Dans le Grand-Nord du Nord-Kivu, une série de massacres touche la région de Béni. Plusieurs versions s’opposent sur l’identité des auteurs de ces massacres. Tentative de réponses.

► Que se passe-t-il à Béni ?

Depuis l’automne 2014, la région de Béni, à l’extrême nord du Nord-Kivu, est le théâtre d’attaques d’une rare violence. Régulièrement, des assaillants surgissent dans des villages. Ils réunissent tous les habitants qu’ils trouvent avant de les tuer à la machette.Enfants, femmes enceintes, vieillards… personne n’est épargné. Les corps sont démantelés comme des pièces de boucher. Ces massacres sont documentés, les images qui en témoignent sont épouvantables.

Trois localités sont plus fréquemment touchées : Mbau, chef-lieu du secteur Beni-Mbau ; Kamango, dans la chefferie des Watalinga, plus à l’est ; et Eringeti, au nord de Mbau. Ces tueries auraient fait entre 500 et 1 000 morts, selon les sources et les témoignages.

► Qui est responsable de cette tuerie ?

Ces massacres ne sont pas revendiqués. Mais les autorités de Kinshasa accusent l’un des groupes armés qui opère dans la région, le mouvement ougandais des Forces démocratiques alliées (ADF). C’est un groupe islamiste, réputé pour sa violence, implanté depuis des années dans le nord du Nord-Kivu et soutenu par des personnalités locales. Ils seraient aussi en lien avec les islamistes somaliens Shebab.

Cette version officielle ne fait pas l’unanimité. De plus en plus de voix s’élèvent pour dénoncer le rôle du Rwanda et du président congolais Joseph Kabila dans ces massacres. Parmi ces voix, le religieux assomptionniste Vincent Machozi. Assassiné dans la nuit du 20 mars 2016, il était connu pour son engagement en faveur de la défense des Nande, l’ethnie majoritaire du Grand-Nord de la province du Nord-Kivu.

Quelque temps avant d’être tué, il avait accusé sur un site Internet, le président Kabila et le président rwandais Paul Kagame d’être les commanditaires de ces massacres.

Ils instaureraient un climat de terreur afin de pousser les Nande à quitter leurs terres. La région est convoitée car on y trouve de l’or, du bois et des minerais comme le coltan, un élément rare et indispensable à l’industrie des téléphones et des ordinateurs portables.

► Y a-t-il des tensions ethniques ?

Depuis le début de l’année, un nouveau cycle de violence touche aussi la région de Lubero, au sud de Béni. Cette fois, selon Kinshasa, ce sont des groupes hutus et nande qui sèment la terreur.

Les premiers sont réunis au sein des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), ce groupe armé hutu rwandais fondé par des génocidaires rwandais ayant fui en RD-Congo, en 1994. En face d’eux se trouve l’UDPI, un groupe d’autodéfense nande. Les deux groupes auraient commis plusieurs massacres coûtant la vie à une centaine de civils et plusieurs centaines de maisons auraient été incendiées.

► Qu’en pense l’ONU ?

Le prochain rapport du groupe d’experts de l’ONU sur la RD-Congo devrait faire date. Ce qu’il va dire des massacres de Béni ne correspond pas à la version de Kinshasa.

Selon l’hebdomadaire Jeune Afrique qui a pu le consulter alors qu’il n’est pas encore public, les experts onusiens pensent que plusieurs groupes seraient impliqués dans ces massacres, et notamment « un groupe de locuteurs kinyarwanda qui sont arrivés dans la zone depuis l’Ouganda et le territoire [congolais] du Rutshuru ». Autrement dit, des assaillants rwandais ! Très loin des ADF, donc. Le rapport accuse aussi des officiers de l’armée congolaise d’être impliqués. Enfin, il s’alarme de la crise de plus en plus aiguë entre Hutus et Nande.

► Qui combat ces groupes armés ?

En principe l’armée congolaise et les casques bleus. Ces massacres ont parfois lieu à proximité d’une base de soldats de l’ONU. Depuis la semaine dernière, l’armée congolaise et l’ONU ont lancé une opération conjointe contre ces groupes armés dans la région de Béni.

Laurent Larcher, LaCroix.com