Très en verve notamment auprès des populations de l’Est du pays, chouchouté par la communauté internationale et les organismes de défense des droits de l’homme, auréolé de plusieurs prix à l’international, le gynécologue congolais, Denis Mukwege, pourrait bien être la surprise que nous réserverait les « lobbys » internationaux pour la prochaine présidentielle en RDC.

JOhannesburg, RSA
BLC, avec agences

Le Directeur général de l’hôpital de Panzi, dans la province du Sud-Kivu, le docteur Denis Mukwege, a été honoré, en février 2014,  par le titre de « Docteur Honorius causa » de l’université de Harvard aux Etats-Unis d’Amérique.

Le «Réparateur des femmes» a été récompensé suite à ses différentes interventions dans le domaine de la santé, particulièrement en matière des sévices sexuels. Le gynécologue Denis Mukwege, qui soigne depuis plus de 15 ans les victimes des violences sexuelles au Sud-Kivu, n’est plus un homme à présenter.

Juste au moment où il recevait son titre honorifique de l’université de Harvard aux USA, l’homme de Panzi a encore été une fois récompensé pour ses travaux sur la fièvre hémorragique d’Ebola. De toute évidence, malgré ses multiples « trophées », le gynécologue demeure humble et a visiblement un triomphe modeste. Ses énormes progrès en matière des victimes des violences sexuelles en RDC ont fait de lui incontestablement une référence congolaise sur l’échiquier international.

Mukwege dans l’arène politique?

Lauréat de nombreux prix, Denis Mukwege, le réparateur de femmes, devient, de l’avis de plusieurs de ses compatriotes, le candidat qui se profile à l’horizon pour les prochaines élections.

En effet, il n’a eu de cesse à dénoncer les atrocités et les violences dont sont victimes les femmes à l’Est de la RDC. Sa lutte acharnée contre ces inhumanités semble prêter au gynécologue des ambitions politiques pour tenter de changer les choses un jour.

« Comment me taire, lorsque l’on sait que les crimes commis contre l’humanité sont planifiés avec un mobile bassement économique ? » On se rappelle encore sa déclaration devant les autorités européennes réunies à Strasbourg pour lui décerner le prix Sakharov, ciblant ainsi les sociétés multinationales qui pillent sans modération les ressources de la RDC et le Gouvernement congolais qui laisse impunis ces nombreux actes barbares.

Le « réparateur des femmes » profite-t-il de son ascension pour descendre dans l’arène politique ou devient-il simplement un activiste ? Son acharnement contre les commanditaires et les auteurs de différentes exactions qui bénéficient d’une impunité déconcertante le fait passer, dans l’opinion, pour un éveilleur de conscience, soutiennent certaines sources.

Colette BracKman, journaliste au quotidien belge « Le soir », «spécialiste du Congo» et coréalisatrice du film « l’homme qui répare les femmes », s’interroge sur le fait que Denis Mukwege puisse jouer le rôle de leader politique. Selon elle, c’est une mauvaise idée », car estime-t-elle, « son rôle est plus grand comme conscience, comme porte-parole des sans voix, des gens vulnérables. C’est plus important que d’entrer dans l’arène et les jeux politiques ».

Le gynécologue estime que ce qu’il fait pour le moment vaut encore son pesant d’or pour le Congo. Toutefois, cette hypothèse pour la politique n’est pas encore exclue, car à la question de savoir s’il a des intentions politiques, le docteur répond « je ne sais pas ».

Pour autant, le pouvoir congolais s’en méfie. Outre la saisie des comptes de l’hôpital de Panzi en décembre 2014, l’accueil réservé au gynécologue a été plus que froide lors de son passage à Kinshasa en début du mois de mars: conférence de presse annulée, pas de réception officielle de la part du gouvernement… pire, alors que celui-ci est décoré de partout dans le monde, aucun prix de la part du gouvernement ne lui a été décerné.

Et pour ne rien arranger, Mukwege s’est offert une déclaration plus que politique lors d’une conférence de presse à Kinshasa, le 16 mars dernier. «L’alternance démocratique garantit la stabilité», a-t-il affirmé.

Du côté de l’opposition, on a vite compris le message. Vital Kamerhe, le président de l’UNC, s’est empressé de rencontrer Mukwege à Kinshasa pour une séance de serrage de mains qui en dit long. Katumbi en a fait de même…

Fort de ces soutiens, le médecin congolais est donc logiquement dans l’arène politique, du moins officieusement. Et cela ne plaît pas du tout à la Majorité Présidentielle qui voit, ce dernier temps, sa pépinière à opposants tournée en plein régime.

Il en fallait pas plus pour que le «sniper d’élite» du camp présidentiel, en la personne de Lambert Mende, incontournable minisre de communication et médias, en plus de son titre du Porte-parole du gouvernement, ne vienne allumer la mèche.

Dans une conférence de presse le 24 mars à Kinshasa, le ministre a dénoncé la «politisation à outrance» des activités du gynécologue qui fait «une fixation sur l’alternance démocratique» en parlant de «moins en moins des femmes violées du Kivu au nom desquelles il court le monde».

Tout est dit! Denis Mukwege, lui, peut bien être la surprise « occidentale » à la succession de Joseph Kabila est bel et bien prevenu.#