Sassou—Kabila: deux voisins, la même méthode

 Les deux plus proches capitales au monde semblent, ce dernier temps, également être les deux systèmes politiques les plus proches au monde. A Brazzaville, comme à Kinshasa, l’appareil judiciaire n’a visiblement pas de faible pour les opposants politiques. Chronique d’un massacre organisé de la démocratie.

   » Monsieur le procureur de la République, il faut activer la procédure judiciaire qui avait été déjà ouverte contre le général Mokoko Jean-Marie Michel ».  C’est en ces termes que s’exprimait le ministre congolais de la Justice, Pierre Mabiala, au cours d’une conférence de presse animée le 9 juin dernier à Brazzaville, au Congo. Certes, on sait bien que dans l’organigramme de l’appareil judiciaire, le parquet répond toujours de la chancellerie, mais cette sortie du garde des Sceaux congolais, a quelque chose d’inélégant, en ce sens qu’elle porte non seulement atteinte au principe de la séparation des pouvoirs, mais aussi, elle donne la preuve qu’il s’agit là d’un procès hautement politique.

Car, comme le dit l’adage : « qui veut tuer son chien l’accuse de rage ». Et c’est peu dire. En effet, convoqué plusieurs fois après la publication d’une vidéo tournée en 2007, le montrant en train de discuter d’un plan visant à chasser le président Denis Sassou Nguesso du pouvoir, le général Jean-Marie Mokoko  a été de nouveau convoqué et placé en garde-à-vue, le 14 juin dernier par le procureur de la République qui donne ainsi l’impression d’avoir entendu l’appel de sa hiérarchie. En tout cas, tout se passe comme si le pouvoir de Brazzaville est juge et partie dans cette affaire.

Il veut la tête du général Mokoko dont le seul péché, s’il en est, est d’avoir osé se présenter contre le président Sassou à la présidentielle du 20 mars dernier. Rappelons, à cet effet, que depuis la réélection du maître de Brazzaville, celui-là qui fut chef d’Etat-major des armées du Congo de 1987 à 1993, vit en résidence surveillée dans sa maison située en plein cœur de Brazzaville. Ainsi va la vie en république très très démocratique du Gondwana où s’opposer à la volonté du prince est un crime de lèse-majesté qui mérite parfois l’échafaud. C’est le moins que l’on puisse dire avec ce qui arrive au général qui, quelles qu’aient été les casseroles qu’il traînait, n’aurait pas eu de souci à se faire, s’il n’avait pas dit non au seigneur Sassou.

Celui que vous persécutez aujourd’hui pourrait vous persécuter demain

C’est une recette bien connue des dictateurs. En témoigne le cas de l’homme d’affaires congolais, Moïse Katumbi en RD Congo, qui, pour avoir tourné le dos au président Joseph Kabila, en aura vu des vertes et des pas mures. Accusé de tous les péchés d’Israël, l’ex-gouverneur du Katanga, inculpé pour atteinte à la sûreté de l’Etat congolais, attend d’être situé sur son sort.

Tel un félin qui prend du plaisir à jouer avec sa proie avant de la dévorer, Kabila attend le moment venu, pour estoquer son ancien allié. Mais qu’à cela ne tienne. A force de s’acharner sur leurs adversaires politiques, Sassou et son voisin Kabila finiront par les rendre sympathiques, s’ils n’en font pas des héros, à leur corps défendant. Car, c’est connu, la roue de l’histoire tourne. Du reste, qui avait cru, il y a trois ans seulement que l’ex-président béninois, Boni Yayi, se retrouverait aujourd’hui dans une situation où son sort et son avenir dépendent de son adversaire d’hier, Patrice Talon qu’il avait pourtant voué aux gémonies. Allez-y comprendre ! Ce n’est donc pas parce que l’on est au pouvoir qu’il faut se croire tout permis. Car celui que vous persécutez aujourd’hui pourrait vous persécuter demain.

B.O

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire