Plus de 7 mois après son départ du PPRD et de la Majorité Présidentielle, Moïse Katumbi prépare en coulisse,  à coups de malisse et billets verts, tel un «baron», son rêve de Président de la République.  La vie sans le pouvoir, liaison dangeureuse avec l’occident, ses relation avec les autres opposants, son argent, ses hommes… Enquête exclusive au coeur du système Katumbi.

Kinshasa, RDC
La Rédaction & agence

Il est peut-être la plus grande perte Kabiliste après la disparation, en 2012, d’Augustin Katumba Mwanke — que l’on désignait autrement : « l’éminence grise du système Kabila» — ; Moïse Katumbi Chapwe est l’un des hommes politiques qui donnent encore d’insomnies à la Majorité Présidentielle. Ce riche homme d’affaire jouit d’un énorme capital sympathie tant auprès d’une partie de la population congolaise que de la communauté internationale. Dans le grand Katanga,  son fief, en passant par les deux Kivus, et timidement Kinshasa, celui que le magazine Britannique The Economist décrit comme le « deuxième homme le plus puissant de la RDC », peut également compter sur le soutien, à peine voilé, du G7, dont l’un des chefs de fils n’est autre que le sulfureux Gabriel Kyungu.

En effet, Moïse Katumbi s’est offert une remarquable reconversion politique en douce. Devenant, comme par magie, opposant au président Joseph Kabila, et par la même occasion l’un des politiciens congolais les plus appréciés de la population et même les plus écoutés au sein de l’opposition où il tire les ficelles en coulisse.

Le Groupe de 7 (G7) justement, composé des grands noms, notamment de l’ancien Conseiller sépcial en matière de sécurité à la présidence de la République et leader du Mouvement social pour le renouveau (MSR), Pierre Lumbi, de l’ancien gouverneur  et populaire dans l’ex-Katanga, Kyungu wa Kumwanza, ou l’indéboulonnable président du l’Union nationale de démocrates fédéralistes (UNADEF), Charles Mwando Simba et plusieurs autres personnalités politiques, lui prêterait aussi une oreille attentive.

Son influence va même au-delà du G7, atteignant les poids lourds de l’opposition. En décembre 2015, il se rend à Bruxelles où il y rencontre l’opposant historique Etienne Tshisekedi. Dès le lendemain de cette rencontre, le président de l’UDPS revient sur sa décision de participer au dialogue politique convoqué par le président Kabila,  auquel il avait pourtant donné son accord quelques jours auparavant. Avec Vital Kamerhe,  Katumbi signe aussi une « alliance » anti-Kabila. Tout comme un coup de fil médiatiquement bien calibré à Bemba ou encore plusieurs rencontres avec d’autres ténors de l’opposition.

L’autre face

RDC-Moise-Katumbi-politique-affaires-foot-0Celui qui était de 2007 à 2015 Gouverneur de la riche province du Katanga et membre influent du parti cher à Kabila, le PPRD, a décidé de quitter le camp de la Majorité au moment où  Joseph Kabila arrive fin mandat selon les prescrits constitutionnels.

Un changement de cap qui laisse présager un calcul politique au moment où toute la Majorité au pouvoir est décriée pour son intention de s’y éternisée. Des hauts cadres du PPRD iront jusqu’à le qualifier de « traître », le comparant à un passager qui veut « sauver sa peau, lorsqu’il se rend compte que le bateau va bientôt chavirer »

Encore gouverneur, comme la plupart des politiciens congolais au pouvoir, Katumbi a loué des jours comme des nuits les mérites et le savoir-faire de Kabila. Il a même contribué à faire assoir le règne de Kabila auprès de plusieurs communautés katangaises.

Régler des comptes à tout prix

Joseph-Kabila-et-Moïse-KATUMBI

Ne faisant plus partie des disciples de Kabila, Moïse Katumbi est depuis lors dans le collimateur du pouvoir, comme d’ailleurs plusieurs autres politiciens qui ont rompu avec le camp présidentiel avant lui. Il fait alors objet de plusieurs intimidations et menaces : interdictions de trafic et des voyages ; fermeture des maisons de presse qui lui sont proches, etc.

Ces pratiques qui visent, selon ses propres propos, à le nuire et à le fragiliser, ne sont pas inconnues de l’ancien gouverneur du Katanga. L’assassinat de Floribert Chebeya, les exactes contre les adeptes de Bundu dia Congo ou encore les arrestations de manifestants… tous ces cas décriés par les organismes de défense des droits de l’homme ont longtemps été perpétré alors que Moïse Katumbi était paisiblement Gouverneur de l’ex-Katanga, avec plusieurs cas signalés dans la riche province, alors sous sa gestion.

