C’est donc un tableau très commun dans la musique congolaise qui est en train d’être peint ici, lequel veut que le leader d’un groupe disparaisse avec l’ouvrage auquel il avait pourtant consacré toute sa vie.

Le 2 août prochain, sera célébré le troisième anniversaire de la disparition d’Alain Moloto. Il n’est donc pas prématuré de soulever déjà cette préoccupation : que reste-t-il de l’héritage de ce chantre chrétien qui doit compter (on n’a pas attendu sa mort pour le dire!) parmi les plus grands auteurs-compositeurs de l’histoire de la musique congolaise, toutes obédiences confondues.

Evidemment, pour répondre précisément à la question, l’on citera bien entendu sa formation musicale, le Groupe Adorons l’Éternel (GAEL), qui perpétue son style et ses différentes thématiques, mais aussi la multitude de musiciens chrétiens qui se sont approprié sa façon d’écrire et de restituer l’adoration. Certes, l’adoration dans la chanson chrétienne a existé avant Moloto, mais c’est lui qui a donné, à ce genre ses lettres de noblesse, à tel point qu’on puisse parler aujourd’hui d’un style Moloto.

Ce point de vue, l’artiste a survécu à sa mort, c’est encourageant, et c’est surtout la partie visible de l’iceberg. Cependant, sa partie cachée sent mauvais, très mauvais ! Peu avant sa mort, Alain Moloto avait vite fait de jeter les bases de ce qu’il a bien dénommé « GAEL Ministries » c’est-à-dire un ministère d’évangélisation en bonne et due forme

Aujourd’hui, un proche ami du défunt constate avec amertume que GAEL Ministries a été certes lancé, mais le nom d’Alain Moloto ne figure pas parmi les sept fondateurs dont Athoms Mbumba est en tête.

En outre, ce ministère de Dieu qui devait comprendre, en dehors de la formation musicale, deux autres départements dont « Ensemble pour la Délivrance de la Nation » (EDEN), ce fameux concept consacré à la résolution des problèmes de la nation par la puissance de la prière, n’en tient hélas pas compte dans sa configuration repensée par les nouveaux fondateurs.

20140801-nim_949-1_de1_0Ces derniers ont estimé, d’après la même source, qu’ EDEN avait des relents plutôt politiques… Enfin, précisent-ils, dans l’une des dispositions des statuts revus et corrigés de GAEL Ministries que celui-ci ne peut être dissous que par leur seule volonté, à en croire la source…

C’est donc un tableau très commun dans la musique congolaise qui est en train d’être peint ici, lequel veut que le leader d’un groupe disparaisse avec l’ouvrage auquel il avait pourtant consacré toute sa vie.

En attendant de recueillir la version d’Athoms que la source ici aimerait approcher à travers soit une mission de bons offices, soit carrément une médiation pour faire respecter la mémoire de l’illustre disparu, l’on est tenté de constater hélas: GAEL égale OK Jazz, GAEL égale Empire Bakuba, GAEL égale Multi System,…

Pour, l’heure, Viva La Musica est envoie de rejoindre cette liste. Le Saint-Esprit aurait-il déjà quitté nos églises? Seconde terrible question.

Didi Mitovelli/L’Observateur/L’Avenir