Pourquoi Edem Kodjo ne peut démissionner

La rencontre entre la délégation du Groupe de soutien à la facilitation du dialogue national et le comité des sages du Rassemblement le 9 juillet 2016 à Bruxelles n’a jamais formellement évoqué la question du départ du facilitateur contrairement aux affirmations des Tshisekedistes. Les deux communiqués du Groupe de soutien et du Rassemblement l’attestent.
Le Rassemblement a beau récuser le facilitateur du dialogue national inclusif, tout semble indiquer que Edem Kodjo reste en place. Des signes évidents: la confiance renouvelée de la Communauté internationale, le désaccord de la classe politique sur cette question et les récents propos du facilitateur, confirmant son maintien.

A l’origine: la déconcertante maladresse dont a fait preuve Tshisekedi. Coup sur coup, il s’est écarté de la feuille de route de l’UDPS, il a réitéré son soutien au dialogue à la faveur du discours d’ouverture du conclave de Genval avant d’aller à l’extrême, à la clôture, en posant une série de préalables. Et depuis, le président de l’UDPS et du Rassemblement a introduit une séquence irréaliste: la récusation du Facilitateur Kodjo. Les Genvalistes ont rappelé cette position jeudi 11 août à l’issue de l’entretien avec les évêques membres de la CENCO, venus à la rescousse.

Bien avant la rencontre avec les évêques catholiques, une délégation du Groupe de soutien à la facilitation du dialogue national a rencontré les dirigeants du Rassemblement le 9 juillet 2016 à Bruxelles. Une cacophonie passée inaperçue a sanctionné ces travaux. Preuves: les communiqués contradictoires du Groupe de soutien et du Rassemblement en rapport avec cette réunion du 9 juillet 2016 dans la capitale belge alors que les Tshisekedistes ont affirmé avoir posé formellement la question du départ de Kodjo.

Le communiqué de presse du Groupe de soutien daté du 10 juillet 2016 affirme: «L’entretien a porté sur les conditions à créer pour le lancement du dialogue national et a confirmé l’attachement à la résolution 2277 du Conseil de sécurité des Nations Unies et au respect de la Constitution dans la recherche d’une solution».
Puis: «Les représentants de l’Opposition ont exprimé leur soutien au dialogue facilité par l’Union Africaine, avec l’appui du Groupe de soutien, tout en insistant sur la mise en place de mesures d’équité, de sécurité et d’apaisement, telles que la libération de prisonniers politiques. La délégation du groupe de soutien s’est engagée à œuvrer dans ce sens.

La discussion a aussi porté sur le rôle du groupe de soutien que le comité des sages a souhaité voir activement impliqué dans la facilitation. Les deux parties ont convenu de la nécessité du lancement du dialogue dans les meilleurs délais dès la fin du mois de juillet».

Pour sa part, le communiqué du Rassemblement signé de la main de Tshisekedi rapporte à son point 4: «Au cours de cette rencontre -du 9 juillet 2016, NDLR-, un certain nombre d’engagements avaient été pris entre le Rassemblement et les membres de la délégation susmentionnée, notamment: la transformation du groupe de soutien en groupe de facilitation; l’inopportunité, à ce stade, d’un comité préparatoire, le groupe de facilitation devant jouer le rôle de ce comité préparatoire en rapprochant les deux parties prenantes pour connaitre leurs cahiers de charges afin de fixer un ordre du jour; la décrispation de la situation politique par la libération des prisonniers d’opinion et détenus politiques, la cessation des poursuites judiciaires arbitraires dirigées contre les leaders de l’Opposition ainsi que l’arrêt des dédoublements des partis politiques; le début des travaux des pourparlers étant à fixer lors d’une réunion d’évaluation entre les deux délégations, après le 31 juillet, date du meeting du Rassemblement».

Deux positions diamétralement opposées. On note, d’une part, que le groupe de soutien parle du «lancement du dialogue dans les meilleurs délais dès la fin du mois de juillet». Mais, d’autre part, le texte de Tshisekedi indique «le début des travaux des pourparlers étant à fixer lors d’une réunion d’évaluation entre les deux délégations, après le 31 juillet, date du meeting du Rassemblement».

On note aussi que nulle part les deux communiqués ne parlent du cas Kodjo ou de sa récusation par le Rassemblement. Et il est donc probable que le rapport du groupe de soutien transmis à la Communauté internationale reflète cette réalité que la réunion du 9 juillet à Bruxelles n’a jamais débattu du sort du facilitateur.

Un autre point d’incompréhension: si le Rassemblement se présente ou entend se présenter comme seule et unique force de l’Opposition, le facilitateur, le groupe de soutien, la Communauté internationale et la Majorité présidentielle ne l’entendent pas de cette oreille et tiennent bien compte de l’existence de deux, trois, quatre voire cinq courants de l’Opposition, qu’ils veulent associer au dialogue voulu inclusif.
Dès lors, les analystes déduisent que, sauf un coup de pouce de la rue, Tshisekedi a peut-être perdu une bataille.

La faute à son intransigeance et à l’inefficacité de la stratégie du Rassemblement basée sur le reniement de Kodjo dont le principal effet est de figer les positions et de gripper la machine alors que la Communauté internationale, d’autres courants de l’Opposition, notamment l’UNC de Vital Kamerhe, et la Majorité présidentielle croient encore au facilitateur, le seul représentant de la Communauté internationale au dialogue attendu, seule autorité en la matière.