Mais la vie d’un immigrant n’est pas toujours facile, et beaucoup sont confrontés à des réalités parfois dures et même cruelles. Par moment objets de l’indifférence, du racisme ou de la xénophobie, ces immigrants sont aussi parfois victimes des menaces et en proie à la maffia locale. C’est le cas de certains congolais exilés au Mexique, a-t-on appris.

En octobre 2015, Isaac Muamba Kalonji, un Congolais basé à Mexico et président de l’Union pour le développement communautaire (Udesc), -parti politique régulier en RDC-, contactait le bureau central de l’Interpol de Kinshasa, alors qu’il séjournait au pays dans le cadre d’une tournée politique pour préparer l’élection présidentielle. Il dénonçait alors les abus de pouvoir, l’injustice, la corruption, le favoritisme, le non-respect des droits de l’homme aux étrangers sur le sol mexicain.

Isaac Muamba avait lui-même été victime d’une fraude et escroquerie d’une valeur de trois millions de pesos de la part de certains hommes politiques mexicains. Il avait donc été sujet de persécution, de kidnapping et même d’agressions physiques et verbales en septembre 2015. Il rappelait donc ces faits à Interpol de Kinshasa, d’autant plus que le bureau de l’Interpol de Mexico ne s’était pas saisi de ce dossier, soulignant qu’un autre compatriote, le Dr Kande Mutsaku Kamilamba, avait même été abattu par balle en 2009 dans un autobus de transport public, en pleine journée à Mexico, avec un autre client. Et le gouvernement mexicain n’avait donné aucun éclaircissement aux autorités congolaises par rapport à cet homicide.

L’on apprend qu’un autre sujet congolais, Théo Lembelembe Bitangilayi, qui n’a plus été vu au Mexique depuis 2013, a finalement refait surface il ya quelques semaines aux Etats-Unis d’Amérique. Traumatisé et malade, il aurait été persécuté et kidnappé à Mexico. Selon des témoins sur place à Mexico, rapporte-t-on, Théo Lembelembe Bitangilayi fut enlevé devant son domicile, le 20 mai 2013 vers 21h45, lorsqu’il rentrait de travail, étant enseignant des cours de français la journée et le soir.

Il avait été emmené par des éléments de la Police Fédéral à bord d’une camionnette Suburban bleue foncée. Pris en otage, enlevé et torturé sérieusement pendant presque trois heures du temps afin qu’il livre l’adresse d’un autre Congolais à ses agresseurs qui avaient la mission et l’ordre de le kidnapper. C’est le cinquième jour de sa détention par un concours de circonstance qu’il avait réussi à s’échapper pour enfin se réfugier aux USA. Traumatisé moralement et psychologiquement, il avait donc pris l’option de se noyer dans la nature, à l’insu même de sa famille, craignant pour sa vie. Étant parenté avec le président de l’Udesc, il est finalement sorti de son anonymat pour le rencontrer il y a quelques semaines, lorsque ce dernier était de passage aux États-Unis. Et sa famille qui vient de le retrouver tient à ce que Théo Lembelembe se fasse soigner au regard de tous ces traumatismes et ainsi prévenir tout risque de détérioration de sa santé ou une rechute.

Au Mexique, a déclaré une fois Isaac Muamba Kalonji, certaines autorités et d’autres personnes proches du pouvoir ayant le statut flou d’intouchables et protégés du gouvernement useraient de persécution pour des motifs corruptifs, et l’État ne bronche pas. Aussi le président de l’Udesc compte-t-il déposer un autre dossier de plainte à Interpol contre la classe politique mexicaine avec, cette fois-ci, l’appui de Théo Lembelembe. Le Mexique fait parti des pays à fort taux de violence dans le monde. En février dernier, le pape François, en voyage apostolique dans ce pays, a dénoncé lors de son passage à Morelia, capitale de l’État de Michoacan, «la violence, la corruption, le trafic de drogue, le mépris de la dignité humaine, l’indifférence face à la souffrance et à la faiblesse». Il apportait un message de paix dans cette partie du pays ensanglantée depuis dix ans par la violence liée au trafic de drogue.

Martin Enyimo/Les Dépêches de Brazzaville