Actuellement en tournée dans les nouvelles provinces de l’ex-Katanga, Joseph Kabila est particulièrement attendu sur ce discours du 30 juin, en principe le dernier du genre pour ce 2ème et dernier quinquennat qui court depuis 2011.

Les festivités de ce 30 juin interviennent en effet à six mois de la date fatidique du 19 décembre, qui devrait en principe voir le passage de bâton entre le Président sortant et son successeur désigné au terme des élections présidentielles.

Mais cela ne sera certainement pas le cas pour cette fois, au regard du blocage qui affecte le processus électoral et de la crise politique qui en découle, sans compter l’enlisement dans lequel se trouve le dialogue politique national, sensé baliser la voie vers un processus électoral apaisé.

Vendredi à l’étape de Kalemie dans la nouvelle province du Tanganyika, le Président Joseph Kabila avait rassuré la population sur son intention d’organiser des élections démocratiques à tous les niveaux, et avait appelé à une participation massive des congolais aux opérations d’enrôlement qui débutent fin juillet.

Cette nouvelle assurance du Chef de l’Etat congolais ne semble nullement atténuer la méfiance de ses adversaires politiques qui continuent à l’accuser de vouloir s’éterniser à son poste, et qui refusent à ce jour à rejoindre le dialogue politique qu’il propose. De leur côté, les partenaires occidentaux de la Rdc, apparemment acquis aux thèses de l’opposition, multiplient pressions et mises en garde contre son régime, et évoquent même ces derniers temps, le spectre des sanctions individuelles ciblées contre certains dignitaires du pays.

Depuis plus d’une année qu’il est question de la fin constitutionnelle de son mandat, de l’organisation des élections dans les délais ou de l’immuabilité de la constitution, Joseph Kabila ne dit rien de ses intentions réelles, hormis des promesses répétées qu’il respectera la constitution, qu’il organisera les élections démocratiques, et que le processus démocratique enclenché en 2006 ne sera jamais remis en cause.

Quelques jours avant l’étape de Kalemie, Joseph Kabila qui s’adressait aux Gouverneurs de province réunis en conférence à Lubumbashi, avait réitéré sa détermination à organiser le dialogue politique, destiné à créer un consensus sur la relance du processus électoral, sans pour autant donner le moindre indice sur ses intentions réelles à lui, concernant son propre avenir politique. Un mystère qu’il prend plaisir à entretenir depuis plus d’une année et qui a le mérite de pousser à bout les nerfs déjà tendus de ses opposants et des partenaires occidentaux du pays, qui ne savent plus par quel bout le prendre.

Jusqu’au bout de l’énigme

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Alors que les échéances politiques fatidiques approchent à grands pas, et que la crise politique les cristallise les postures aux extrêmes, les observateurs attendent du discours du Chef de l’Etat, une nouvelle feuille de route pour les temps qui restent, et des pistes de sortie de crise pour les mois qui viennent. Mais Joseph Kabila va-t-il sortir cette fois-ci de sa réserve et dévoiler ses intentions en ce qui concerne son avenir politique ? Rien n’est moins sûr.

Pour le moment, le Chef de l’Etat semble encore avoir toutes ses cartes en mains et donne l’impression de maîtriser son sujet, ce qui le pousse à vouloir encore conduire les choses à son propre rythme. Une stratégie qu’il maîtrise parfaitement et qui semble lui réussir jusqu’à ce jour. L’opposition interne, qui a retrouvé récemment un semblant de cohésion, alterne déclarations enflammées, actions de rue et conclaves vindicatifs tant au pays qu’à l’étranger, donne l’impression de se tourner, de guerre lasse, vers un compromis inéluctable pour un dialogue politique avec le pouvoir en place.

Joseph Kabila est un spécialiste de la guerre d’usure contre ses adversaires politiques. Il maîtrise l’art de laisser le temps au temps et de laisser pourrir des situations, jusqu’au moment où l’adversaire, à bout de nerfs, soit assez mûr pour accepter le compromis, et souvent, à ses propres dépens.

Pour le moment, il n’a apparemment aucun intérêt objectif à dévoiler le fonds de sa pensée, face à tant d’ « ennemis » qui lui veulent tant de mal. Dans l’hypothèse où il serait prêt à quitter son fauteuil au terme de son mandat, il ne gagne rien à l’annoncer trop tôt, au risque certain de voir sa propre famille politique se déchirer aussitôt dans une guerre de succession, qui pourrait aboutir à son implosion. En maintenant le suspens jusqu’au bout par contre, il gagne sur les deux tableaux : il garde ses troupes en position d’alerte-combat, et pourrait finir par semer le doute dans les rangs de ses adversaires, dont l’unité quasi précaire du moment, pourrait vite se fissurer.

Lolo Luasu/La Cité Africaine