Luzolo Bambi accuse le PGR « d’obstruction »

Ça n’arrive pas tous les jours. Un justicier en accuse un autre. Le conseiller spécial du président Joseph Kabila en charge de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, Luzolo Bambi accuse le Procureur général de la République, Flory Kabange, d’obstruction des enquêtes initiées par ses services. Pomme de discorde: la gestion du cas Constantin Mbengele, l’ADG du FPI accusé de mégestion, et d’autres enquêtes initiées depuis quatre mois par le service du conseiller spécial mais gelées au niveau du Parquet. 

Luzolo Bambi, le conseiller spécial de Kabila en charge de la bonne gouvernance et de lutte contre la corruption et le blanchiment des capitaux, accuse le Procureur général de la République Flory Kabange d’obstruction à ses missions. Dans un courrier transmis le 20 juin au Président de la République Joseph Kabila, qui l’a nommé en vue de traquer les criminels en col blanc, fait part et se plaint de l’obstruction des enquêtes initiées par ses services par le PGR!

«Depuis quatre mois, mon service a ouvert une série d’enquêtes sur les très graves détournements des deniers publics et corruption avérés à charge de certains mandataires et hauts fonctionnaires de l’Etat d’une part et à charge de quelques gouverneurs de province pour détournements des rétrocessions aux entités territoriales décentralisées et aux provinces d’autre part.

Le stade atteint par ces enquêtes aujourd’hui recommande le recours aux mesures de contrainte, en l’occurrence le mandat d’amener contre certains récalcitrants que le Parquet a été invité à mettre à la disposition de mon service. Malheureusement, contrairement à l’esprit de collaboration, le Procureur général de la République vient d’interdire au Procureur général près la Cour d’Appel de Kinhasa/Gombe d’émettre des mandats d’amener en faveur de mon service», dénonce le conseiller spécial.

Luzolo affirme qu’entêtés par des personnalités politiques d’envergure, beaucoup de ces mandataires avaient commencé à se soustraire délibérément aux enquêtes en esquivant les invitations leur lancées ou en provoquant des voyages fantaisistes et dépensiers à l’intérieur ou l’extérieur du pays.

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Puis: «Face à cette situation, j’ai sollicité le concours du Parquet, conformément à la bonne gouvernance judiciaire, pour l’accompagnement des dispositions comminatoires.

Alors que mon service peut recourir librement à la contrainte à l’instar des autres services spécialisés de la République, j’ai associé par esprit de bonne gouvernance, le Procureur général près la Cour d’Appel de Kinshasa/Gombe pour un cas pilote: celui de monsieur Constantin Mbengele, directeur général du Fonds de promotion pour l’industrie, lequel prétend partout ne rien craindre car il a l’appui des plus hautes autorités de la République, en dépit des soupçons graves de mégestion qui pèsent sur lui».
Puis encore: «Dans le même sens, pour honorer la procédure pénale congolaise, j’ai saisi le Procureur général précité qui n’a pu décerner un mandat d’amener contre ce Directeur général sous prétexte qu’il a été blâmé par monsieur le Procureur général de la République pour le cas précis».

Des charges graves que l’office du PGR dont certains collaborateurs contactés rejettent en bloc, accusant Luzolo de poser des actes non conformes à la procédure.

Rappelant un autre cas lié à l’interpellation du Libanais Saeb, patron de Mino Congo pour fraude fiscale mais libéré «sur instruction du PGR», le spécial dit relever que cette attitude de l’organe de la loi est une méprise à l’Ordonnance n°09/003 du 30 janvier 2009 portant organisation et fonctionnement du cabinet du Président de la République et de l’Ordonnance n°15/021 du 31 mars 2015 du Chef de l’Etat portant nomination d’un Conseiller spécial en matière de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption, le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme». Il déduit qu’on ne peut plus compter sur le PGR dans la lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics.

Luzolo demande à Kabila de réagir avec promptitude face à la montée inquiétante des détournements, l’arrogance criante et déconcertante des personnes soupçonnées de ces faits alors que le PGR, qui bénéficie de la présomption d’innocence, n’a pas encore donné sa version de faits.

Guylain LUZAMBA

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