Situés dans l’est de la République Démocratique du Congo, les provinces du Nord et Sud Kivu sont la proie depuis une vingtaine d’années des hommes en armes. Très éloignée de la capitale Kinshasa, cette zone intégrée à la région des grands lacs et frontalière avec l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi et la Tanzanie est relativement inaccessible avec peu de routes et des zones de forêt dense : elle est de ce fait isolée du pouvoir.

Elle s’est transformée en un terrain de lutte pour de nombreux groupes armés, qui se disputent entre autres les importantes ressources naturelles de son sol. Or, pétrole, cassitérite nécessaire à la fabrication de téléphones portables, gaz méthane, la région s’est transformée en une zone d’anarchie où les civils sont pillés, violés et tués par des groupes parfois indéterminés. Retour sur ces années de conflits qui ravagent une population démunie et laissent le gouvernement désœuvré.

1994 : Génocide des Tutsis au Rwanda

Pour comprendre la situation du Kivu, il faut remonter le temps et revenir au génocide rwandais. En 1994, le mouvement rebelle, le Front patriotique rwandais (FPR) à majorité tutsie, réussit à mettre un terme aux massacres et prend le pouvoir.

Les promoteurs du massacre, des rebelles hutus, franchissent alors le lac, s’installent au Kivu et forment le groupe des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR). Deux millions de Rwandais hutus se réfugient également dans la région de Kivu.

Deux ans plus tard, le FPR franchit à son tour la frontière pour écraser cette menace, en tuant au passage des centaines de réfugiés. La milice des ADF, rebelles musulmans ougandais opposés au président Yoweri Museveni, s’expatrie à son tour vers l’est de la RDC dès 1995.

1996-1997 : Première guerre du Congo

En 1996, le vice-gouverneur de la province du Sud-Kivu ordonne aux Rwandais de Kivu de quitter le Zaïre sous peine de mort. Ces derniers s’allient l’Alliance des Forces démocratiques pour la libération du Zaïre (AFDL), qui bénéficie du soutien du Burundi, de l’Ouganda et du Rwanda et participent à la chute du président zaïrois Mobutu Sese Seko.

Laurent-Désiré Kabila prend sa place et renomme le Zaïre : République démocratique du Congo (RDC). La progression des forces de l’AFDL est à l’origine de massacres de milliers de Hutus, qui sera qualifié en 1997 de « massacre contre l’humanité » par l’ONU.

1998-2003 : deuxième guerre du Congo

La guerre implique neuf pays africains et une trentaine de groupes armés, dont les forces hutus qui rassemblent des Rwandais, des rebelles burundais, des Hutus congolais et les milices Maï-Maï, des autochtones qui se battent pour la défense de leur terre.

Ces différents groupes souhaitent renverser les gouvernements tutsis au pouvoir au Rwanda et au Burundi, et contrôler les ressources naturelles du Kivu. Malgré le cessez-le-feu de Gbadolite, les combats continuent dans la région du Kivu, essentiellement au Nord, et la région reste déchirée par les violences. Les milices hutus et tutsis sont coupables de nombreux crimes contre les civils.

2004-2009 : Guerre du Kivu

La guerre oppose l’officier rebelle tutsi Laurent Nkunda, qui rejette le pouvoir en 2004 et se réfugie au Nord-Kivu, à l’armée de la RDC avec ses alliés. L’officier a justifié sa rébellion par la nécessité de protéger les Tutsis du Congo, dont la sécurité et les intérêts économiques apparaissent menacés.

Les Forces Armées de la RDC (FARDC) sont accompagnés des membres du FDLR à qui ils fournissent des armes et des Maï Maï, ethnie qui rejette les Tutsis. La lutte entre ces milices armées provoque la mort de nombreux civils.

2009 : Création d’une nouvelle milice armée

Le 23 mars 2009, le président élu en 2006 Joseph Kabila s’engage à intégrer les rebelles dans l’armée régulière et à reconnaître leur grade, mais ne fait rien. Le mouvement M23 émerge et demande la protection du peuple tutsi ainsi que le respect des accords pris par le président.

C’est le début d’une nouvelle guerre dans l’Est de la RDC. Le mouvement est soutenu par le Rwanda qui y voit des intérêts économiques. Le groupe commet de nombreuses exactions puis signe un accord de paix en 2013.

2016 : Les conséquences de 20 ans de guerre

Il est difficile de faire une liste exhaustive de tous les groupes armés qui sévissent dans la région de Kivu, car beaucoup ne revendiquent par leurs crimes et profitent de l’instabilité de la zone pour piller et tuer.

Les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) créées en 1994 sont aujourd’hui responsables de nombreuses atrocités : mutilations, viols, meurtres, embrigadements d’enfants.

Les rebelles musulmans ougandais de l’ADF, réputés pour leur violence, seraient responsables en grande majorité des derniers massacres, notamment celui du week-end du 13 et 14 août où 51 corps ont été retrouvés à Beni, dans le Nord-Kuvi.

En dehors de ces milices, majoritairement étrangères, l’armée et la police locale profiteraient de l’instabilité et de l’isolement de la zone pour prendre le pouvoir et instaurer des taxes ou des droits de passage. De même, des soupçons pèsent sur les présidents congolais et rwandais, qui auraient commandité certains massacres.

Alexandra Vépierre, Lacroix.com