En République démocratique du Congo, le processus démocratique court un grand risque avec la volonté du président Joseph Kabila de modifier la constitution et s’octroyer un troisième mandat. Ses opposants, eux aussi, courent de sérieux risques. Moïse Katumbi subi des attaques successives, politiques mais aussi personnelles.

Plus l’échéance électorale s’approche en république démocratique du Congo (RDC), plus l’humeur de la majorité au pouvoir, devient acide. Joseph Kabila, le chef de cette majorité et président de la république n’aime certainement pas qu’on lui parle de constitution. En tout cas l’actuelle, puisqu’elle limite ses mandats présidentiels à deux. Cette année est la dernière de sa présidence. Il a décidé de la modifier pour s’autoriser légalement un troisième et peut-être même plus de mandats.

L’opposition a été choquée de voir comment un processus démocratique, pas si vieux que ça, allait être interrompu et une constitution, arrachée de haute lutte, allait être défigurée. Même des membres de la majorité avaient estimé qu’il était inadmissible que les choses se passent selon le bon vouloir du président.

Moïse Katumbi Chapwe, était dans la majorité. Il pesait de tout son poids politique en faveur de celle-ci, tant que tout se déroulait dans le cadre de la constitution. Les choses allaient se gâcher par la suite, lorsque la majorité a voulu modifier la loi fondamentale et y insérer la possibilité pour le président de faire plus de deux mandats. Katumbi a aussi vite réagi. Il a quitté la majorité. Il avait beaucoup à perdre et il le savait, le pouvoir n’allait pas laisser passer cet affront.

Pour l’opposition l’arrivée de Moïse Katumbi était du pain béni. L’ancien puissant gouverneur du Katanga lui a effectivement apporté une nouvelle force. Le cadre était prêt, le « Forum citoyen 2016 ». Cette organisation qui rassemble des partis politiques, des organisations de la société civile et des personnalités politiques s’est mobilisée pour protéger la constitution et assurer une alternance au sommet de l’Etat.

Le pouvoir était dans l’obligation de réagir, ce qu’il a fait sans ménagement. Il a cherché à couper les ailes de Moïse Katumbi. D’abord, en faisant voter une loi qui révise le découpage administratif du pays. Du coup, le Katanga ne sera plus une seule région mais plusieurs. Une manière sûre et imparable pour diminuer les pouvoirs du gouverneur. La mesure bien que trop voyante, n’en était pas moins légale. D’autres actions avaient plus le goût de combines anti personnelles.

Le pouvoir s’est attaqué directement au puissant opposant. Riche homme d’affaires qui a construit une immense fortune à partir d’un petit business familial, Moïse Katumbi, a commencé à recevoir les coups. Son avion personnel a été interdit de se poser à l’aéroport de Luano à Lubumbashi, capitale du Katanga.

Pourtant, il voulait se rendre à l’étranger pour des soins médicaux, suite à un accident subi dans des conditions plutôt incompréhensibles. Le récit qu’en avait fait l’intéressé lui-même est éloquent. « Le mini bus, vide, suivi par une voiture banalisée de l’ANR (les services de renseignements congolais, ndlr) à foncé à toute vitesse sur sa voiture. Aucune tentative ni trace de freinage » expliquait le site Afrikarabia, citant des journalistes auxquels Katumbi avait raconté l’incident.

Autre élément étrange ajoutait-il : « le chauffeur avait croisé deux ceintures de sécurité et avait été récupéré par les agents de l’ANR sans faire de constat ». Un incident qui s’ajoute à une tentative d’empoisonnement qui a valu à l’ancien gouverneur un long séjour à l’hôpital à l’étranger.

Moïse Katumbi est aussi le président d’un club africain des plus couronnés, le Tout Puissant Mazembe. Là aussi, le pouvoir a tenté des « coups ». En novembre 2015, il a fallu l’intervention de la FIFA pour que le patron du club puisse se rendre au Japon pour la coupe du monde des clubs à laquelle participait son équipe.

Au retour, le 1er décembre 2015, Moïse Katumbi a été empêché par la police de retrouver les supporters du club dans le stade de la ville. On craignait que la rencontre se transformerait en meeting politique sans doute. Moïse Katumbi ne devait en aucune façon avoir accès à un large public. C’est d’ailleurs pour cette même raison que sa télé a été suspendue.

Autre fait troublant, le 26 janvier,  25 trucks loués par une société de Moïse Katumbi ont été bloqués par la douane à Kasumbalesa. D’autres ennuis avaient précédés et succédé à cet événement. Est-ce la très grande popularité de l’intéressé qui fait peur au pouvoir ? Ses positions politiques ainsi que les succès de son club peuvent expliquer l’irritation de la majorité.

Le TP Mazembe s’est enrichi d’une troisième Supercoupe de la CAF et « aux yeux de beaucoup de Congolais en effet, le dernier gouverneur de l’ex-Katanga apparait tout à la fois comme le principal rempart de la démocratie en RDC, le premier défenseur de la Constitution et de l’alternance politique ; mais aussi comme le meilleur gestionnaire possible pour le pays », disait le journaliste Adrien Seyes sur Afrik.com, le 21 février dernier.

Selon le journaliste, Moïse Katumbi est aussi vu comme « la personnalité la plus à même de garantir le développement et une croissance inclusive profitable au plus grand nombre au Congo-Kinshasa ». On lui reconnait aussi la capacité à fédérer les forces de l’opposition dans le but de sauver la constitution et garantir l’alternance.