En mars 2016, un rapport du Groupe de Recherche sur le Congo (GRC) publié à l’issue d’un travail rigoureux de terrain, posait déjà cette question et présentait une analyse différente, rapporte le site CAS-INFO

Entre Octobre 2014 et Décembre 2015, le plus d’un demi-millier des populations assassinées essentiellement à l’arme blanche sont, alors, pour la Monusco et l’armée congolaise, victimes des ADF, « un groupe des reclus islamistes ».  Peut-on lire dans ce rapport. Mais, si l’enquête du GRC a pu confirmer l’identité des tueurs (les ADF), son interprétation n’a pas été, en revanche, la même sur ce qu’ils sont réellement :

« Il est aussi évident que l’interprétation des autorités et de la presse, qui voient les ADF comme un groupe djihadiste et islamiste, appartenant à la mouvance islamique… en contact avec des djihadistes de Somalie et du Kenya, entretenant des liens avérés avec les Shebabs…ne reflète pas la réalité ».

Le groupe de recherche basé à New York ajoute :

« Après plus de vingt ans vécus en terre congolaise, les ADF se sont profondément enracinées dans la société locale et ont tissé des liens avec d’autres groupes armés locaux. Il n’est donc pas surprenant que le réseau de tueurs inclue des ADF d’origine ougandaise, mais aussi des soldats des FARDC, d’anciens officiers du RCD/K-ML, et des milices communautaires ».

Ce dernier point fait échos à l’actualité de Rwangoma.  Alors qu’au lendemain de ce nouveau massacre, le commandant de l’opération Sukola 1 le Général Mbangu prend une mesure de changer d’uniformes pour les FARDC. Car « l’ennemi » arborait la même tenue.  Difficile de savoir si c’est vraiment l’ennemi (ADF) ou ces éléments ayant appartenu à l’armée congolais, tels que décrits dans le présent rapport.

La thèse du terrorisme possible, mais discutable

La terreur utilisée contre les civils à Beni n’a rien à envier à celle des Shebabs Somaliens qui tuent par exemple 152 étudiants à Garissa au Kenya le 2 Avril 2015. Ou encore, plus récemment, celle de l’État Islamique au Bataclan en France le 13 Novembre 2015 (130 morts). Des innocents tués aveuglement avec une violence extrême, c’est du terrorisme. Mais, la comparaison peut s’arrêter là.

Car, contrairement à Beni où depuis 2014, aucun terroriste n’a revendiqué une seule attaque, à Garissa, écrit Le Monde du 06 Avril 2015, « dans leur revendication, les islamistes somaliens affirmaient avoir trié leurs victimes, épargné les musulmans pour n’assassiner que les chrétiens ». Idem pour les « soldats » de l’État islamique qui éliminent sans ménagement la centaine des jeunes du Bataclan accusés de « débauche ».

Se basant sur des témoignages directs, 110 témoins interviewés, des membres des services de sécurité, et cadres des organisations de la société civile et de l’administration locale. Mais aussi sur des preuves circonstancielles telles que le comportement des assaillants et la langue qu’ils parlaient, le Groupe de Recherche sur le Congo établissait le constat suivant :

« Concernant les personnes ciblées, il est difficile de faire des généralisations.  Malgré certaines rumeurs, toutes les communautés religieuses ont été visées, même si la majorité des victimes était chrétienne, religion la plus représentée démographiquement dans la région ».

Tandis que les massacres, eux, avaient connu un mode opératoire varié. « Ce qui pourrait conduire à penser que plusieurs groupes aient été impliqués », constataient encore les enquêteurs du GRC.

Des tueurs se déployant en groupes de taille variable, pouvant compter d’une dizaine à une cinquantaine de personnes. Surprenant souvent leurs victimes pendant la nuit dans leur sommeil, mais opérant aussi parfois le soir, au moment où les paysans rentrent des champs, dînent ou boivent leur bière. Comme si c’était, encore, hier, à Rwangoma.

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