Jean-Pierre Bemba: le retour du « Roi »?

Depuis la Haye, aux Pays-Bas, où il est incarcéré depuis 2008, l’enfant terrible de la Mongala saura, le 21 mars, s’il est acquitté ou non par la Cour pénale internationale (CPI) qui l’accuse de « crimes de guerre » et « crimes contre l’humanité ». Même condamné, Bemba pourrait s’en tirer avec une légère peine qui scellerait un retour pontifiant du leader du Mouvement pour la Libération du Congo (MLC), au risque de créer un véritable séisme politique, même pour les opposants. Explications.

PARIS, FRANCE
La Rédaction & agences

Fin 2002, les troupes rebelles du Mouvement pour la libération du Congo (MLC) contrôlent le nord de la RDC. Elles passent la frontière pour venir en aide au président Ange-Félix Patassé, menacé par les coups de boutoir du colonel François Bozizé, en Centrafrique. Viols, meurtres, pillages… Les soldats de Jean-Pierre Bemba sèment la terreur, du moins selon la version officielle. Mais les preuves de l’implication directe du « chairman », comme le surnomment ses partisans, sont ténues.

Arrêté en 2006 et jugé depuis par la Cour Pénale Internationale, s’il devait être condamné à une peine qui s’annonce légère, l’ex-candidat à la présidentielle pourrait quitter la prison de Scheveningen avant même l’arrivée de la saison sèche à Kinshasa. Il est déjà attendu comme le messie par les siens partout dans le pays et, surtout  dans son fief de l’ancienne province d’Equateur.

« L’accusation s’est fourvoyée pendant huit ans en cherchant un bouc émissaire à la crise centrafricaine. Des horreurs ont été commises, mais elles sont le fait de quelques soldats. Malgré son incarcération, Jean-Pierre est resté notre président », estime Jacques Djoli, sénateur et membre du comité exécutif du MLC. Techniquement, ajoute l’affidé, rien n’empêche son chef d’être à nouveau candidat à la magistrature suprême puisqu’il n’a pas été déchu de ses droits civils et politiques. Et, « comme Mandela hier », il aurait conservé toute son influence.

D’autres figures de l’opposition le reconnaissent, voire s’en félicitent : le retour de « Jean-Pierre » en RDC renforcerait le camp des anti-Kabila. Tous reprochent au président de vouloir se maintenir au pouvoir à l’issue de son deuxième mandat en décembre 2016 en s’arrangeant pour faire « glisser » le calendrier électoral.

« Aujourd’hui, observe Francis Kalombo, député de la majorité rallié à l’opposition, le pouvoir a même peur d’une mouche ou d’un chien. Alors, de Bemba… »

L’ancien vice-président était arrivé en seconde position lors de la présidentielle de 2006, emportant près de 70 % des suffrages dans la capitale. Accusé de haute trahison pour avoir refusé de fondre sa garde personnelle dans l’armée gouvernementale, il vivait en exil en Europe au moment de son interpellation. « Je suis convaincu qu’il a été arrêté et envoyé à La Haye pour des raisons politiques. On l’a mis au frais pour aider Kabila à asseoir son pouvoir », estime Martin Fayulu, président de l’Ecidé (Engagement pour la citoyenneté et le développement) et membre de la Dynamique de l’opposition, aux côtés du MLC.

Trouvera-t-il sa place au sein d’une opposition qui compte déjà plusieurs figures importantes comme l’ancien gouverneur du Katanga Moïse Katumbi, l’ex-président de l’Assemblée nationale et dirigeant de l’Union pour la nation congolaise Vital Kamerhe ou le « vieux » Tshisekedi, leader historique de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) ? Il faudra probablement compter dessus. « Même s’il n’est pas en mesure de battre Moïse, il sera un apport considérable pour fragiliser Joseph Kabila », assure le député Francis Kalombo.

Une affirmation qui laisse déjà présager des divergences à venir dans le camp d’une opposition congolaise qui a toujours eu du mal à s’unir derrière un seul homme.

Du côté de la Majorité Présidentielle, c’est pour l’instant un silence radio. Il faudra néanmoins  noter que l’arrestation et le transfèrement de Jean-Pierre Bemba à la prison de la Haye ont longtemps été vus comme une « machination politique » du président Joseph Kabila…

Certes,  une fois libre, Jean-Pierre Bemba voudra surement « se positionner», et dans une scène politique congolaise où les ennemis d’aujourd’hui deviennent des amis de demain, il n’est pas impossible que le président Kabila en surprennent plus d’un et trouve ainsi de Bemba un allier. N’ont-il pas déjà eu à travailler ensemble ? N’-a-t-il pas — Joseph Kabila — su nouer d’alliances aussi surprenantes qu’incroyables, notamment  avec l’UDEMO et le Palu en 2006.

Aussi, l’accusation de haute trahit pèse toujours sur le leader du MLC  qui reste sous le coup des probables poursuites judiciaires en RDC après la mort des plusieurs personnes lors des affrontements en 2016 entre sa garde personnelle et les éléments des FARDC dans la capitale congolais. Rendez-vous en fin mars 2016. #

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