Comment va la croissance?

Nommé au poste de Premier ministre de la République démocratique Congo depuis mai 2012, reconduit en 2014, Augustin Matata Ponyo Mapon est la pierre angulaire grâce à laquelle le président Joseph Kabila a obtenu d’importantes avancées économiques : la stabilisation du cadre macro-économique, une série de croissances records depuis plus de 4 ans et une inflation parfaitement maitrisée…

A l’heure où les débats au pays de Lumumba sont essentiellement dominés par les sujets électoraux, le gouvernement congolais doit cependant faire face à des enjeux économiques mondiaux où les cours de l’or noir ne cessent de plonger et ceux des matières premières poursuivent la même cadence. A ceci, s’ajoutent malheureusement les difficultés des populations congolaises dont le social ne s’améliore guère, contrastant ainsi avec les résultats non négligeables de la politique du gouvernement de Matata Ponyo.

Pour répondre à cette préoccupation, le Premier Ministre a d’accordé une interview exclusive à DirectWeek-end. L’entretien s’est tenu dans son bureau de la Primature, le 25 février 2016. En voici le contenu.

DirectWeek-end : Bonjour Excellence Monsieur le Premier Ministre

Matata Ponyo : Bonjour à vous.

DW : De prime abord, Excellence, comment se présente la situation économique nationale en 2016?

MP : L’économie congolaise devrait continuer de croître à un niveau supérieur à celui de la moyenne des pays de l’Afrique subsaharienne en dépit de la mauvaise conjoncture internationale. On s’attend à une croissance de 9%, une inflation fin période de 3,3% et un taux de change fin période se situant à 939,9 CDF le dollar américain, conformément au cadrage macroéconomique ayant sous-tendu le budget 2016.

Cependant, les évolutions au cours de deux premiers mois de l’année 2016 indiquent qu’en annualisé, l’inflation devrait se situer à 1,14%. Concernant le taux de change, un certain frémissement a été observé sur le marché de change à la deuxième moitié du mois février 2016.

En effet, le franc congolais s’est déprécié au cours de ce mois jusqu’à se négocier à 950 CDF le dollar américain en date du 23 février 2016, au marché parallèle. Cette situation a été causée par des chocs aussi bien externes que de politique économique. Ces derniers se sont traduits par des déficits publics successifs depuis décembre 2015, résultant d’une faible mobilisation des recettes consécutive aux à-coups du ralentissement de la demande mondiale et à la baisse des cours.

Mais des mesures visant à renforcer la discipline budgétaire et à fluidifier le marché de change ont été prises pour stabiliser le taux de change. Elles avaient pour objectifs de (i) éponger la liquidité excédentaire des banques en monnaie nationale et (ii) augmenter l’offre de devises étrangères au sein de l’économie. A ce jour, le taux de change s’est stabilisé à 933 CDF à l’indicatif et 945 CDF au parallèle. La discipline sera maintenue pour contenir les fluctuations du taux de change dans les plateaux acceptables.

Concernant la croissance, l’objectif reste maintenu en attendant les premières estimations de la croissance sur la base des réalisations de production au premier trimestre 2016.

70ea546cacab582efc30d624d8ac6f86-1454484324

DW :  Le monde entier fait face à la chute de prix du pétrole et des cours des matières premières, dans quelle mesure ceci influence l’économie du pays, et quelles sont les dispositions prises par le gouvernement pour y faire face ?

MP : La baisse des cours des produits de base concernant l’économie congolaise a deux principales répercussions sur notre économie. La première porte sur les finances publiques. A titre d’exemple, en cumul, les recettes fiscales mobilisées au cours de deux premiers mois de l’année 2016 ne totalisent que CDF 556,8 milliards contre CDF 654,7 pour la période correspondante de 2015. La deuxième répercussion porte sur la croissance. En effet, alors que les prévisions situaient la croissance à 10,3% en 2015, les estimations au premier semestre et à fin septembre 2015 l’ont ramenée à 9,2% et 7,7%, respectivement.

Pour y faire face et renforcer la résilience contra-cyclique de l’économie congolaise, un train de 28 mesures urgentes, assorties de plusieurs actions, a été arrêté lors de la réunion spéciale du Conseil des ministres du 26 janvier 2016, présidée par le Chef de l’Etat. Ces mesures sont reparties en trois axes, à savoir : (1) l’augmentation des ressources financières ; (2) la rationalisation, l’encadrement et l’amélioration de la qualité de la dépense et (3) la mise en œuvre des réformes structurelles à impact rapide. Un dispositif de suivi de l’exécution des actions découlant de ces 28 mesures a été mis en place, sur instruction du Chef de l’Etat, et des actions précises ont été assignées à tous les ministères pour faire avancer cet agenda.

DW : Le gouvernement va-t-il modifier le code minier?

MP : Le code minier était en pleine révision depuis plus d’une année. Le processus de révision a pris beaucoup de temps parce que nous voulions qu’elle soit inclusive pour intégrer les aspirations et desiderata de principaux acteurs, en l’occurrence l’Etat et les opérateurs miniers. Pour compatir avec les opérateurs miniers qui connaissent une situation très difficile…

avec la baisse drastique des cours des produits miniers, en particulier le cuivre, le principal produit minier d’exportation de la RDC, le Gouvernement a décidé de suspendre la révision du code.

Vous savez, par exemple, que le cours du cuivre est passé de 11.000 USD début 2011, à 7.000 USD début 2014 pour se situer actuellement autour de 4.600 USD la tonne. Cette mesure vise aussi à sauver le secteur minier qui est en pleine turbulence économique.

