Le dialogue c’est maintenant!

Convoqué  par le président Joseph Kabila depuis novembre 2015, le dialogue politique est, depuis un moment, dans un état comateux.  Cette torpeur serait due à la quête très  difficile de la Majorité à trouver preneur au sein d’une opposition qui complique l’affaire. Depuis, les signaux seraient moins alarmants. Kabila est plus que décidé à aller de l’avant : la nomination officielle par l’Union Africaine du togolais Edem Kodjo comme « facilitateur », ainsi que l’arrivée imminente du quitus d’Etienne Tshisekedi seraient les deux éléments, tant attendus, pour la tenue de ces assises.

Brazzaville, Congo
La rédaction avec agences

Le chef de l’Etat Joseph Kabila a annoncé depuis l’année passée la convocation d’un dialogue pour discuter notamment du processus électoral en vue de permettre la tenue d’élections apaisées. Le processus électoral congolais bute sur des questions techniques, comme la révision du fichier électoral, et de financement.

La question du dialogue divise la classe politique congolaise. La Majorité et une frange de l’opposition sont favorables à ce dialogue alors que d’autres partis, à l’instar de l’UDPS d’Etienne Tshisekedi, conditionnent jusqu’à présent leur participation au dialogue à la présence d’un facilitateur nommé par l’ONU.

La semaine dernière, la présidente de la commission de l’Union africaine, Dr Nkosazana Dlamini Zuma, a nommé l’ancien Premier ministre togolais Edem Kodjo facilitateur du dialogue national en RDC.

Dans un communiqué publié sur son site Internet mercredi 6 avril, l’Union africaine indique que cette nomination «vise à aider à la convocation d’un dialogue global en vue de régler les problèmes liés aux prochaines élections» en RDC.

Le document mentionne que « cette nomination est conforme à l’engagement souligné dans le communiqué conjoint de l’Union africaine, des Nations Unies (ONU), de l’Union européenne (UE) et de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) du 16 Février 2016 pour continuer d’aider le République démocratique du Congo dans cette entreprise».

Pour le gouvernement, tout est donc prêt. C’est en tout cas ce qu’affirme Lambert Mende.

Au cours d’un point de presse tenue conjointement à Kinshasa, le vendredi 08 avril 2016,  avec le ministre des Affaires étrangères, Lambert Mende a indiqué que la désignation d’Edem Kodjo comme facilitateur du dialogue en RDC prouve suffisamment cette volonté de la communauté internationale et celle de l’UA de voir effectivement se tenir le dialogue.

“La convocation du dialogue est une réponse du président de la République démocratique du Congo à la demande de la classe politique, y compris de l’opposition. Il y a donc des raisons valables d’en faire une affaire privée de Joseph Kabila, c’est l’affaires de tous ceux qui veulent une solution paisible aux problèmes des congolais que nous sommes”, a déclaré Lambert Mende.

Le président de l’Assemblée nationale de la RDC, Aubin Minaku avait, 24 heures plus tôt,  annoncé la mise en place bientôt d’un comité préparatoire.

Toutefois, malgré le sourire clinquant du gouvernement et de la Majorité Présidentielle, la participation de l’opposition à ces assises est toujours aussi incertaine.

En effet, depuis la convocation officielle du Dialogue par Joseph Kabila, des leaders de l’opposition ont à suffisance montrer leur farouche antipathie pour cette grande messe qu’elle juge comme une « manœuvre » du président Kabila pour prolonger son règne à la tête du pays.

Au début de l’année, l’algérien Said Jinnit, qui tentait, pour le compte des Nations Unis,  de la jouer rassembleur, a mordue la poussière sans même obtenir de Tshisekedi, entre autres, de hotter son légendaire « monière ». Il s’en est allé́, balaie entre jambes, sans obtenir un fléchissement de Tshisekedi, Kamerhe ou encore de Moïse Katumbi derrière qui le Groupe de 7 (G7) dissidents de la Majorité Présidentielle, se range à présent.

Sans toutefois former un bloc commun, les opposants qui s’objectent au Dialogue fournissent diverses raisons, aussi opposées qu’inconciliables, et même parfois fourbes. Vital Kamerhe, le président de l’UNC (l’Union de la Nation Congolaise), Martin Fayulu, président de l’Eucidé (), ou encore le G7, qui sont presque du même côté, s’y opposent de manière la plus catégorique, ne laissant aucun doute sur leur probable participation. Pendant ce temps, Etienne Tshisekedi, leader attitré de l’opposition, que la Kabila courtise depuis fort longtemps,  est un peu plus flexible. Officiellement, « Ya Tshitshi » ne demanderait que la nomination d’un médiateur international.

Ayant buté plusieurs fois à l’inflexibilité chimérique du président de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), les stratégistes de la Majorité ont changé de procéder.  Officiellement suspendues par Étienne Tshisekedi en septembre 2015, les discussions en vue de l’ouverture du Dialogue entre le gouvernement et l’UDPS ont, selon des sources proches du camp présidentiel, repris depuis le mois de février 2016.

Cette fois, le président Joseph Kabila a choisit de négocier directement avec la famille de Tshisekedi, dont l’influence se veut de plus en plus grandissant auprès d’un sphinx qui s’éteint à petit feu.

D’après le magazine Jeune Afrique, dans son édition en ligne, les émissaires de Joseph Kabila, parmi lesquels son directeur de cabinet, Néhémie Mwilanya Wilondja, Léonard She Okitundu et Albert Yuma, ont rencontré des proches de Tshisekedi, à Paris, fin mars. Parmi ces derniers, Me Papis Tshimpangila, Floribert Tendayi et deux proches parents de l’opposant : Christian, son fils, et Bona Kabongo, son neveu, qui est chargé de sa sécurité et du protocole.

Une information commentée à l’opposer par Félix Tshisekedi, un autre des fils d’Étienne.

« Ils sont tombés dans un piège, déplore le secrétaire national de l’UDPS aux relations extérieures, Félix Tshisekedi, un autre des fils d’Étienne. Ils devaient rencontrer Edem Kodjo [le facilitateur de l’Union africaine], qui se trouvait à Paris, et seulement lui. Ils n’avaient pas pour mandat de rencontrer des émissaires de Kabila, encore moins de négocier quoi que ce soit avec eux. »

Le ton est donné, en négociant avec la famille du « Lider Maximo » où chacun tire son épingle du jeu, Jospeh Kabila n’aura pas son Graal aussi facilement.

Pendant ce temps, deux autres camps attendent le Dialogue au tournant. Les plus flexible, emmené par le député Steve Mbikayi, regroupés dans la plateforme…., n’auraient pas du mal à y participer, maintenant qu’un facilitateur est nommé. Cependant, Katumbi et son « Jet 7 » continue de prêcher « le non-dialogue ».

Sa rencontre précipitée avec Etienne Tshisekedi à Bruxelles, la semaine dernière, n’a fait que confirmé la volonté de l’ex-Gouverneur du Katanga de former un bloc commun, entre opposants, contre le Dialogue. Aura-t-il réussi à convaincre l’incorrigible Tshisekedi ? L’avenir nous le dira sans doute.

A Kinshasa, Kabila est décidé d’aller de l’avant. Le comité préparatoire va, finalement, être mis en place, et ouvrir ainsi la voie à la tenue du fameux Dialogue.  Même en obtenant la participation de Tshisekedi, ce Dialogue que Kabila voulait inclusif, comme les précédentes assises sur la « cohésion nationale », aura toujours une partie de la classe politique à son opposé.  L’heure de se rendre à l’évidence : il faudra finalement y aller, ou pas.

   

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