UDPS, qui avait une trop grande complaisance vis-à-vis du pouvoir. Pendant mes absences, il avait plusieurs fois pris des positions suspectes. Quand je dis non au dialogue, il dit oui.

Cellou Dalein Diallo : en Guinée, j’ai eu les mêmes problèmes avec mon numéro 2 et fondateur de l’UFDG. Quand je dis d’aller aux élections, il dit non. Quand je prône le dialogue, il appelle à la lutte armée et à la désobéissance civile. Quand je suis dans l’opposition parlementaire, il milite dans l’opposition extra-parlementaire. Quand le parti prend une décision, il sort défendre le contraire.

En exil depuis 2011, il s’est rapproché du pouvoir à la veille du scrutin présidentiel de 2015. « Je ne suis pas contre l’arrivée d’un peuhl au pouvoir. Mais c’est toi, pas Dalein. Tous les militants t’attendent au pays pour le chasser de l’UFDG. Et puis, c’est ton parti », lui aurait-on soufflé dans les oreilles. Gracié, il rentre au pays. Dès l’aéroport, il a engagé les hostilités mais il sera finalement exclu.

Etienne Tshisekedi : c’est ce jour-là que le journaliste Mohamed Diallo a été tué non ? Les opposants historiques changent comme des caméléons une fois au pouvoir. Alpha, Wade, Gbagbo…Eux, qui s’étaient battus pendant des décennies contre les dictatures en place et juré de faire de leurs pays des démocraties apaisées et bien gouvernées, oublient leurs belles promesses, dès qu’ils arrivent au pouvoir. Allons à table pour manger et nous continuerons les débats plus tard.

 

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Cellou Dalein Diallo : exactement, c’est ce jour-là. Après, la presse a décidé de boycotter nos activités. Bon, la Guinée accueille la RDC le 13 novembre en match comptant pour les éliminatoires du mondial 2018. Quel pronostic ?

 

Etienne Tshisekedi : mais il n’y a pas match. On vous avait fait une bouchée en demi-finale du CHAN 2016 au Rwanda. Et c’était le coach Florent Ibengué contre Lappé Bangoura. Mais allons à table d’abord, après on parlera des enfants de Bambéto, je rêve d’y aller un jour.

A la semaine prochaine

Note de l’auteur : Seuls les personnages sont vrais. L’entretien est pure fiction et les propos n’engagent nullement leur auteur. Nous osons croire que les lecteurs comprendront notre inspiration et nous épargnerons des ennuis judiciaire

 

Abdoulaye Bah

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