DW : Parlons de la situation politique du pays, le Président a convoqué le dialogue en décembre dernier, alors que certains opposants refusent toujours d’y participer, en tant que chef du gouvernement, comment analysez-vous la situation ? Y-a-t-il encore une chance pour un consensus ?

MP : La nation congolaise a bâti sa démocratie sur le dialogue, et je reste convaincu que la classe politique, toutes tendances confondues, finira par trouver des points d’accord ou de convergence pour mieux baliser l’avenir. Une chose est certaine, il est rare qu’un bateau embarque tous les passagers ; il y a ceux qui arrivent en retard après que le capitaine ait levé l’ancre ; il y a ceux qui ne sont pas disposés à embarquer. C’est aussi ça la démocratie ; ce n’est pas le monisme ni le totalitarisme.

DW: Quittons un peu la politique, revenons dans le terrain purement économique, depuis votre accession à la primature, le pays connaît une croissance sans précédent, soit à ce jour le 3ème taux le plus élevé au monde, avec une inflation maitrisée autour de 1%, mais, la réalité du congolais semble, elle, ne pas vraiment profiter de ces résultats, d’après vous, Excellence, pourquoi cette disparité ? Et que prévoit le gouvernement pour y remédier ?

MP : Votre question est récurrente. La reprise de la croissance économique n’est pas synonyme immédiat de la résolution des problèmes sociaux les plus profonds. Il faut laisser le temps au temps. La RDC connaît effectivement une période glorieuse en termes de croissance de son PIB réel, mais le mal social congolais était tellement au fond du vase que toute l’eau qu’on y déverse n’est pas encore perceptible par ceux qui ne regardent pas le vase se remplir, c’est-à-dire d’en haut. Beaucoup secouent plutôt le vase pour savoir s’il est plein, ou presque vide.

Plus concrètement, le Gouvernement a fourni beaucoup d’efforts pour canaliser principalement les fruits de la croissance vers les secteurs sociaux (éducation, santé, infrastructures). Et les résultats sont spectaculaires : plus de 700 écoles primaires construites depuis l’indépendance, plus de 3 millions d’enfants scolarisables récupérés, près d’un million de fonctionnaires et agents de l’Etat bancarisés et qui touchent avant la fin du mois leurs salaires…

suite de l’interview du premier ministre augustin matata ponyo mapon

… des centaines d’hôpitaux et centres de santé.. réhabilités, équipés et approvisionnés en médicaments essentiels, etc. Enfin, l’inclusivité de la croissance est bel et bien réelle en RDC, mais nous sommes en période pré-électorale, et beaucoup ne veulent pas reconnaître ce mérite pour des raisons électoralistes.

conseil-ministres-26-jnvier-2016DW : Excellence, comment jugez-vous, vous-même, votre bilan, alors qu’on s’approche inexorablement vers la fin de la législature actuelle ?

MP : Un étudiant ne se cote pas ! Le professeur est là pour faire l’évaluation. Nous pensons que la population est la mieux placée pour apprécier la qualité de notre travail. Tout ce que je peux dire est que je remercie le Président de la République, Chef de l’Etat, qui m’a soutenu durant bientôt 4 ans pour faire avancer son chantier de la Révolution de la modernité. Les derniers chiffres de l’évaluation des actions entreprises pour le Gouvernement indiquent que plus de 85% de ces actions ont été prises en charge lorsqu’elles n’ont pas été totalement réalisées. C’est la première fois dans notre pays que le travail du Gouvernement, des ministres soit suivi au quotidien.

Je laisse donc cette tâche d’évaluation aux personnes attitrées, principalement à la population qui est le plus grand bénéficiaire.

DW : Pour finir, Excellence, Quelles sont les perspectives pour le pays? Comment voyez-vous l’avenir du Congo?

MP : La situation économique et financière, aussi bien au niveau national qu’international, est difficile et appelle dans le chef des dirigeants, une recherche de solutions idoines pour résister aux chocs pétroliers et des prix des matières premières. La RDC s’est inscrite dans cette logique, lorsque le Gouvernement a pris un train de 28 mesures pour consolider la résilience de son économie.

Mais les principaux indicateurs macroéconomiques sont sous contrôle et une gestion fine des politiques budgétaires et monétaire permet au Gouvernement d’amortir les chocs, contrairement à d’autres économies dont la situation est catastrophique.

J’ai foi en l’avenir de la RDC. Sa vision de moyen et long terme est claire : augmenter sensiblement le niveau moyen de revenu des Congolais pour passer d’au moins 1.000 dollars américains d’ici 2021 à plus de 5.000 dollars d’ici 2030. Nous sommes capables de gagner ce pari. C’est cet effort assidu et qui doit se poursuivre pendant 15 ans, au moins, qui nous permettra de réduire sensiblement le niveau de pauvreté et des disparités sociales. Nous avons le potentiel et la volonté nécessaire pour y parvenir. La RDC est sur le chemin de la révolution du développement ; elle sera la superpuissance africaine, une puissance environnementale au coeur de cette Afrique qui se réveille et qui marche ! On ne veut plus entendre parler des années perdues, des années de gâchis.

DW : Merci Excellence Monsieur le Premier Ministre Augustin Matata Ponyo Mapon

MP : C’est moi qui vous remercie.

Kinshasa, RDC
Propos recueillis par
Benjamin Litsani Choukran

Commenter

Cliquez-ici pour commenter

Laisser un commentaire