Katumbi et la logique Kabila

Autopsie d’une stratégie bien calculée. Le président congolais, Joseph Kabila, est allé jusqu’au bout de sa logique. C’est le moins que l’on puisse dire. Car, après deux semaines d’auditions parfois longues et harassantes, Moïse Katumbi, candidat déclaré à la prochaine présidentielle en RD Congo, a été « inculpé du chef de recrutement de mercenaires » par le procureur général de la République.

Et ce n’est pas tout. L’ex-gouverneur du Katanga est visé par un « mandat d’arrêt provisoire en attendant la poursuite de l’affaire au niveau juridictionnel devant les cours et tribunaux compétents ». Cela n’a rien de surprenant. On voyait venir les choses puisque le président Joseph Kabila, il faut le dire, a le sommeil trouble depuis que Katumbi a pris sur lui la courageuse décision d’annoncer sa candidature à la magistrature suprême.

La stratégie est donc toute trouvée par le dictateur. Il faut monter une cabale contre l’homme d’affaires très adulé des Congolais afin de se mettre à l’abri de toute surprise. « Qui veut tuer son chien l’accuse de rage », dit l’adage. Car, faut-il le rappeler, Kabila sait mieux que quiconque qu’il ne fait pas le poids devant cet adversaire qui, jadis, était considéré comme l’éminence grise de son régime. Et c’est peu dire. Reste maintenant à savoir si Kabila osera franchir le Rubicon en jetant Katumbi en prison, avec tous les risques d’instabilité que cela comporte.

En tout cas, la foule de militants et sympathisants qui a accompagné Moïse Katumbi lors de ses deux dernières auditions au parquet général de Lubumbashi en dit long sur la capacité de ce dernier à mobiliser. Et vouloir l’arrêter pour des raisons aussi farfelues que spécieuses pourrait plonger le pays dans le chaos. C’est à se demander si ce n’est pas, du reste, l’objectif recherché par Kabila qui, on le sait, fait des pieds et des mains pour s’éterniser au pouvoir ; encouragé en cela par une Cour constitutionnelle aux ordres, qui estime que l’homme peut rester autant qu’il le voudra aux affaires jusqu’à ce que soit élu et installé un nouveau président.

Or, Kabila n’étant pas encore rassasié du pouvoir, c’est peu dire qu’il fera tout pour que la présidentielle n’ait pas lieu à bonne date. De toute évidence, Moïse Katumbi savait qu’en annonçant sa candidature à la présidentielle, Kabila ne lui ferait pas de quartier.

Ce qui arrive à Katumbi était prévisible

Cela s’est déjà vu ailleurs, notamment dans le Congo voisin où le pouvoir de Brazzaville a fait voir des vertes et des pas mûres au général Jean-Marie Mokoko dont le seul péché est d’avoir osé aspirer à présider aux destinées de son pays dirigé d’une main de fer par Sassou Nguesso depuis plus de 30 ans. Ainsi se comportent les dictateurs, ils ne supportent pas la moindre contestation, surtout quand elle émane de leur propre camp.

Conscients que la vraie opposition vient toujours de l’intérieur, les princes régnants font montre d’une grande fébrilité dès lors qu’un des leurs claque la porte. C’est le cas aussi du Gabon où le pouvoir, après avoir prêté des propos haineux à Jean-Ping, menace de le conduire devant les tribunaux. Au regard de tout cela, on peut dire que ce qui arrive à Katumbi était prévisible, surtout que dans le cas d’espèce, on est en République très très démocratique du Gondwana où on embastille et emprisonne à tour de bras.

B.O

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