Le Congolais semble avoir perdu les repères ou tout simplement préfère privilégier l’accessoire au lieu de l’essentiel. Car, il vit depuis près de vingt ans sans carte d’identité nationale ! Il ne suffit pas seulement de se déclarer Congolais, mais faut-il le prouver. Comment alors le prouver aussi longtemps qu’il n’existe aucune carte d’identité nationale ? Et cela ne gêne apparemment personne, en tout cas pas les décideurs, d’évoluer dans une telle impasse !

En effet, c’est depuis la chute du régime Mobutu intervenue officiellement le 17 mai 1997, avec la prise de la capitale politique de l’ex-Zaïre, Kinshasa par les forces de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) que les citouens d’un espace d’une superficie de plus de 2.345.000 km² et délimité par 9 pays voisins, n’ont plus de document à même de les distinguer d’autres peuples du monde en général, et de l’Afrique en particulier.

La carte d’électeur, servant ailleurs de document d’usage provisoire pour permettre aux citoyens d’un pays d’accomplir leur devoir civique, est curieusement devenue une «carte d’identité définitive » des Congolais ! Même des institutions bancaires en font une exigence pour toutes les opérations d’entrée ou de sortie de fonds.

Quel sort réserve-t-on alors à ceux des compatriotes qui ne disposent pas de cette fameuse carte d’électeur pour une raison ou une autre ? Notamment ceux qui n’étaient pas présents au pays au moment de l’enrôlement ou ceux qui ne l’avaient pas obtenue pour des raisons diverses ou l’ont carrément perdue ? Idem pour ceux qui n’avaient pas encore atteint, en 2011, la majorité d’âge au moment des opérations d’enrôlement. C’est aussi le cas pour les Congolais de la diaspora et leurs progénitures !

Cette situation d’extrême nécessité qui devrait susciter des inquiétudes et interpeller, se passe curieusement dans l’indifférence la plus totale des décideurs politiques. La situation se complique davantage pour des chômeurs, la catégorie la plus nombreuse en RDC, qui n’ont pas de carte d’électeur qu’on a finie par transformer en « visa » Parce qu’ils ne savent non seulement accéder à des endroits où on fait exigence de présentation de la pièce d’identité, mais aussi se présenter devant un agent de l’ordre en cas d’interpellation.

Le manque de la pièce justificative en vue d’obtenir l’autorisation de passage, fait à ce jour que certains compatriotes commencent à exhiber des cartes des partis politiques en lieu et place de celle d’identité.

Pays atypique !

Tous ces cas de figure attestent bien de la nécessité d’avoir une identité nationale, surtout en ce moment où l’on parle déjà du passeport africain. Il sied de rappeler, à ce sujet, que même des peuples vivant dans des regroupements régionaux à l’instar de ceux des pays de l’Union européenne ou de l’espace Schengen, ont d’abord chacun son identité nationale avant d’avoir celle du regroupement.

Quel mal le gouvernement congolais trouve-t-il pour à établir une pièce d’identité nationale pour son peuple, 19 ans durant ? La République Démocratique du Congo compte parmi les Etats qui ont adhéré à plusieurs regroupements régionaux, et signataire de multiples conventions internationales ! En quoi l’établissement d’un tel document dérange-t-il ? A qui la situation profite-elle, et pour atteindre quel objectif ?

La logique voudrait qu’on renforce d’abord l’identité nationale, avant d’entrevoir toute autre possibilité d’adhésion à un quelconque regroupement, continental soit-il. Nul n’ignore qu’avoir une identité nationale est un motif de fierté pour tout.