Le Dr. Denis Mukwege, du bloc opératoire à la politique ?

Dr Denis Mukwege, le réparateur des femmes, considère que les résultats au bloc opératoire n’arrêtent pas les atrocités contre les femmes en République démocratique du Congo (RDC). Son discours critique devient politique.
« L’homme qui répare les femmes » est arrivé à Kinshasa le dimanche 13 mars 2016, sur invitation de l’Institut français pour présenter deux films qui lui ont été consacrés, notamment, « L’homme qui répare les femmes : La Colère d’Hippocrate », un documentaire réalisé par Thierry Michel et Colette Braeckman sur le travail de Mukwege.

Certains voient d’un mauvais œil cette action de Denis Mukwege et pensent que le célèbre gynécologue congolais veut jeter sa blouse blanche pour des ambitions hautement politiques. Or, pour un Mukwege qui dit être le « porte-voix » des femmes, « un homme est libre d’émettre ses opinions ».

Ambitions politiques ?

Sans lui prêter des intentions, il convient de se focaliser sur l’humanisme de ce gynécologue de renom, au-delà de toute ambition purement politicienne. « Tout homme est politique. Mais, tout homme n’est pas politicien », répond-il, estimant qu’en tant que citoyen, il se doit de défendre la Cité.

De toute évidence, la situation de la femme et de l’enfant préoccupe au plus haut niveau le gynécologue Mukwege qui voit au quotidien des femmes et des filles, violemment abusées, venir solliciter ses services à l’hôpital de Panzi au Sud-Kivu.
Surtout, lorsque les auteurs des crimes ne sont pas poursuivis. « En temps de paix, ces femmes sont capables de travailler pour elles-mêmes. Mais en temps de guerre, malheureusement, elles sont ciblées », déplore-t-il.

« Je crois qu’on ne peut pas continuer à traiter les conséquences, il faut s’attaquer aux causes », explique Denis Mukwege. Il considère que, la cause, «ce sont les conflits perpétuels en RDC» et que « c’est le respect de la Constitution qui entraînera l’alternance pacifique ».

Comment, alors, expliquer qu’un médecin quitte le bloc opératoire pour parler du respect de la Constitution, un discours incontournable de l’opposition ?

Paix et Justice

« Quand vous opérez une femme pour la deuxième ou la troisième fois, je ne sais pas si vous pouvez être convaincu que vous êtes en train d’appliquer une meilleure stratégie. Quand je leur pose la question à propos de leur souhait, poursuit-il, elles souhaitent la paix et la justice. Les résultats au bloc opératoire ne sont plus suffisants pour arrêter les atrocités qui sont commises sur les femmes et les enfants», explique le réparateur des femmes.

Dans son entendement, « Paix et Justice » sont deux concepts et valeurs susceptibles de favoriser un environnement dans lequel « conflits armés et impunité ne font pas la loi ». Cependant, pour que ces valeurs soient effectives, il faut l’instauration de l’autorité de l’Etat et de la stabilité dans les coins et recoins du territoire national.

Pour l’heure, le contexte politique actuel de la RDC est éloigné de la démocratie et de l’alternance démocratique au pouvoir qui constituent le prix à payer pour une Justice et une Paix durable dans le pays.

« Si on n’a pas une alternance politique, chacun viendra avec ses principes et ce sera une perturbation et une insécurité générales. Dans ces conditions, il n’y aura pas de développement », avertit Dr. Mukwege.

Par conséquent, « on ne peut pas parler du développement dans la confusion et si la Constitution n’est pas respectée », soutient-il. De son point de vue, « 2016 doit être une année qui garantit aux femmes la sécurité et la paix, condition nécessaire pour leur développement ».

« En plus, nous devons tous amener notre pierre pour que 2016 soit une année d’espoir pour tout le peuple congolais. Car, on a beaucoup parlé de viol, de guerre, de destruction », estime-t-il.

Le docteur Dénis Mukwege a été plusieurs fois décoré à l’étranger pour son travail en faveur de la femme. Il interpelle régulièrement les dirigeants congolais, en dénonçant l’impunité dont jouissent les auteurs des violences sexuelles. En même temps, il fait également l’objet de plusieurs menaces et intimidations.

« Je ne veux pas être un héros mort, je vais continuer à servir les femmes congolaises. J’ai une famille que je voudrais continuer à protéger et je dois prendre des précautions », affirme celui-là même qui avait fait appel à une « sécurité internationale », après avoir échappé à ce qu’il qualifie d’ « attentat » en 2012.

Avec Le Potentiel

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