REVELATIONS. Ce reportage de la BBC met en lumière comment la famille présidentielle exploite les mines en République démocratique du Congo.

La République démocratique du Congo, un pays de la taille de l’Europe occidentale, possède certains des plus grands gisements de cuivre et de cobalt du monde.

Pourtant, si le pays est l’un des plus riches du monde en termes des richesses minérales, 8 Congolais sur 10 vivent dans une extrême pauvreté.

Dans la province minière du Katanga, des centaines de milliers de personnes creusent la terre avec leurs mains pour tenter de survivre.

Ils passent des heures d’affilées sous terre, creusant à la recherche de cuivre et de cobalt.

La chaleur est étouffante, l’oxygène manque, les parois des mines s’effondrent et les accidents graves sont fréquents.

Eviction

Mais les mineurs disent que leur plus grande source d’inquiétude n’est pas le danger, mais la menace constante que leur moyen de subsistance leur soit enlevé.

“Quand ils sont arrivés à la mine, les soldats nous ont chassés, raconte Gedeon Tshikiye, un mineur du Katanga. Si on avait trouvé quelque chose, ils l’ont pris, ils font ce qu’ils veulent parce que ces soldats sont des gardes présidentiels, on ne peut rien leur dire. C’est très difficile pour nous.”

D’après Maud Jullien, correspondante BBC en RDC, plus de dix mille personnes travaillaient sur ce site, géré par une coopérative de creuseurs artisanaux.

Un des dirigeants de cette coopérative explique qu’après l’arrivée des gardes présidentiels, leur contrat a été annulé et le site a été remis à une société appelée Fretin.

“Si les gardes présidentiels arrivent avec des armes, dit-il, qu’est-ce que vous pouvez faire ? Vous n’avez qu’à obéir. Ça vous fait mal, vous gardez ça pour vous et c’est fini.”

Famille présidentielle

olivelembe

Le mineur affirme que les soldats répondaient aux ordres d’un homme appelé Simon Landu Panzu, dirigeant de la société Fretin.

Celui-ci affirme être de la famille de la Première dame, Olive Lembe Kabila. Il aurait été à sa fête d’anniversaire l’an dernier.

Refusant d’être filmé, il a confirmé par téléphone à la BBC qu’il était lié à la famille de la Première dame et que son entreprise avait acheté des sites d’exploitation minière artisanale.

Mais il a précisé que ses liens familiaux n’avaient rien à voir avec les activités de son entreprise.

“Fretin n’a pas besoin de la garde présidentielle là où il y a des policiers pour sécuriser ses biens” a t-il indiqué.

Passe-droit des camions

Zoé Kabila

Officiellement, les gardes présidentiels ne protègent que le chef de l’Etat et les biens de sa famille.

Mais un soldat de la garde et plusieurs fonctionnaires de la division des mines affirment que des troupes aperçues sur les routes qui mènent aux mines sont régulièrement déployées pour protéger les biens de la famille présidentielle.

D’après notre correspondante BBC, sur les routes qui mènent vers et depuis les mines, plusieurs gardes présidentiels ont été vus assis dans des véhicules civils.

Par ailleurs, sur la route menant à Lubumbashi, la principale ville de la zone, les camions qui sortent de la zone minière pour se rendre à la capitale sont censés s’arrêter à un poste pour payer des taxes aux autorités locales.

Des agents de la division des mines affirment que certains camions sont escortés par des gardes présidentiels, et refusent de s’acquitter des taxes locales.

“Des tricheurs”

Selon Lambert Mende, le porte-parole du gouvernement, ceux qui utilisent la garde présidentielle ou le nom de la famille présidentielle dans le secteur minier sont des usurpateurs.

“Si cela se produit, alors ce sont des tricheurs, des voleurs qui doivent être portés à la justice militaire.”

“Il ne faut pas prétendre que le Président peut envoyer des gens pour aller s’occuper des pauvres creuseurs artisanaux, ajoute-t-il. Pensez-vous que le président a besoin de ces façons de faire de l’argent? Il a un salaire. Pensez-vous que la première dame a besoin de ça? Nous lui donnons une allocation mensuelle pour vivre.”

Mais d’après notre correspondante BBC, au moins une personne proche de la famille présidentielle est impliquée dans les mines artisanales.

En RDC, le chômage est tel qu’environ 10 millions de personnes, soit à peu près 16% de la population du pays, dépend directement ou indirectement de l’exploitation minière artisanale pour survivre.

Selon notre correspondante, “au Katanga, province natale du président, beaucoup ont perdu foi en la volonté des dirigeants d’améliorer leur quotidien.”