Dialogue: la noyade de Kodjo

L’ancien Premier ministre togolais, récusé par une bonne frange de la classe politique et d’acteurs sociaux de la RDC, se rend compte de la difficulté de régler certaines affaires politiques, notamment celles du Congo.

Alors que la communauté internationale, plus précisément l’Union africaine (UA), attend voir la mission confiée à Edem Kodjo aboutir, dans un délai raisonnable, à l’organisation d’un forum mettant les Congolais autour d’une table, la tâche confiée à l’ancien Premier ministre togolais se complique au jour le jour. Les politiciens congolais lui trouvent des erreurs dans l’accomplissement de cette mission, rendant de plus en plus ardue cette tâche qu’il croyait assumer en toute simplicité.

Déjà, cette personnalité choisie par la présidente de la Commission de l’UA, Nkosazana Dlamini Zuma, a été obligée de faire le tour de la « planète » en vue de rencontrer les différentes parties prenantes de cette crise congolaise. Partout où il est passé, les gens rencontrés ont fait semblant de « marcher avec lui » pour se rétracter après son passage. Ce qui a fait qu’il lui était difficile d’harmoniser ces données mouvantes dans un temps record.

Aujourd’hui, plusieurs mois après le début de sa mission, Edem Kodjo se rend compte que cette tâche que Mme Nkosazana Dlamini Zuma lui a confiée n’est pas facile. Et les Congolais veulent même le tourner en bourrique.

Personna non grata

Le facilitateur désigné du Dialogue politique national voulu inclusif n’est plus, en effet, en odeur de sainteté avec une bonne frange des acteurs sociaux et politiques congolais. Dans une déclaration politique du 23 mai, par exemple, la Nouvelle classe politique et sociale/Opposition nationaliste a même donné un ultimatum au diplomate togolais, appelé à quitter le sol congolais avant le 30 mai courant. Comme une guillotine, cette plate-forme politique fait pendre au dessus du cou d’Edem Kodjo un sit-in de toute l’opposition pro-dialogue, qui devra être organisé devant son bureau pour exiger son départ le plus rapidement possible. Pour le regroupement politique qui accuse le facilitateur choisi par l’UA « d’incompétence », sa sagesse et sa neutralité sont sujettes à caution.

Selon un des leaders de cette plate-forme, Steve Mbikayi, en effet, Edem Kodjo « devra tirer les conséquences de ses actes qui ont démontré son raisonnement partial ». Au lieu de faciliter la tâche aux Congolais, a-t-il dit, Kodjo est devenu un « complicateur ». « Depuis l’arrivée à Kinshasa du facilitateur Kodjo, c’est en vain que nous avons cherché la sagesse dans sa façon de conduire les choses », a déploré Steve Mbikayi.

On reproche également Edem Kodjo ses déclarations dans lesquelles il avait notamment dénoncé la prise en otage du dialogue par le parti d’Étienne Tshisekedi, l’UDPS, alors qu’il avait, en même temps, souligné qu’il n’y aurait pas dialogue sans UDPS. « … Nous allons aussi le renvoyer à la suite de ses prises de position très proches d’un parti de l’opposition, ses déclarations à l’emporte pièce et la confusion qu’il entretient autour de son rôle de facilitateur », a notamment souligné Steve Mbikayi.

Ni la majorité, moins encore l’opposition

À suivre les remarques qui se font sur le travail confié au diplomate togolais, on se rend compte que ni la majorité, moins encore l’opposition ne croient en la capacité d’Edem Kodjo de conduire les Congolais vers la paix attendue à l’issue du dialogue qu’il est appelé à gérer. Pendant que les uns lui trouvent une lenteur dans la convocation de ce forum, les autres lui reprochent sa gestion de l’affaire.

Mais, en attendant, personne ne lui facilite la tâche que lui a confiée la présidente de la Commission de l’UA. Entre-temps, on lui rappelle son passage dans le conflit burundais. Cette crise congolaise risque donc d’entamer la réputation de ce diplomate qui a également assumé de grandes responsabilités dans son pays. Et les Congolais et la communauté internationale continuent d’attendre les résultats de cette mission de bons offices.

Avec Lucien Dianzenza, Adiac

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