Marche du 26 mai: comment l’opposition s’est fait piéger

Le jeudi 26 mai 2016 au matin, les opposants congolais étaient dans les rues de Kinshasa pour une marche contre la décision de la Cour constitutionnelle autorisant Kabila à rester au pouvoir au-delà du mandat constitutionnel. La marche pourtant autorisée, ayant été violemment dispersée par la police, l’on se demande si le président Kabila n’a pas piégé les opposants à travers la fameuse autorisation.

Ce jeudi 26 mai 2016 matin des milliers de militants de l’opposition congolaise étaient dans les rues de Kinshasa pour une marche pacifique. Une marche dont l’objectif était de protester contre les coups de force  politiques en Rd Congo. Présent dans le cortège, Martin Fayulu, président du parti Engagement pour la citoyenneté et le développement (Ecidé), candidat à la présidentielle, a expliqué les raisons de la marche de l’opposition. Pour lui, il s’agit d’abord de dire à Joseph Kabila qu’en République démocratique du Congo, il n’y a pas de présidence à vie.

Il devra respecter la Constitution comme tous les Congolais. La deuxième raison selon l’opposant congolais, était d’appeler la Cour constitutionnelle à faire preuve de bonne foi en instruisant la Céni [Commission électorale nationale indépendante] à organiser les élections, conformément à l’article 73 de la loi fondamentale.  Il s’agit enfin de montrer leur solidarité face  aux tueries qui se déroulent à Béni et profiter pour indiquer l’incapacité du pouvoir à protéger les citoyens.

La marche, un cadeau empoisonné de Kabila ?

Une telle interrogation tient bien la route lorsqu’on considère l’attitude de Kinshasa vis-à-vis de la manifestation des opposants. D’abord, il faut signaler  que la motion de marche a été officiellement transmise au gouverneur de Kinshasa qui l’a « autorisée » depuis ce 24 mai. Mais à l’arrivée, les marcheurs ont été l’objet d’une répression policière. En effet, la marche de Kinshasa a vite fait de tourner court quelques kilomètres seulement après son lancement. Faisant usage de gaz lacrymogène, la police a dispersé les manifestants.

Ce que fustigent les contradicteurs de Kinshasa. Justifiant l’agissement des forces de l’ordre, Emmanuel Akweti : « Les forces de l’ordre ont utilisé les gaz lacrymogènes pour disperser les marcheurs pour non-respect du tracé. Les leaders de l’opposition sont évidemment énervés par cette intervention de la police. Il est clair que le président Joseph Kabila a piégé les opposants à travers l’autorisation accordée aux leaders d’opposition pour l’organisation de la marche pacifique de ce 24 mai.

Le pouvoir, qui a été mis en garde par des chancelleries occidentales, notamment les Etats Unis et la Grande Bretagne sans omettre les recommandations faites à son endroit par l’Union européenne, cherchait déjà la moindre occasion pour « limer les ongles » à une opposition ragaillardie par les prises de positions de la communauté internationale.  L’autorisation d’une marche des opposants devient ainsi une passerelle pour « tirer les oreilles » à cette opposition. L’autorisation de la marche constitue ainsi un cadeau empoisonné ou encore un piège tendu par  Kinshasa à ses détracteurs. Il faut souligner qu’à l’intérieur du pays comme à Goma où  des échauffourées ont opposé forces de l’ordre et manifestants ayant fait un mort parmi les manifestants.

Il faut rappeler que les élections présidentielles sont prévues en décembre 2016. Mais de nombreux dysfonctionnements ont fait craindre aux opposants une volonté de Joseph Kabila  de vouloir briguer un troisième mandat, en violation de la Constitution. A cela s’ajoutent l’arrêt de la Cour autorisant Kabila à se maintenir au pouvoir au-delà de la fin du mandat

En cours au cas où  les élections ne seraient pas organisées dans les délais constitutionnels et les différentes oppressions dont les opposants congolais  sont l’objet.

Christophe SESSOU

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