Débat démocratique : Mende allume Mukwege

Le ministre de la Communication et Médias et Porte-parole du gouvernement a dénoncé, dans un point de presse tenu le 24 mars à Kinshasa, la politisation à outrance des activités du gynécologue qui fait une fixation sur l’alternance démocratique en parlant de moins en moins des femmes violées du Kivu au nom desquelles il court le monde.  

Le 15 mars, le directeur de l’hôpital de Panzi au Sud-Kivu avait tenu une conférence de presse à l’Institut français de Kinshasa au cours de laquelle il s’est longuement appesanti sur la situation politique dans le pays. Cette sortie médiatique avait fait jaser en raison du ton utilisé par le Dr Denis Mukwege dont le discours avait un contenu exclusivement politique. Le gynécologue avait saisi l’occasion pour tirer à boulets rouges sur le pouvoir kabiliste qu’il tient pour responsable de l’instabilité à l’est du pays réputée être la cause des viols récurrents commis sur les femmes. Tous ceux qui avaient attendu cet estimé compatriote sur ce dossier afin d’en savoir un peu plus ont dû déchanter car l’intéressé avait parlé exclusivement de politique politicienne.

Revenant dans son point de presse du 24 mars sur l’intervention du Dr Mukwege, le ministre de la Communication et Médias et Porte-parole du gouvernement a laissé transparaître son dépit vis-à-vis de ce qu’il considère comme un amalgame de la part du gynécologue, qui a plutôt versé dans des discours ressassés par les politiciens depuis plusieurs décennies. S’abstenant dans sa communication « de dire aux Congolais ce qu’ils attendaient le plus de lui, à savoir l’impact réel sur nos malheureuses concitoyennes de ses interventions », le Dr Denis Mukwege a plutôt épilogué sur « l’alternance démocratique » en RDC qu’il a présentée comme remède aux maux dont souffrent ses patientes.  C’est, pour lui, la solution pour mettre un terme au cycle des violences sexuelles indicibles imposées à des milliers de femmes de l’est du pays.

Ce qui, d’après Lambert Mende, est une aberration. Et le ministre d’argumenter : « On devrait, à l’en croire, conclure que les viols au Kivu et dans tout l’Est sont directement liés au manque d’alternance démocratique à Kinshasa. Et pas à l’état de guerre endémique imposé aux paisibles citoyens congolais par des groupes armés criminels qui se sont déversés depuis 1994 dans notre pays et des coalitions de puissances étrangères qui gavent le médecin fistulier de titres honorifiques depuis quelques années ». Et il poursuit en ces termes : « Faire croire que l’alternance démocratique est synonyme de la fin de la guerre et de ses corollaires que sont l’absence de l’État de droit et le déni de justice relève du leurre parfait. Dans la mesure où on peut lui rétorquer qu’un pouvoir fort et dictatorial, comme celui qui a existé dans notre pays en d’autres temps ou aujourd’hui encore dans certains pays de notre continent ou ailleurs, est tout aussi à même d’éradiquer efficacement cette catégorie criminelle ».

Le « réparateur des femmes » s’est, par ailleurs, déclaré très inquiet par rapport à l’année 2016 qui présenterait, selon lui, deux possibilités : un passage de paix où on pourrait avoir une alternance démocratique ou malheureusement retourner dans le cycle des violences. Une telle approche simpliste, pour Lambert Mende, « est une manière comme une autre d’absoudre les vrais responsables des problèmes qui ont entraîné les dysfonctionnements dont souffrent les femmes du Kivu ».

Sans le dire forcément, ce membre du gouvernement conclut à l’opportunisme du médecin dont le passage du bloc opératoire à la politique ne serait pas innocent. « Le marché des femmes violées pourrait se révéler saturé et financièrement peu rentable d’ici quelques années. De mauvaises langues commencent à croire que c’est la raison pour laquelle ce compatriote qui semble avoir pris goût aux feux de la rampe et aux plantureux subsides s’agite pour se ménager un créneau plus porteur que la réparation des fistules à Panzi », dixit Lambert Mende.

Alain Diasso
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