Jean-Pierre Bemba: comment en est-il arrivé là?

L’ancien chef rebelle Jean-Pierre Bemba, reconnu coupable lundi par la Cour pénale internationale (CPI) de crimes contre l’humanité et crimes de guerre, laisse en République démocratique du Congo le souvenir d’un homme d’affaires intraitable et autoritaire et reste encore très populaire à Kinshasa, près de neuf ans après son départ en exil. Retour sur son parcours.

La CPI, qui siège à La Haye, jugeait pour la première fois un chef militaire tenu responsable des atrocités – viols et violences sexuelles – commises par ses hommes en Centrafrique en 2002 et 2003, même s’il ne les a pas ordonnées.

A l’époque, la rébellion qu’il dirigeait, le Mouvement de libération du Congo (MLC), appuyait le président centrafricain Ange-Félix Patassé, pour écraser une tentative de coup d’État du général François Bozizé qui finira par s’emparer du pouvoir en 2003.

Né le 4 novembre 1962 à Bogada, dans la région forestière de l’Équateur (frontalière de la Centrafrique), Jean-Pierre Bemba est le fils d’un riche homme d’affaires proche de l’ancien dictateur Mobutu Sese Seko.

Il dirige les entreprises familiales puis se lance à son compte dans la téléphonie mobile, le fret aérien, crée deux chaînes de télévision, évoluant sous les ailes protectrices du défunt maréchal du Zaïre.

De cette époque, un de ses anciens proches garde de lui l’image d’un homme « accroché à une calculette », peu prompt à s’acquitter de l’impôt mais intraitable avec ses débiteurs. « Le social n’était pas son point fort », ajoute cet ex-cadre du groupe familial, il était « trop impulsif, trop autoritaire comme patron ».

Ces traits de caractère, le député Delly Sesanga, qui fut son directeur de cabinet à la vice-présidence (2003-2006) pendant la transition politique en RDC, le confirme. Le « Chairman », comme on le surnomme encore au sein de son parti était « réactif », dit-il, au point d’agir parfois dans « une sorte de précipitation qui peut conduire à des erreurs ». « Chef intelligent doté d’un sens pratique aigu » et « sûr de lui », M. Bemba « a géré des militaires », dit M. Sessanga, « certains l’ont subi comme autoritaire, mais je pense qu’il avait plutôt de l’autorité dans la prise de décision importante ».

– « Mobutu miniature » –

L’aventure militaire de M. Bemba commence en 1998. Surnommé le « Mobutu miniature », il a quitté brusquement la capitale l’année précédente après la prise du pouvoir par le chef rebelle Laurent-Désiré Kabila (père de l’actuel président congolais Joseph Kabila) et l’emprisonnement de son père, Jeannot Bemba.

Soutenu par l’Ouganda, il crée et dirige le MLC. Ce mouvement rebelle règnera en maître dans la région de l’Équateur et une partie du nord-est du pays. Comme tous les belligérants ayant pris part à la deuxième guerre du Congo (1998-2003), le MLC est accusé par les Nations unies d’avoir commis des atrocités à grande échelle dans les zones qu’il contrôlait.

Réputé audacieux, M. Bemba, colosse d’1,90 m au visage rond, obtient à la fin de la guerre un des quatre postes de vice-président dans le cadre d’une transition politique dirigée par Joseph Kabila, qui a accédé à la tête de l’État à la mort de son père en 2001.

Battu par M. Kabila à la présidentielle de 2006 après un entre-deux-tours émaillé de violences, il est élu sénateur. Il refuse alors d’abandonner la protection de sa garde rapprochée (privilège que lui valait ses fonctions de vice-président) en disant craindre pour sa sécurité. L’affrontement avec le pouvoir est inévitable. Bemba en sort perdant. Il quitte Kinshasa sous escorte blindée des Casques bleus une nuit d’avril 2007, après de violents combats entre l’armée congolaise et sa milice ayant fait au moins 300 morts en plein cœur de Kinshasa, selon l’ONU.

L’enfant chéri de Kinshasa, où il avait obtenu 70% des suffrages contre M. Kabila à la présidentielle, est arrêté à Bruxelles en mai 2008, en vertu d’un mandat d’arrêt de la CPI. Depuis, le MLC (devenu un parti politique) s’est vidé d’une vingtaine de ses dirigeants, mais est la deuxième force d’opposition à l’Assemblée nationale et dans la capitale congolaise, les partisans de M. Bemba espèraient sa libération en tablant sur sa participation à la présidentielle censée avoir lieu en 2016 mais qui apparaît de plus en plus incertaine.

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