L’homme savait et ne les jamais dénoncés.  Aujourd’hui, à peine devenu opposant, il semblerait, selon lui, que le régime ait tout à coup viré à la dictature…

Moïse à la présidence

Moise-Katumbi-de-retourDans un communiqué du 29 septembre 2015, Moïse Katumbi annonçait  quitter le parti du président Joseph Kabila, le PPRD, et démissionner du gouvernorat du Katanga, dénonçant le fait que, selon lui, “tout est mis en oeuvre pour ne pas respecter la Constitution”. Depuis, le frère de Katebe Katoto est devenu un véritable chantre contre le 3ème mandat du président Joseph Kabila, oubliant au passage de présenter son programme et sa vision pour le pays.

Richissime homme d’affaires et charismatique, Moïse Katumbi n’a pas annoncé officiellement sa candidature à la présidentielle. Il « suit toutefois sa feuille de route », et devrait « bientôt » sortir du bois, estime Tryphon Kin-Kiey, ministre des relations avec le Parlement et fidèle du président, cité par l’AFP, le 30 septembre 2015.

Le président du célèbre club du TP Mazembe affiche néanmoins clairement ses ambitions, tissant calment sa toile sensée vraisemblement l’installer à la tête du pays.

Fort de sa fortune, l’homme n’hésite par à dépenser pour du lobbying auprès des puissances internationales pour avoir bonne presse. Selon le chercheur américain Jason Stearns, la Société minière du Katanga (MCK), une société fondée par Moïse Katumbi et officiellement revendue dès son départ du gouvernorat du Katanga, a initialement recouru à Akin, Gump, Strauss, Hauer & Feld en 2013 pour officiellement aider à sécuriser l’ouverture d’un consulat américain à Lubumbashi et de faire pression sur l’USAID pour envoyer du maïs au Katanga. Pour ces services, Katumbi a payé 350 000 $ pour la période d’un an.

Selon les archives de Foreign Agents Registration Act, publié dans un article sur le blog Congo Siasa (Août 2015), la société n’a eu qu’une réunion pour MCK dans la seconde moitié de l’année 2013. Ce fût avec le député Ed Royce, président de la commission des affaires étrangères la Chambre des représentants. Les autres réunions ont porté sur le processus électoral, précisément la présidentielle en RDC, commente la même source.

L’activité s’est intensifiée en 2015. Le contrat avec Akin Gump a apparemment été renouvelé, et les lobbyistes affirmeraient avoir eu 240 réunions, des courriels et des appels téléphoniques avec divers responsables sur les élections présidentielles. Des responsables américains l’ont confirmé à Jason Stearns qu’ « il est clair que MCK pousse à l’action des États-Unis pour garantir la sortie de Kabila en 2016. »

Ajouter à ceci les multiples rencontre de Moïse Katumbi auprès de leaders de l’opposition et dissidents de la Majorité Présidentielle.

Toutefois, Moïse Katumbi hésite à se prononcer officiellement. En face, il affaire à une bête politique, en la personne du président Joseph Kabila, qui a eu à se coltiner plusieurs calibres lourds de la politique congolaise : depuis son accession au pouvoir  à à peine 29 ans, le Raïs, comme le surnomme les Kinois, a acquis une véritable maitrise des rouages de la politique congolaise qui lui permet, comme un chat, de retomber toujours ses pattes. Soutenu par la « machine » de la Majorité Présidentielle, il peut s’avérer impitoyable lors qu’il faut écraser de l’adversaire politique. Jean-Pierre Bemba ne dira surement pas le contraire.

Contre Moïse Katumbi, l’autorité morale de la Majorité Présidentielle avait anticipé les choses en déposant une plainte en juin 2015 pour « fraude douanière »,  seulement trois mois avant le début des escarmouches entre l’ancien gouverneur et le pouvoir. S’il arrivait à être condamné, Moïse Katumbi ne pourra pas, tel que le stipule l’article 10 de la loi électorale, se présenter à l’élection présidentielle… une issue très probable au vu des événements.

En refusant de déclarer publiquement sa candidature à la prochaine présidentielle, Katumbi jouit d’une marge de manœuvre qui pourrait le permettre de continuer à tirer les ficelles dans les coulisses et placer ses points… en attendant, tel un baron,  de frapper fort, au bon moment, au bon endroit.#